Tabac : il ne faut pas mégoter sur les incitations financières pour faire arrêter les fumeurs

Comment inciter les tabagiques à renoncer à l’herbe à Nicot ? Cette question de santé publique hante tous les pays, des plus riches aux plus pauvres car, en termes de santé publique, les coûts excèdent de très loin les bénéfices générés par les taxes. Nouvelle tentative en France avec le moins de novembre déclaré « sans tabac ».

La carotte et le bâton, la récompense ou la punition, ou bien les deux en même temps. Depuis de très longues années les autorités sanitaires cherchent de façon un peu désespérée à faire baisser la consommation de tabac dans notre pays.

 

Mais il n’y a apparemment pas de recette miracle. Nouvel épisode ce mois-ci avec une aide financière triplée pour l’achat de substituts nicotiniques et remise d’un kit en pharmacie. Une bonne idée, mais tient-elle compte de la typologie et de la sociologie des fumeurs ?

Quand on parle de tabac et de fumeurs, il faut éviter de généraliser et bien comprendre qu’il y a des populations bien différentes. Les manufacturiers l’ont compris depuis longtemps, qui développent des trésors d’imagination en marketing et publicité pour renouveler leurs stocks de clients en allant pécher dans les différents « viviers ».
Il y a les jeunes, et parmi eux les filles d’abord. Il y a les femmes, qui ralentissent moins leur consommation que les hommes. Et il y a les personnes en situation précaire ou au chômage qui représentent les catégories quasiment les plus accro au tabac chez nous.

L’une des armes les plus utilisées à travers le monde occidental a été le principe d’augmenter les taxes de façon à accroitre considérablement le prix du paquet.
Cette technique s’est montrée efficace dans de nombreux pays à partir du moment où la hausse a été conséquente.
Les effets les plus nets ont été mesurés sur les jeunes et sur les plus défavorisés.
C’est bien évidemment cette dernière catégorie que l’industrie du tabac a cherché à instrumentaliser pour montrer à quel point ces mesures étaient socialement injustes et discriminatoires. A côté de cela l’industrie s’est évertuée à créer des paquets plus petits et faire des promotions pour tenter de contenir les hausses.

En France, cette politique de hausse des prix a été freinée par la colère des buralistes, arguant du fait que nos voisins vendaient le tabac moins cher.
L’Union Européenne n’a hélas pas réussi à mener une politique de lutte contre le tabac cohérente, allant même jusqu’à subventionner les planteurs grecs !

Seuls 33 pays dans le monde ont des taxes représentant plus de 75 % du prix du paquet, seuil à partir duquel on estime pouvoir mener une politique de réduction de la consommation.

Une simulation de la Banque Mondiale montrait déjà en 1995 que monter le prix du tabac de 10 % réduirait le nombre de fumeurs deux fois plus que ce qu’on obtiendrait avec les substituts nicotiniques.

Justement, le mois de novembre en France va donc voir la somme allouée à la prise en charge de ces substituts passer de 50 à 150 euros. C’est mieux, mais encore moins bien que ce que font certains de nos voisins européens.
Le kit délivré en pharmacie gratuitement sera une bonne chose à n’en pas douter. Mais souvent le fumeur décidé à arrêter a besoin d’être aidé humainement. L’arrêt du tabac peut générer des symptômes dépressifs et surtout la peur de prendre du poids.

Un risque qui s’explique par le fait que fumer augmente le niveau du métabolisme de base et que la « machine » a besoin d’une certaine quantité de calories. Sans la cigarette, ce niveau reste élevé au début et il peut y avoir une compensation par la nourriture.

L’accès aux consultations spécialisées n’est pas toujours facile et le rôle du médecin de famille devrait être renforcé et valorisé dans cette prise en charge.

Une autre formule est de récompenser financièrement celles et ceux qui veulent arrêter de fumer.
De nombreuses études ont été menées à travers le monde. En 2015, une étude incluant 2538 salariés du groupe américain CVS (drugstore et pharmacie) a été publiée dans le New England Journal of Medicine.
Les salariés étaient répartis en 4 groupes, deux recevant une récompense de 800 dollars en cas d’arrêt, les autres devant déposer 150 dollars, restitués à la fin de l’étude et abondés de 650 dollars en cas de succès.

