CROI 2016 VIH/SIDA: les petits pas de la recherche sur les nouveaux traitements.

Même s’il n’y a pas cette année de résultats fracassants lors de l’édition 2016 de la CROI, la recherche sur des moyens de prévenir et de traiter l’infection par le virus VIH continue. Voici quelques nouvelles du front.

Et tout d’abord il faut parler des anticorps. L’infection par le virus VIH, comme toute infection, entraine la fabrication par les cellules de défense d’anticorps qui, normalement doivent détruire l’envahisseur.
Mais dans l’infection à VIH ces anticorps sont incapables de neutraliser le virus.

Les progrès de la biologie moléculaire ont permis, depuis quelques années, de disposer d’anticorps fabriqués avec des caractéristiques bien précises et qui sont capables de se diriger vers une cible bien précise. Ce sont des anticorps monoclonaux, ou mAb.

On sait que pour entrer dans la cellule et s’y reproduire le VIH utilise une porte d’entrée principale à laquelle il va s’accrocher par une succession de mécanismes.

Quatre de ces structures sont bien identifiées et des anticorps monoclonaux sont développés. Il faut qu’ils soient puissamment actifs et capables de bloquer toutes les souches de virus.

On n’a pas encore le candidat idéal mais il y a déjà plusieurs mAb qui sont évalués en laboratoire et un, le VRCO1 fait l’objet d’un essai clinique de phase 2a.
Sa cible est le récepteur CD4 des lymphocytes, une cible préférentielle d’accrochage du VIH.

Des anticorps hi-tech

L’essai présenté à Boston n’est pas un franc succès, mais on s’y attendait. Le but était de voir si, le traitement suspendu, la perfusion du mAb permettrait de garder indétectable la charge virale dans le sang.

Mais 12 des 13 patients ont vu leur charge virale rebondir, certains très vite en 5 semaines seulement.
Ce qui a surpris les chercheurs c’est que le taux sanguin de l’anticorps était plutôt élevé dans le sang. Un taux qui, en laboratoire montrait une action bloquante et neutralisante.

Mais malgré ce résultat la piste des anticorps va être poursuivie non seulement pour bloquer l’entrée du virus dans les cellules mais aussi pour tenter de purger les réservoirs dans lesquels le VIH se cache pour se mettre à l’abri des traitements et mieux resurgir.
Les réservoirs font l’objet de recherches incessantes.
Ces cellules sont disséminées dans l’organisme et le but est de les identifier, de les faire sortir et de les détruire, ce qu’on appelle la technique du « shock and kill » ; frapper et tuer.

L’immunothérapie a été appelée à la rescousse, comme dans les cancers où elle donne de vrais espoirs.

Vider les réservoirs

Une étude a été conduite avec un anti PD-L1, le BMS 936559.

En bloquant le ligand qui empêche les cellules de défense d’attaquer les cellules contaminées, les chercheurs espéraient donner un coup de fouet à l’immunité naturelle et renforcer le travail des cellules tueuses.

L’étude de phase 1 menée sur 8 patients n’a pas été concluante et le produit ne sera pas développé dans cette indication.
Mais là encore la piste n’est pas abandonnée et les chercheurs se tournent vers des anticorps anti PD1 plutôt que de viser le ligand.

Toujours dans cette volonté de détruire les réservoirs on attendait les résultats d’une étude danoise combinant une immunothérapie et un médicament utilisé d’habitude en hémato-cancérologie.

L’immunothérapie consistait en une série d’injections intradermiques de Vacc-4x/GM-CSF. Ce « vaccin » était constitué de 4 peptides appartenant à une protéine du VIH la p24. Un facteur de croissance, GM-CSF renforçait l’action du vaccin en recrutant des cellules de défense.

Venait ensuite une perfusion de romidepsine. Ce médicament appartient à la classe des inhibiteurs de l’histone déacétylase.

Cette famille de médicament permet de modifier le fonctionnement de certaines cellules en débloquant certains freins.

Le but était donc de faire sortir du bois les cellules infectées par le VIH et de provoquer ensuite leur destruction par les cellules de défense.

Cet essai préliminaire a montré que la charge virale indétectable à l’arrêt du traitement habituel remontait au bout de deux semaines après l’arrêt du traitement expérimental. Un délai très court.

Mais les premiers résultats sont encourageants puisque la quantité d’ADN viral a baissé de 39 % pendant le traitement.

Alléger les traitements

Et puis il y a les bonnes nouvelles comme celles montrée par l’étude LATTE-2. Il s’agissait de voir si on pouvait obtenir un traitement de maintenance moins prenant.
En utilisant une combinaison de deux molécules cabotegravir et ripivirine à action prolongée, on a pu obtenir des résultats satisfaisants en utilisant des injections intramusculaires toutes les 4 ou 8 semaines au lieu d’une prise quotidienne de médicaments.

Autre bonne nouvelle, la confirmation dela meilleure tolérance du tenofovir sous la forme alafenamide par rapport à la forme fumarate. Le TAF à moins d’effets négatifs osseux et une meilleure tolérance rénale.

Des petits pas, certes, mais des progrès qui participent de la qualité de vie pour celles et ceux qui, pour l’instant, ne peuvent pas se passer de traitement.

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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2 réponses à CROI 2016 VIH/SIDA: les petits pas de la recherche sur les nouveaux traitements.

  1. Trunks2702 dit :

    C’est vraiment très encourageant! Bien joué les chercheurs!

  2. pasdupe dit :

    on a bien compris que même les bonds des bottes de 7 lieues font pale figure devant ce que vous appelez des petits pas.
    les informations de cette année sont tout simplement monstrueuses, et cela se voit même si vous ne cherchez à ne pas le faire sentir.

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