Il peut être avisé de demander un deuxième avis.

Le monde médical est agité depuis quelques semaines par l’apparition d’un site en ligne qui propose, moyennant 295 euros, de donner au patient un deuxième avis sur le dossier qu’il aura téléchargé préalablement. Cette initiative soulève un certain nombre de questions mais elle pose aussi le problème du recueil d’un second avis, une pratique pas suffisamment répandue et rétribuée chez nous.

Le site deuxiemeavis.fr  déchaîne donc l’ire des médecins. Ces derniers vivent très mal la mise en place d’une structure de consultation en ligne où le patient télécharge son dossier, dossier qu’un ou des « experts » du site examineront dans un délai de 48 heures et donneront donc un deuxième avis.
La prestation est facturée 295 euros. Certains reprochent à ce site de ne pas examiner les patients. Il faut dire que dans plusieurs spécialités, notamment en cancérologie, le deuxième avis est donné la plupart du temps sur la lecture du dossier et notamment par lecture de l’imagerie et des examens biologiques et anatomopathologiques.

On n’a pas besoin de palper un patient atteint de cancer du colon pour donner une opinion sur un traitement décidé à partir de recommandations appliquées au cas par cas.

Cela n’est cependant pas vrai dans toutes les spécialités.

Mais c’est évidemment le prix demandé qui provoque de nombreux remous. Il faut se rappeler que la consultation du médecin généraliste est honorée à hauteur de 23 euros. Celles des spécialistes sont mieux rétribuées, surtout s’ils pratiquent en milieu hospitalier dans le cadre de consultations privées.

Certaines de ces consultations privées peuvent d’ailleurs dépasser les fameux 295 euros réclamés par le site.

Mais de nombreux spécialistes reçoivent des demandes de second avis de la part de leurs confrères, français ou étrangers, et leur travail est souvent soit non rémunéré, soit rémunéré au prix de la consultation hospitalière.

On comprend donc qu’ils puissent vivre comme une forme d’injustice le fait de voir un site proposer une prestation à un tarif qui leur est refusé.

Les semaines qui viennent verront diverses autorités se prononcer sur l’existence d’un tel site. La CNIL a homologué le système de collecte des données de santé. L’Ordre national des médecins devra dire si cette pratique est conforme au code de déontologie qui régit l’exercice professionnel.

Une pratique répandue aux Etats-Unis

Ce principe du second avis en ligne n’est pas une nouveauté. Il a été lancé aux Etats-Unis il y a déjà plusieurs années, notamment à Boston, où se trouvent certains des meilleures hôpitaux américains et la prestigieuse Harvard Medical School.

Un groupe, Partners Healthcare, propose ce service de seconde opinion en ligne dans diverses spécialités pour un tarif proche de 900 euros.

Ce groupe est à but non lucratif. Il permet à tout un chacun de s’adresser à des équipes de très haut niveau.

Il est certain que lorsque vous vivez dans des zones reculées des USA, au milieu des Grandes Plaines et qu’on vous diagnostique un cancer, il est plus facile, voire plus économique de passer par ce site en ligne que de faire des centaines, voire des milliers de kilomètres pour recueillir une seconde opinion.

D’autres sites se sont ouverts aux Etats-Unis, à but lucratif ceux-là ; comme celui créé par le français Laurent Monssoh en Floride, ActiveDoctorOnline,  et dont il existe une déclinaison française

Demander un deuxième avis peut être utile

Sortons un peu des problèmes financiers et de celui du stockage de données de santé chez des hébergeurs, bien qu’il s’agisse là de questions très importantes.

Revenons à la question du second avis, ou, plutôt, du deuxième avis, car il peut aussi y en avoir un troisième voire un quatrième !

Cette pratique, très répandue dans divers pays, n’est pas forcément partie intégrante de notre culture, ni de la pratique médicale, même si cette possibilité est de plus en plus souvent offerte au patient.

Demander un autre avis ne se justifie pas pour chaque pathologie. Mais dans certains cas, en cancérologie, en médecine interne, en cardiologie par exemple, il peut être légitime que la personne à laquelle on annonce un diagnostic qui va retentir de façon non négligeable sur sa vie, ait le besoin et l’envie de savoir si ce qu’on lui propose est la seule solution.

Bien souvent, des patients n’osent pas faire cette démarche, de peur de vexer le médecin qui les suit. C’est pour cela qu’il est important que la proposition vienne du spécialiste lui-même de façon à mettre le patient à l’aise.

Autre difficulté : obtenir les éléments nécessaires du dossier pour pouvoir aller demander ce deuxième avis. Et dans ce domaine, le public a beaucoup à apprendre du privé !

Obtenir par exemple les images d’un scanner ou d’une IRM, avec le CD-ROM et le compte-rendu relève encore trop souvent su parcours du combattant, alors que la loi de mars 2002, dite loi Kouchner, est censée faciliter la récupération du dossier.

Mieux rétribuer le deuxième avis

Dans certains domaines de la médecine, il existe des disparités à l’échelle du département, de la région, mais aussi au sein d’un même établissement. Une notion qui n’est pas très agréable à entendre pour certains médecins mais qui est une réalité.

Quand l’existence d’un patient va se trouver donc impactée durablement par une décision thérapeutique, mieux vaut pour lui être sûr que c’est la bonne.

Et pour cela il n’est point besoin de ‘monter » à paris. En cancérologie, par exemple, il existe des spécialistes de renom national et international dans plusieurs villes de France, au nord, au sud, à l’est et à l’ouest !

Bien évidemment quand il s’agit d’une pathologie peu fréquente, il faut solliciter l’avis de centres qui ont l’habitude de traiter de tels cas en grand nombre.

Le deuxième avis ne doit donc pas être vécu par le patient comme quelque chose de dangereux pour lui vis-à-vis de son médecin.
Et le médecin ne doit pas vivre cette demande comme un manque de confiance, d’autant que le plus souvent. le second avis sera conforme à la proposition initiale.

Il faut donc que cette pratique entre encore plus dans les mœurs. Mais il faut aussi qu’elle soit rémunérée de façon correcte et à hauteur de l’expertise demandée au spécialiste.

Nous sommes dans un pays où les distances ne sont pas des obstacles aux déplacements et où le contact humain est encore privilégié. Il est donc possible de permettre l’accès à un deuxième avis normalement, sans obligatoirement passer par un service en ligne.

Il sera difficile d’empêcher de tels services de se développer, d’autant qu’Internet ne connait pas franchement les frontières !

Mais il est possible, si les pouvoirs publics le veulent, de permettre d’offrir un système de second avis classique dans lequel patient et médecin seront gagnants.

 

A LIRE:

Je vous conseille la lecture du blog du Dr Jean-Marie Vailloud consacré à l’ubvérisation de la santé où il parle des sites de second avis

 

 

À propos de docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
Ce contenu a été publié dans MEDIAS INFORMATION DES PATIENTS, avec comme mot(s)-clé(s) , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *