Les hommes infertiles qui ont conçu par ICSI ont des fils dont le sperme n’est pas de bonne qualité

Faire un enfant à tout prix, même quand les conditions physiologiques ne sont pas réunies, n’est peut-être pas sans conséquences. Une étude sur les descendants mâles conçus par une technique très en vogue laisse planer un doute sur la fertilité des enfants mâles ainsi conçus.

La « révolution » arriva en 1991, sans passage réel par une expérimentation et une évaluation sur l’animal. Née en Belgique, à la Universitair Ziekenhuis Brussel, l’université UZ Bruxelles, la technique baptisée ICSI a permis, à ce jour , près de 2,5 millions de naissances de par notre vaste monde..
ICSI c’est l’injection intra cytoplasmique de spermatozoïde directement dans l’ovocyte, en anglais IntraCytoplasmic Sperm Injection.
De quoi s’agit-il ? Petit rappel physiologique :
Dans une fécondation normale, des millions de spermatozoïdes (spz) convergent vers l’ovocyte. Mais il n’y aura qu’un gagnant. Et ce vainqueur devra franchir la zone « pellucide » une paroi qui protège l’ovocyte avant d’aller pouvoir fusionner son matériel génétique avec celui de l’ovocyte et former ainsi l’ovule.

Mais il arrive que les spz soient défaillants, pas assez nombreux, pas assez mobiles, contenant trop de formes anormales. Dans ces diverses situations, il n’y aura pas de vainqueur et donc pas de fécondation.
L’équipe belge de Van Streiteghem a eu alors l’idée de forcer la nature.
A partir d’un éjaculat, ils sont allés chercher le spz le moins « moche » et l’ont directement introduit dans l’ovocyte en lui faisant franchir la fameuse membrane pellucide.

Cette technique a révolutionné la pratique de la FIV (fécondation in vitro), donnant des taux de succès jusqu’&lors inimaginables puisqu’on atteignait presque 50 %.

Avec le temps, des questions se sont posées sur le devenir des enfants nés de cette technique. Il y a eu bien sûr les problèmes liés à toutes les formes de FIV, avec des grands prématurés et des enfants au petit poids de naissance.
On s’est enquis ensuite du développement psychomoteur de ces enfants. Rien de particulier ne fut noté.
Et, avec les premiers enfants mâles arrivant à la puberté, on a constaté que les cellules impliquées dans la fabrication de testostérone fonctionnaient normalement, comme celles impliquées dans la spermatogénèse.

Un sperme de moins bonne qualité

L’étude publiée aujourd’hui dans la revue « Human reproduction » s’intéresse aux caractéristiques du sperme de descendants mâles conçus par ICSI.

Ils ont comparé le sperme de 54 garçons âgés de 18 à 22 ans à celui de 57 garçons conçus « classiquement ».
Que nous apprend cette étude au faible effectif ? Elle montre que sur trois critères définissant la qualité du sperme, les valeurs médianes des hommes conçus par ICSI sont inférieures à celles des hommes conçus normalement.
Petit rappel : la valeur médiane est une borne avec 50 % de l’effectif en dessous de cette valeur et 50 % au-dessus.
La concentration par exemple était de 17,7 millions spz par ml dans le groupe ICSI contre 37 millions/ml pour le groupe témoin.
En ce qui concerne le nombre total de spz par éjaculat on a noté 31,9 millions contre 86,8 millions.
Le nombre de formes mobiles s’est établi à 12,7 millions contre 38,6 millions.

Après ajustement pour tenir compte d’un certain nombre de critères pouvant perturber l’analyse, les résultats finaux ont montré que les hommes conçus spontanément avaient une concentration de spz 1,9 fois plus élevé que les sujets nés par ICSI
Les hommes conçus par ICSI avaient 2,3 fois moins de spz et 2,1 fois moins de formes mobiles.

Des valeurs souvent très basses

De plus, la probabilité d’avoir des résultats en dessous des limites inférieures fixées par l’OMS concernant les concentrations ,15 millions/ml, était 3 fois plus élevée chez les hommes ICSI. De même être sous la barre des 39 millions de spz était 4 fois plus probable.

Ce petit groupe, qui représente les plu âgés des enfants conçus par ICSI, pose un certain nombre de questions auxquelles on ne peut répondre en l’état.
Ce qu’on constate c’est que des hommes infertiles dont on a utilisé les spz pour réaliser une fécondation par ICSI ont des garçons dont le sperme est de qualité et de quantité inférieure à celui de garçons conçus spontanément.

On peut se poser la question d’un passage transgénérationnel, lié à des modifications épigénétiques. On peut peut-être aussi y voir un effet de la prématurité.

Peut-être, mais rien de sûr.
Ce qui est certain c’est qu’il faut essayer de comprendre ce qui se passe plutôt que de simplement reproduire de génération en génération un mode de conception efficace mais dont on est très loin de tout comprendre.
Référence de l’étude :
F Belva et al.
Semen quality of young adult ICSI offspring: the first results
Human Reproduction, pp. 1–10, 2016
doi:10.1093/humrep/dew245

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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