CROI 2016 : Le virus Ebola peut persister pendant un an dans le sperme des hommes guéris

La conférence CROI 2016 qui débute ce lundi à Boston accorde une place particulière à la dernière épidémie liée au virus Ebola. Elle a touché la Guinée, la Sierra Leone et le Libéria et laissera des séquelles parmi les survivants. Séquelles physiques et psychiques avec deux points particuliers /les atteintes oculaires et la persistance pendant des mois du virus Ebola dans le sperme.

C’est le 29 décembre 2015 que la Guinée a été déclarée indemne de fièvre Ebola.
Mais cette épidémie aura provoqué 2536 décès. Le nombre de survivants a été de 1268, soit un tiers des 3804 cas recensés.
Si 53% des femmes infectées ont survécu, seuls 16% des enfants de moins de 15 ans et 8 % des personnels de santé ont eu cette chance.
Une équipe franco-guinéenne conduite par Eric Delaporte de l’Institut pour la Recherche en Développement de Montpellier a entrepris de mesurer les séquelles physiques psychologiques et sociales de cette épidémie

Sur les 375 premiers survivants suivis on note l’importance des douleurs musculo-squelettiques séquelles qui concernent 79 % d’entre eux, les troubles neuropsychiatriques et les céphalées.

Les troubles ophtalmologiques moins fréquents sont cependant parfois très sévères comme en témoignent deux cas de cécité par cataracte chez des enfants. Ils ont pu être opérés.
On a relevé aussi dans la série en cours sur 160 patients examinés 24 uvéites, 4 épisclérites et 2 kératites.

L’autre point constaté par les chercheurs a été la persistance de traces virales dans le sperme des hommes survivants. Dans un cas on retrouvait trace de l’ARN viral jusqu’à neuf mois après la guérison de l’homme.

Une autre étude conduite par Daouda Sissoko et l’INSERM à Bordeaux laisse envisager que chez 10% des hommes infectés par le virus, ce dernier peut persister pendant un an dans le sperme

Cette présence virale dans le sperme n’est pas fréquente et décroit avec le temps. Mais elle existe et devra être recherchée systématiquement.

De même il va falloir expliquer aux hommes ainsi détectés la nécessité de prendre des précautions pendant un certain nombre de mois afin d’éviter l’apparition de cas secondaires.

Il ne sera sans doute pas évident de faire passer ce message mais il sera sans doute aussi difficile d’assurer la prise en charge des troubles neuropsychiatriques. La lutte contre la stigmatisation ne s’annonce également pas des plus simples quand on voit l’exemple des personnes porteuses du virus VIH.

Là in est dans une situation différentes puisque les personnes sont guéries et débarrassées du virus mais comment passera le message ? Nul ne peut le dire.

Références :

Jean François Etard et al.
Sequelae of Ebola virus disease in surviving pa4ents in Guinea: Postebogui cohort
Abstract 73LB

Daouda Sissoko et al.
Dynamics of Ebola virus clearance in semen in Guinea
Abstract 75LB

Les abstracts sont accessibles sur le site croiconference.org

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
Ce contenu a été publié dans VARIA, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.