Cancer : moins de centres pour opérer les tumeurs et c’est bien mieux.

Traiter des patients souffrant de cancer impose de ne pas faire perdre de chances à ces personnes par le recours à des traitements inadaptés ou en raison de gestes chirurgicaux insuffisamment bien accomplis. Les divers Plans Cancer mis en place depuis 2003 avaient ce but. Les premiers bilans apparaissent.

C’est une première publication importante que vient de livrer l’IRDES (Institut de recherche et documentation en économie de la santé) avec son travail sur l’accès aux soins en cancérologie et l’évolution de l’offre et recours aux soins entre 2005 et 2012.
Ce travail porte sur deux aspects : la chirurgie et les chimiothérapies (CT).
Concernant la chirurgie, l’information la plus importante concerne la diminution du nombre d’établissements autorisés à pratiquer la chirurgie carcinologique, c’est-à-dire aptes à opérer des personnes atteintes de tumeurs cancéreuses.
On est passé de 1057 établissements à 924 en neuf ans, les 133 disparitions concernant quasi exclusivement des établissements privés, donc des cliniques. Le privé à but lucratif représente, cependant, 46 % des centres pratiquant cette chirurgie.

Cette diminution représente, paradoxalement, un vrai progrès. On a tendance à l’oublier mais le premier traitement des cancers et le plus efficace c’est la chirurgie. La chirurgie bien faite, dirais-je même !
Opérer une tumeur n’est pas facile et requiert d’avoir une certaine expérience. Ce n’est pas en opérant une patiente atteinte d’un cancer du sein tous les six mois qu’on est un spécialiste de cette chirurgie.

Un agrément en fonction du nombre de patients

Le Plan Cancer lancé en 2003 par Jacques Chirac a prévu une labellisation des établissements autorisés à pratiquer la chirurgie carcinologique.

Pour cela on a défini des seuils annuels pour chaque type de chirurgie, par exemple au moins vingt cancers du sein par an ou dix cancers de l’œsophage.

Pour diverses raisons, ce n’est qu’en 2009 que ces labels ont été mis en place, entrainant la fermeture de certains services ne remplissant pas les conditions requises.

Mais l’étude de l »IRDES montre que cela n’a pas eu de conséquences en matière d’accès aux soins pour les malades, notamment en ne modifiant pas la longueur des trajets pour aller dans des services agréés.
Cette réduction des centres est donc une bonne chose et devrait même continuer pour certaines indications.
Ainsi, les conditions requises pour opérer un cancer de l’ovaire devraient devenir plus drastiques. Et c’est là encore une bonne chose.
Cette chirurgie est un acte lourd, qui nécessite souvent plusieurs heures d’intervention et la présence de deux équipes chirurgicales.

Faute de dépistage et faute de signes d’alerte, la maladie est souvent découverte à un stade avancé et cela nécessite d’explorer non seulement la zone des ovaires mais aussi vérifier l’absence de dissémination sur le tube digestif, urinaire, le foie, la rate, le diaphragme.
La chirurgie doit être la plus complète possible.
Dans la chirurgie du sein ou du côlon c’est la même chose, il faut être sûr qu’autour de la lésion, la marge qu’on examine n’a plus aucune trace de cellules cancéreuses.

Des centres de chimiothérapie plus nombreux

Pourquoi cela est-il si important ? Parce que les traitements dont on dispose maintenant sont d’une très grande efficacité si on les emploie à bon escient.

Car c’est l’autre composante du plan cancer : jacques Chirac voulait qu’en France les patients aient accès aux molécules innovantes sans aucun retard.
De nombreux traitements ont donc été disponibles plus rapidement que dans d’autres pays.
Mais ces traitements sont efficaces si la plus grande partie de la tumeur a été enlevée et que s’il ne reste quasiment plus que du rare tissu tumoral.
Autrement, si les cellules ont pu essaimer et commencer à développer des métastases à distance du point d’origine, aucun traitement ne saura les faire disparaitre en l’état actuel de nos moyens, même si l’immunothérapie ouvre des perspectives.
Pour accueillir des patients en chimiothérapie, le seuil est de 80 malades au minimum par an.
En neuf ans, les établissements sont passés de 218 à 246, le public représentant la moitié de ces structures.

En règle générale, là encore, les centres n’imposent pas de trop longs trajets, et on a même vu dans certains départements mal lotis la situation évoluer favorablement avec des antennes s’établir dans des hôpitaux locaux en liaison avec l’hôpital ou un centre régional de lutte contre le cancer.

Radiothérapie : souvent très loin

Mais il reste des disparités parfois importantes et des difficultés qu’il faudra résoudre. On notera aussi que la durée des séjours s’est un peu allongée , en raison du mode d’administration de certaines thérapeutiques nouvelles qui nécessitent des hospitalisations de jour et non pas des prises orales à domicile.

Cette étude n’évoquer pas la radiothérapie pour laquelle l’exigence est de 600 patients par an au minimum pour fonctionner.
L’éloignement est souvent le gros problème avec ces traitements de radiothérapie, la durée des transports est parfois de deux ou trois heures pour une séance de quelques minutes. Et le coût des allers-retours dépasse parfois le coût du traitement !

De trop rares initiatives permettent aux patients de bénéficier d’un hébergement extra-hospitalier évitant ainsi de fastidieux allers-retours quotidiens. C’est, par exemple, le cas à Villejuif où un hôtel accueille des patients de l’Institut Gustave Roussy du lundi au jeudi soir.

Cette première publication de l’IRDES permet donc d’avoir un état des lieux global. Mais les chercheurs vont maintenant entrer dans les détails et mettre en évidence des disparités et des inégalités d’accès aux soins en cancérologie qui ne peuvent qu’être préjudiciables au pronostic des malades.

Nous y reviendrons

Référence de l’étude :

Julia Bonastre (Inserm, Institut Gustave Roussy), Virginie Mobillion (Upec, Irdes), Zeynep Or (Irdes), Mariama Touré (Irdes)

L’accès aux soins en cancérologie : évolution de l’offre et recours aux soins entre 2005 et 2012

A LIRE ICI

À propos de docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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4 réponses à Cancer : moins de centres pour opérer les tumeurs et c’est bien mieux.

  1. monachinom thierry dit :

    bonjour ma femme a reçus une auto greffe de la moelle osseuse , pour un myélome multiple il y a 2 ans on dirait que la maladie recommence que peut on faire ou le faire même a l étranger et que penser vous de l immunothérapie pour un myélome multiple
    merci par avance de votre réponse .

    • docteurjd dit :

      Les équipes françaises sont parmi les meilleures au monde dans ce domaine. Pour l’immunotherapie il faut en discuter avec l’équipe qui suit votre épouse. On en est vraiment au tout début et rien n’est évident dans le myelome

  2. corbeau dit :

    bonjour
    ma femme a eu 3 cancers
    sur notre temps il y avait un article trés important
    qu’il ne fallait pas prendre de la gelée royale pour les personnes qui avait eu un cancer
    pouvais vous m’informé du vrai ou du faux
    merci d’avanca

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