ASCO16 :cancer du sein après la ménopause : 5 ou 10 ans de traitement de prévention des récidives ?

L’utilisation pendant cinq ans d’anti-aromatases chez les femmes ménopausées qui ont été opérées d’un cancer du sein a permis de réduire le risque de récidive. D’où la tentation de préconiser dix ans d’utilisation en espérant faire mieux.
C’est donc une longue étude qui a été menée par Peter Goss ce matin à Chicago Les chercheurs ont suivi 1918 femmes qui avaient déjà reçu cinq ans d’inhibiteurs de l’aromatase, IA, médicaments qui bloquent la formation d’œstrogènes.
La moitié des femmes ont reçu du letrozole, l’autre moitié un placebo. Le suivi a té de cinq ans.
Le but : mesurer le temps entre l’entrée dans l’étude et la survenue d’une rechute ou d’un cancer dans l’autre sein
Au terme du suivi on a constaté 67 récidives ou développement de cancer controlatéral dans le groupe traité contre 98 dans le groupe placebo.
Statistiquement cela équivaut à une réduction de risque de 34 % (HR : 0,66 ; p= 0,01).
En revanche aucune différence en termes de mortalité puisque le nombre de décès a été le même dans les deux groupes, cent à chaque fois.
Un résultat positif donc, mais doit-on pour autant préconiser que la règle passe de 5 à 10 ans ?
Il y a des réticences qui s’expriment, liées aux effets secondaires de cette famille de molécules, en particulier des douleurs osseuses, une déminéralisation avec risque de fracture, des bouffées de chaleur ou encore une sécheresse des muqueuses notamment la muqueuse vaginale avec un retentissement sur la vie sexuelle.
L’étude a montré u, plus important dans le groupe letrozole que dans le groupe placebo que le retentissement osseux était, comme prévu le plus important. Douleurs osseuses, apparition d’ostéoporose et fractures (4% de plus que dans le groupe placebo) ont été constatées.
L’étude principale a été complétée par un questionnaire auto-administré que les femmes de l’étude ont rempli pendant les cinq ans.
Selon les auteurs, la seule différence notable entre les deux groupes est l’impact sur l’activité physique, plus important dans le groupe traité par letrozole. Pour le reste, bouffées de chaleur, vie sexuelle, retentissement psychosocial, aucune différence n’a été constatée en fonction des déclarations des femmes interrogées.

On en arrive donc à la conclusion que dix ans de letrozole c’est a priori mieux que cinq ans en matière de prévention de rechute ou de récidive controlatérale de cancer du sein.
Mais ce traitement est sans aucun effet sur la mortalité et il pose la question du retentissement osseux et du risque faible mais réel de fractures.
Ces résultats sont aussi ceux d’un essai clinique avec une population très sélectionnée, des femmes qui ont notamment déjà supporté cinq ans de letrozole.
Or, dans la vraie vie, les choses sont moins simples et le taux d’abandon du traitement par IA avant le terme des cinq ans est une réalité. Réalité qui échappe parfois aux médecins car la patiente sera réticente à dire qu’elle ne veut plus du traitement pour des raisons diverses.
Obtenir une prise régulière pendant cinq ans est déjà compliqué, proposer dix ans ne sera pas simple surtout si on met en perspective le risque fracturaire chez des mes qui seront souvent septuagénaires pendant les dix ans de prise.
Ce sera donc une décision à prendre conjointement entre la femme et son médecin, après avoir analysé avantages et inconvénients.

 

Abstracts LBA1 et LBA506 accessibles sur le site abstracts.asco.org

ACTUALISATION LE 05/06/2016

Les réactions des spécialistes présents à Chicago ne se sont pas fait attendre après la présentation de l’étude. La plupart insistent sur le fait que les femmes de l’étude étaient celles qui étaient dejà allées au bout des 5 premières années de letrozole.

Beaucoup soulignent la difficulté qu’ont un nombre non négligeable de patientes à tenir 5 ans et ils s’interrogent sur la faisabilité d’une prise pendant 10 ans.

L’idée qui se dégage des discussions c’est vraiment l’individualisation de la décision.

Ainsi,le Dr fabrice André de l’Institut Gustave Roussy, à Villejuif, propose de traiter pendant dix ans les femmes à haut risque de récidive, notamment celles chez lesquelles on avait découvert des cellules cancéreuses lors de l’examen des ganglions lymphatiques.

La conférence annuelle de l’ASCO, du 3 au 7 juin 2016 réunit près de 35000 spécialistes dans le domaine de la cancérologie.

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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2 réponses à ASCO16 :cancer du sein après la ménopause : 5 ou 10 ans de traitement de prévention des récidives ?

  1. JF Berdah dit :

    C’est ce qui ressortait déjà de l’analyse en sous groupe de l’étude du BIG ou de TEAM : peut être pour les femmes avec atteinte ganglionnaire, sans doute pas pour les autres. La majorité des femmes (60 à 80%) traitées dans les essais cliniques d’hormonotherapie adjuvante avait un cancer de bon pronostic (N-, grade 1 ou 2, taille < 21 mm) ce qui minore sans doute l'impact d'un traitement prolongé. De plus prendre en compte environ les 18-20% de mésobservance et les 25% de malades de plus de 70 ans.
    Ça laisse sans doute peu de place pour 10 ans faisables et convaincants…
    La génomique va peut être nous donner des clefs

  2. DocCyrReb dit :

    Bonjour

    Quand j’étais libéral j’ai eu 2 patientes qui ont été jusqu’au bout des 5 ans, toutes les deux c’étaient des récidives. Mais cela aura été sans peine car effets indésirables osteoarticulaires mais maîtrisés sous TRAMADOL. Donc dix ans à falloir les tenir avec le florilège d’EI dont le risque osseux mais avec quels biphosphonates et sur quelle durée, 5 ou 10 ans ou bien les 2 ans usuels. Bref on va arriver à des cocktails de médocs dont on ne maîtrisera pas tout. À suivre.

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