CROI 2016 VIH/SIDA : la terrifiante histoire de la petite ville d’Austin sur laquelle s’abattit le virus VIH

C’est une histoire à peine croyable, le symbole de tout ce qu’il ne faut pas faire en matière de santé publique. Une catastrophe sanitaire à l’échelle d’une communauté et cela se passe non pas en Afrique mais aux Etats-Unis d’Amérique, de nos jours. Un drame évitable mais pas évité car on ne peut jamais baisser la garde avec le virus VIH. Cette catastrophe a été analysée ce matin à Boston lors de la CROI 2016

La ville s’appelle Austin, elle se situe dans l’Indiana, un état proche de l’Ohio, du Kentucky et de l’Illinois. Sur la carte c’est au centre et en haut.

Austin compte 4200 habitants et elle se situe dans le comté de Scott, 24000 habitants.

C’est une petite ville, classée très souvent 92ème sur 92 pour les indicateurs de santé d’éducation et d’équipements de l’état.

Beaucoup de chômage, de nombreuses personnes sans couverture sociale, et, fait rare aux USA, peu de voitures surtout pour des raisons économiques. 23% de la population vit sous le seuil de pauvreté.

Austin n’avait donc aucune raison de sortir de l’anonymat jusqu’au jour où la ville et le comté firent la une des médias américains.

Une profusion de contaminations VIH-VHC

Dans le comté, on voyait jusqu’en mars 2015 moins d’un cas de contamination par an par le virus VIH.
Et en quelques semaines, le Dr William Cook, le médecin de la ville, en diagnostiqua 80. Aujourd’hui on en est à 188.

Sur ces 188 personnes infectées par le VIH, 90% sont co-infectées par le virus de l’hépatite C.

Pas besoin d’être devin pour comprendre que ces contaminations se sont faites par voie intraveineuse dans le cadre d’injection d’un dérivé opiacé

Mais ce que se sont injectés les gens d’Austin ce n’est pas de l’héroïne. C’est un analgésique opioïde, l’oxymorphone.

Ce médicament, vendu en comprimés théoriquement non réductible en poudre n’a pas résisté à l’ingéniosité des dealers et des consommateurs pour se retrouver sous forme injectable. C’est un produit très cher aux USA, de 135 à 280 euros la dose.

Quand les équipes d’investigation sanitaires sont intervenues elles ont constaté que les utilisateurs n’étaient pas Noirs ou Hispaniques comme c’est le cas dans 60 % des cas aux USA mais des Blancs non hispaniques à 99 %. Une majorité, 59%, étaient des hommes.

le partage de seringues était la

régle. La même aiguille pouvait être utilisée par six personnes différentes.
L’âge moyen des consommateurs infectés était de 34 ans et les injections quotidiennes allaient de 4 à 15 intraveineuses par jour.

Rappelons le prix, environ 150 euros le comprimé dans une ville pauvre.

Grace aux examens de biologie moléculaire, les experts ont pu montrer que c’est un seul et même virus qui a été à l’origine des 188 contaminations. La majorité des contaminations, 85 % , se sont produites en seulement sept mois.

Au total, la prévalence de l’infection par le VIH s’établit aujourd’hui à Austin à 4,6 %de la population.

Un taux à comparer à celui des villes les plus touchées aux USA, comme New-York ou San Francisco qui affichent 0,8 %

Six fois plus !

Des erreurs impensables

Mais comment l’invraisemblable a-t-il pu se produire avec tout ce que l’on sait depuis plus de trente ans. Alors que dans le pays, on est passé de 31 % de cas de contamination VIH liés aux injections de drogue en 1991 à moins de 6 % aujourd’hui les programmes d’échange de seringues sont interdits dans l’Indiana !

Face à la catastrophe, le gouverneur a levé temporairement l’interdiction !

Deuxième facteur : l’Amérique croule sous une épidémie d’overdoses aux médicaments opiacés.

Ce qui fait la légende du Dr House, la fameuse poignée d’oxycodon, fait des ravages à n’en plus finir aux USA. Il y a plus de morts par overdose, 47000 en 2014, que par accidents de la route, 32000.

A Austin il n’y a aucune structure de type dispensaire pour prendre en charge les addictions.
Le premier centre spécialisé est à 45 minutes de voiture. A condition d’en avoir une, ce qui est peu fréquent dans cette ville.

Pas de programme de substitution par la méthadone non plus. Or ces programmes ont permis de réduire de 64 % les contaminations par le VIH et le virus de l’hépatite C chez les usagers de drogue par voie intraveineuse.

Pour John T Brooks, du CDC, le centre de contrôle des maladies d’Atlanta, cette affaire est « un désastre qui était parfaitement évitable parce qu’on avait les moyens nécessaires de prévention ».

Ce drame a fait un peu bouger les lignes à l’échelon national. On peut maintenant financer sur des fonds fédéraux des programmes d’échange de seringues, avec toutefois interdiction d’acheter seringues et aiguilles avec cet argent public.

Mais le Dr Brooks est sûr que ce genre de drame se reproduira si les Etats- Unis ne mettent pas en place les outils de prévention et de soins que possèdent déjà d’autres pays occidentaux.

Il faut se rappeler que dès 1987, Michèle Barzach, ministre de la santé de Jacques Chirac, a mis en France un programme d’échange de seringues malgré les cris d’orfraie poussés par le personnel politique de l’époque.

Ajouté aux programmes de substitution et au travail de terrain des associations, cette mesure a permis de ramener la contamination des toxicomanes de 30 % à cette époque à moins de 2 % aujourd’hui.

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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1 réponse à CROI 2016 VIH/SIDA : la terrifiante histoire de la petite ville d’Austin sur laquelle s’abattit le virus VIH

  1. Ganaye Dominique dit :

    Oui il faut renforcer cette lutte avec tacte et respect mais la renforcer.

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