Dopage : des médicaments du cancer du sein utilisés chez des sportifs masculins

Les méthodes de dopage ne laissent de nous surprendre. On découvre ainsi que des sportifs masculins ont recours à des médicaments utilisés dans la prévention des rechutes de cancer du sein, alors qu’on ne dispose d’aucune donnée de sécurité dans cet usage dévoyé.

Le 27 juillet 2016 est une date qu’Alexandr Ivanov n’oubliera sans doute pas. Cet haltérophile russe a gagné la médaille d’argent dans la catégorie 94 kg lors des Jeux olympiques de Londres en 2012.
Mais quatre ans plus tard, les analyses de l’Agence Mondiale Anti-Dopage, WADA, jetèrent le trouble sur les urines d’Ivanov.
Deux produits ont été isolés : un stéroïde anabolisant le déhydrochlorméthyltestostérone, connu des candidats à la gonflette des salles de musculation sous le nom du Turinabol.
Le second produit est un tantinet plus surprenant puisqu’il s’agit de tamoxifène.

Le tamoxifène est un médicament donné aux femmes non ménopausées qui ont eu un cancer du sein. Il est prescrit dans le but d’éviter les récidives de ce cancer. Il est pris sous forme orale tous les jours pendant cinq ans, voire dix ans, par les patientes atteintes d’un cancer hormonodépendant, après la chirurgie et éventuellement la chimiothérapie et la radiothérapie.

Ce produit a une action très particulière puisqu’il va occuper la place des œstrogènes et empêcher ainsi ces hormones d’entrer dans le noyau des cellules du sein où elles stimulent l’activité pathologique des cellules cancéreuses.

Le tamoxifène appartient à la catégorie des modulateurs sélectifs du récepteur des œstrogènes ou, selon l’acronyme anglais, SERM.

Que vient donc faire ce médicament chez un homme, sportif de surcroit. Sans attaquer un long exposé qui nous ramènerait à un cours de SVT.
En schématisant quelque peu, disons que le tamoxifène laisse croire à l’organisme que les œstrogènes ont été consommés et qu’il en faut encore.

Chez l’homme la production d’hormones femelles est anecdotique et cette production vient de la transformation des hormones males en hormones femelles. La principale hormone male c’est la testostérone.
Donc, en résumé, avec le tamoxifène, un homme va augmenter sa production de testostérone naturelle. Et voilà !

Mais le tamoxifène n’est pas le seul médicament destiné au cancer du sein qui ait trouvé des « débouchés » dans le dopage des athlètes masculins.
Je vous avais narré ici même en 2008 l’histoire d’Hassan Mourhit, spécialiste belge du 1500 mètres.
Cet athlète avait été contrôlé positif à l’anastrozole, commercialisé sous le nom d’Arimidex©.
Ce médicament appartient à la famille des » inhibiteurs de l’aromatase » qui comporte également le letrozole et l’exemestane.
Ce médicament interfère également avec la production des œstrogènes.
Comme nous l’avons dit plus haut, les stéroïdes sexuels dérivent tous du cholestérol.
La première étape est la synthèse de progestérone qui donnera ensuite les androgènes, les deux principaux étant la testostérone et l’androstenedione.
Les aromatases transformeront les androgènes en œstrogènes, testostérone en œstradiol et androstenedione en œstrone.
Si ce médicament est donné chez l’homme, de façon dévoyée, il bloquera la conversion physiologique d’androgènes en œstrogènes.
Les machos doivent s’y faire : les hommes fabriquent des hormones femelles, en quantité minime certes, mais elles existent.

La prise d’anastrozole va donc maintenir la quantité de testostérone en évitant la « déperdition » liée à la conversion.
Le problème c’est que ces deux médicaments, tamoxifène et inhibiteurs de l’aromatase ont des effets secondaires.
Le tamoxifène peut augmenter par exemple le risque de phlébite, dont une des conséquences est l’embolie pulmonaire.
Les anti-aromatases majorent la déminéralisation des os et diminuent la libido, entre autres.
La question majeure reste leur sécurité d’emploi dans des circonstances qui n’ont jamais été évaluées. Il y a un monde entre la prévention de la récidive d’un cancer du sein et l’augmentation de la testostérone positive comme amélioration de la performance.

On sait depuis longtemps que le monde sportif, mal conseillé, manipule hors de toute indication, des médicaments ou des biomédicaments dont certains n’ont même pas été testés chez l’être humain.
Mails il faut avouer que découvrir que des médicaments destinés à des femmes atteintes d’un cancer du sein peuvent ainsi être détournés de leur usage surprend même quand on pense avoir déjà presque tout vu ou entendu !

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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4 réponses à Dopage : des médicaments du cancer du sein utilisés chez des sportifs masculins

  1. li dit :

    Attention aux crises d , au risque de dépression qui peut conduire à un suicide avec ces médicaments.
    Mon Amour en a été victime.

  2. ziron dit :

    Les conseils d’un professionnel de la santé

    L’automédication présente des risques qui ne doivent pas être pris à la légère. Avoir recours à un traitement inadéquat peut avoir de sérieuses conséquences, surtout en l’absence du suivi de votre médecin ou de votre pharmacien, qui sont les seuls en mesure d’évaluer les effets secondaires et les interactions médicamenteuses pouvant avoir des effets aggravants sur votre état de santé.
    N’hésitez jamais à consulter votre pharmacien qui est là pour répondre à TOUTES vos questions, aussi simples peuvent-elles vous sembler. Il en va de votre santé et de votre bien-être.

    • docteurjd dit :

      Le dopage echappe totalement aux circuits classiques de consultation. Il est helas parfois meme organisé par des professionnels de santé qui font un exercice dévoyé de leur diplome. Et les structures d’ecoute sont bien trop rares

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