CANCER/ASCO16 : les « biopsies liquides » ou comment mieux traiter les cancers grâce à une prise de sang.

Pour diagnostiquer un cancer et en suivre l’évolution il faut recouru à des prélèvements de tissus, des biopsies, qui imposent des gestes pas toujours simples et souvent douloureux. Une avancée technologique importante est en train de changer les choses, la biopsie liquide.

C’est souvent un très mauvais souvenir pour une femme chez laquelle on suspectait un cancer du sein. Les biopsies faites à travers la peau pour aller chercher des fragments de tissus ne laissent généralement pas un excellent souvenir. Et quand il faut les refaire parce que la tumeur a métastasé vers le foie, par exemple, il y a des moments pénibles.
Mais les choses bougent et les progrès technologiques font qu’on développe depuis quelques années des outils biologiques qui permettent de mettre en évidence dans le sang des éléments provenant de la tumeur. Des éléments qu’on peut analyser très finement et qui permettent donc de réaliser ce qu’on appelle une « biopsie liquide ».
Que va-t-on rechercher dans ces prélèvements sanguins ? Soit des cellules tumorales, soit de l’ADN venu des cellules cancéreuses.
Et c’est vraiment comme rechercher une aiguille dans une botte de foin. Dans un flacon de dix millilitres de sang on va avoir des milliards de cellules sanguines tout à fait normales et, peut-être une ou deux cellules tumorales circulantes, les CTC.

Et pour l’ADN c’est encore plus compliqué puisque ces minuscules fragments, libérés par les cellules cancéreuses qui meurent, persistent fort peu de temps, à peine quelques heures, en quantité suffisante pour être repérés et analysés.
Mais grâce aux outils génétiques comme le séquençage de nouvelle génération (Next Generation Sequencing ou NGS) on peut détecter sur cet ADN des modifications sur les gènes de la tumeur et ainsi réagir rapidement concernant le traitement des patients.
Dans un certain type de cancer du poumon par exemple, celui dans lequel il y a une mutation du gène EGFR qui représente 15 % des tumeurs broncho-pulmonaires,
Une étude américaine présentée aujourd’hui à l’ASCO et qui a concerné 15191 patients, on a pu montrer une très bonne corrélation entre les prélèvements tissulaires et les prélèvements sanguins pour la mise en évidence de la mutation.
Mais l’analyse de l’ADN a aussi pu montrer rapidement la présence d’une mutation particulière appelée T790M et qui entraine une résistance au traitement par les médicaments de thérapie ciblée appelés inhibiteurs de tyrosine kinase.

L’apparition de cette mutation sur l’ADN permet donc de modifier le traitement de venu inefficace et d’autant plus toxique.
On sait également rechercher sur ce ctADN des anomalies d’un gène, ESR1, impliqué dans la résistance aux traitements hormonaux du cancer du sein.
Si ces analyses permettent de réagir rapidement et de corriger les choix thérapeutiques en cas de mise en évidence de résistance, elles ne remplaceront pas la pratique des biopsies tissulaires classiques, notamment pour le diagnostic initial de cancer.

La biopsie tissulaire a en effet un intérêt majeur puisqu’elle permet d’avoir des informations sur le microenvironnement de la tumeur. Une information essentielle notamment avec le développement de l’immunothérapie. Voir quelles sont les cellules de défenses présentes et en quelle quantité est une information que seule la biopsie classique peut apporter.
Le développement de ces techniques a relégué l’intérêt pour les cellules circulantes tumorales au second plan.
Mais les CTC font l’objet d’une étude française, le projet AIR. Cette étude qui va recruter 600 volontaires s’adresse à des personnes atteintes de bronchite chronique obstructive ou BPCO qui sont ou ont été fumeurs.
Les volontaires auront chaque année, pendant trois ans, un scanner et une prise de sang pour rechercher des CTC.
Le but est de dépister précocement l’apparition d’un cancer du poumon chez des personnes dont le risque est multiplié par 3.
Dépistée tôt une lésion tumorale peut être opérée et ainsi modifier très favorablement le pronostic.
Toutes les informations sont accessibles sur le site projet-air.org

Abstract LBA11501 accessible sur le site abstracts.asco.org

La conférence annuelle de l’ASCO, du 3 au 7 juin 2016 réunit près de 35000 spécialistes dans le domaine de la cancérologie.

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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6 réponses à CANCER/ASCO16 : les « biopsies liquides » ou comment mieux traiter les cancers grâce à une prise de sang.

  1. Dom dit :

    Hello
    Je vous remercie de votre prompte réponse, mais permettez moi d’insister :
    Que cherchait mon pneumo ?
    Et une autre appréhension me turlupine : cette réponse négative, veut elle dire que je n’aurais pas droit à une biothérapie, si nécessaire ?
    Cdlt….

  2. Dom dit :

    Hello, je cherche une réponse sur le net à ce sujet, et ne la trouve pas .
    J’ai eu une biopsie liquide il y a 2 mois, suite à la découverte d’un nodule pulmonaire qui a réagi au petscan.
    J’ai reçu ce jour une coup de fil de l’hôpital pour me dire que le résultat de la biopsie liquide est négatif .
    Cela veut dire quoi, résultat négatif ?
    Cordialement…

  3. Philippe dit :

    Très intéressant. Quel est le coût comparé d’une biopsie des tissus et de cette biopsie liquide ?

    • docteurjd dit :

      J’ignore la réponse. Mais le coût ne peut pas etre seulement financier. Diagnostiquer une mutation EGFR sur un prelèvement sanguin ce n’est pas pareil que de faire une biopsie par fibroscopie ou ponction transparuztale sous IRM ou scanner

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