Au final, les individus qui étaient dans le groupe recevant 800 dollars en cas de succès ont été trois fois plus nombreux à arrêter de fumer que ceux recevant conseils et substituts nicotiniques !
De telles études sont conduites un peu partout avec ce principe en incluant des femmes enceintes. L’une d’elles a débuté au printemps dernier à la maternité du CHU de Montpellier.
Rappelons que fumer pendant la grossesse a pour conséquence de faire naitre souvent prématurément un enfant avec un petit poids de naissance et qui pourra développer une susceptibilité à une pathologie asthmatique plus tard.

Des études menées à la maternité du CH d’Arras par le Dr Delcroix et la sage-femme tabacologue Conchita Gomez avaient montré que des bébés nés de mères grosses fumeuses pendant la grossesse  avaient une concentration en monoxyde de carbone dans le sang du cordon ombilical équivalent à celui d’un adulte victime d’intoxication par les émanations d’un chauffage défectueux.
Enfin dans la panoplie favorisant la réduction et sans doute la cessation de la consommation de tabac, il ne faut pas oublier la place de la cigarette électronique.
Beaucoup de travaux ont été publiés sur ces questions, soulevant maintes controverses.
Il est certain que l’e-cigarette rend beaucoup de services mais qu’elle perpétue le rituel du geste.
Les années à venir nous diront si elle est plus efficace à long terme que les diverses techniques et substances utilisées pour obtenir un sevrage tabagique.
A un an, ces résultats restent un tantinet décevant, dépassant rarement 20 % de taux de succès, c’est-à-dire une abstinence durable.

 

Références :

Un article publié dans Tobacco Control en 2002 sur l’effet des taxes

 

l’article du NEJM sur le programme d’incitation financière

 

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
Ce contenu a été publié dans Non classé, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

6 réponses à Tabac : il ne faut pas mégoter sur les incitations financières pour faire arrêter les fumeurs

  1. Sybille dit :

    Bonjour, j’ai fumé clope sur clope pendant plus de 40 ans, essayé tous les kits actuellement en promo, hypnose inclue. En vain. Parce qu’elle « perpétue le rituel du geste » et que ce geste est justement un besoin (bien plus que la nicotine), la cigarette électronique me permet depuis 8 mois de me passer totalement de cigarettes industrielles. Elles ne me font plus envie du tout, je ne ressens aucun manque et baisse peu à peu le dosage de nicotine, l’idée étant de garder le geste (!) en ne fumant… rien.
    Suis heureuse d’avoir vécu assez longtemps pour croiser cette invention qui m’a délivrée de Big Tobacco!

  2. JAC dit :

    Fumer vous pose un homme ou une femme.
    Il suffit d’aller au cinéma ou même de regarder la télé : presque tous les héros et héroïnes fument ou tout le temps ou aux moments clés de leur vie … quand ils ne s’enfilent pas un verre de whisky toujours prêt à être servi sur un guéridon.

    Ne croyez-vous pas que marteler ce message, si peu subliminal, est l’antidote à toutes les campagnes de santé publique ?
    Il serait bon d’ailleurs de vérifier qui paie éventuellement cet antidote auprès des maisons de production.
    Les acteurs et actrices « bancables » ne devraient-ils pas être approchés pour qu’ils prennent leurs responsabilités comme prescripteurs de fait ?

  3. Annie McClenahan dit :

    Bonjour Docteur,
    Je ne fume plus depuis 15 ans et je n’ai aucune envie de m’y remettre ….
    Par contre je mâche des nicorettes à la menthe à 2 mg depuis !!!
    Je voudrais savoir s’il y a des conséquences négatives sur le corps humain , mis à part les brûlures d’estomac lorsque j’en mâche trop …
    Cordialement

  4. OUVRAI dit :

    Bonjour Docteur
    Voilà 15 ans que je me suis arrêter de fumée grasse a un vaccin qui excite en France et les fumeurs ne sont pas au courant.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.