Médecins légistes et séries télévisées : les Experts les exaspèrent.

Les séries américaines ont de bons et de mauvais côtés. Elles sont souvent très pédagogiques et peuvent faire passer des messages d’intérêt général, mais elles peuvent aussi donner une vision totalement déformée de la réalité, notamment dans le domaine de l’expertise médico-légale.
Que ce soient les diverses déclinaisons des séries comme les « Experts », « CSI » en anglais, « Bones » ou encore « New-York Unité Spéciale » (Law and Order, SUV, en version originale), les feuilletons policiers décrivent le travail des légistes sur les scènes e crime et dans leurs laboratoires de façon très éloignée de la réalité quotidienne.
Et cela agace un peu les spécialistes de médecine légale outre-Atlantique car ils se retrouvent confrontés à des difficultés de procédure du fait de l’ignorance de la réalité de leurs conditions d’exercice par les avocats et les procureurs, sans parler des jurés populaires.

Sur son site, « Forensic Pathology Forum », le Dr Judy Melinek, légiste à San Francisco relève une sorte de « jeu des erreurs » concernant les séries du type » Les Experts ».
Il y a des détails anecdotiques comme le fait de montrer des scènes de crime dans la pénombre, le légiste faisant son travail à la lampe torche, alors qu’en réalité les scènes de crime sont éclairées par de puissants projecteurs Le but est, bien évidemment, de ne pas passer à côté d’éléments importants.

De la même façon l’arrivée de la légiste en tenue de soirée et chaussures à talons hauts slalomant entre les corps n’appartient pas à la réalité. Les tenues sur les scènes de crime sont très réglementées.
De la même façon le Dr Melinek explique que les autopsies et les examens sophistiqués en pleine nuit, c’est de la télé ! A part les prélèvements importants en urgence, le reste se fait le lendemain au calme. Les légistes partent du principe qu’un corps amené la nuit sera toujours mort le lendemain matin.

Au passage, elle règle son compte à une autre légende : les aventures sentimentales entre flic et légiste ou entre membres de l’équipe au sein du labo. Aux Etats-Unis cela est très mal vu. Il y a des entreprises où lorsqu’un couple se constitue, l’un des deux conjoints doit même quitter l’entreprise, afin d’éviter un jour un éventuel conflit d’intérêts lors d’un choix de promotion ou de licenciement.

Mais ce qui irrite le plus le monde de la médecine l »gale américaine c’est cette façon de faire croire qu’on récupère les données d’un examen ADN en une minute et que faire un examen toxicologique sophistiqué prend le temps d’un café.

Il faut rarement des heures, plutôt des jours, voire des semaines pour avoir des résultats d’examens ADN et toxicologiques.

Les machines qui permettent de faire des autopsies virtuelles avec des reconstitutions 3D sont réservées à quelques centres universitaires.
La plupart des morgues, même si elles ont un équipement de base équivalent d’une salle d’opération, vont disposer au mieux d’un appareil classique de radiographie.
Ainsi d’un côté le travail des légistes est mis en valeur, mais de l’autre leurs conditions matérielles de travail sont totalement occultées et laissent croire à une opulence qui dans la majorité des cas n’existe pas.
D’une certaine façon on peut dire que les Experts exaspèrent les légistes.

Référence :
Judy Melinek, M.D.
7 CSI Fails
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À propos de docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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