Don du sang par les homosexuels masculins : une décision qui recouvre politique, santé publique et sécurité sanitaire

Les hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes, les HSH, pourront donner leur sang à compter de juin 2016 sous certaines conditions. La France rejoint ainsi un petit nombre de nations en levant une interdiction totale.

Jusqu’à maintenant, le fait de se dire homosexuel interdit à un homme d’être donneur de sang. Ce qu’on appelle un ajournement définitif était motivé par des données épidémiologiques remontant aux années 90 et à la grave crise sanitaire liée au drame du « sang contaminé ».

La prévalence du virus VIH dans les populations homosexuelles étudiées est 70 fois plus élevée que dans la population générale. ce qui expliquait les réticences de certains scientifiques à l’ouverture du don par les HSH, d’autant que les tests de dépistage, même les plus sophistiqués, peuvent ne pas détecter une infection débutante.

Il existe, en effet, ce qu’on appelle une fenêtre sérologique de 14 jours environ au cours de laquelle on ne détecte pas encore les anticorps marqueurs de la présence du virus.

En regardant ce qui se passe dans les pays qui ont ouvert, sous conditions, le don de sang aux HSH en Europe et dans le monde, on a constaté que le risque résiduel de contamination, estimé statistiquement à 1 pour 3,5 millions, était quasiment identique quand on incluait les dons de sang faits par les HSH.

Après des mois de concertation avec les associations homosexuelles, les donneurs de sang, les associations d’usagers, la Direction Générale de la santé a donc établi un schéma qui va faire réviser le décret de 2009 qui fixait les conditions du don de sang en France.

Rappelons en préambule que donner son sang n’est pas un droit. C’est un acte de générosité qu’accomplissent environ 4 % des français âgés de 18 à70 ans.

Mais toutes les personnes qui souhaitent donner leur sang ne sont pas automatiquement acceptées. Après un questionnaire et un entretien, un certain nombre de donneurs potentiels sont exclus pour des raisons diverses, allant d’un poids de corps inférieur à 50 kg au séjour dans une zone infestée par le paludisme, un séjour de plusieurs mois en Angleterre dans les années 80 (époque de la ‘vache folle ») ou bien encore au fait d’avoir été transfusé ne fut-ce qu’une fois dans sa vie.

A partir de juin 2016 donc, les HSH seront admis au don sous conditions, avec ajournement temporaire.
Ainsi, pour les culots sanguins permettant de recueillir des globules rouges et pour les dons de plaquettes, les HSH admis au don devront avoir respecté une période de 12 mois sans aucun rapport masculin, même un rapport protégé.

Ce type de produits sanguins, dits labiles, sont très fragiles, se conservent fort peu de temps et ne peuvent être chauffés.
Il est donc indispensable de s’assurer de leur qualité et de leur sécurité virologique.

Pour les dons de plasma, les choses seront plus simples puisque le délai ne sera pas de 12 mais de 4 mois et un donneur vivant une relation stable pourra même donner son plasma directement.

Le plasma peut subir des transformations qui inactivent totalement les virus d’où cette plus grande ouverture.

En termes quantitatifs, les estimations faites par la DGS indiquent que l’ouverture du don de sang aux HSH permettra de recueillir environ 37000 dons de sang supplémentaires par an, ce qui représente environ 1,3 % de dons en plus, soit l’équivalent de trois jours de collecte par l’Etablissement Français du Sang.

Il faut aussi rappeler que la sécurité des donneurs en France est maximale, avec du matériel à usage unique et des systèmes évitant le contact du sang et du plasma avec la partie sensible des machines lors des collectes de plasma.

Il n’y a donc aucune raison de voir naitre des peurs chez les donneurs potentiels du fait de cette décision.
Cette précision peut paraître ridicule ou superflue à certains, mais elle fait partie des peurs souvent mentionnées.

La mise en place du son des HSH s’accompagnera bien sûr d’un strict suivi pour s’assurer de la sécurité sanitaire.
Il ne faut pas oublier que l’objectif de la transfusion sanguine c’est d’apporter au receveur un produit totalement sécurisé et de protéger le donneur de tout risque infectieux également.

Chaque jour, les hôpitaux consomment 10 000 poches de sang. C’est beaucoup moins qu’il y a quelques années, mais la situation reste souvent tendue.

Il est donc important qu’une bonne information circule pour ne pas porter atteinte à un approvisionnement en fragile équilibre.

Dernière information : entre 2011 et 2014  on a bloqué 24 poches de sang venant de donneurs contaminés par le VIH, dont 15 donneurs homosexuels .

Depuis 11 ans, il n’y a eu aucun cas de contamination post-transfusionnelle par le VIH.

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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11 réponses à Don du sang par les homosexuels masculins : une décision qui recouvre politique, santé publique et sécurité sanitaire

  1. Zénon dit :

    Je vis avec le même homme depuis 20 ans et je ne vais toujours pas pouvoir donner mon sang, sauf à mentir lors du don. Mon amie Clara qui change d’homme toutes les semaines va, elle, continuer à donner son sang. Je ne comprends pas que la sélection des donneurs ne soit pas réalisée sur la base du nombre de partenaires, quel que soit leur sexe, et quand bien même la prévalence du virus est plus élevée chez les HSH.

  2. Maymil Régine dit :

    Ma fille a été opérée d’une tumeur au cerveau à l’âge de 13 mois. Elle a maintenant 29 ans. Lorsqu’elle a été majeur, elle a souhaité donné son sang mais elle s’est vu opposer un refus en raison de cet antécédent médical. Cette interdiction est-elle toujours d’actualité, si oui, pour quelle raison ?

    Je vous remercie d’avance pour votre réponse

    Régine Maymil

  3. GOUSSARD dit :

    Bonjour Docteur,
    Voilà 35 ans j’ai fait une fausse couche avec une très forte hémorragie.
    A l’hôpital de PITHIVIERS où j’ai été transportée, les médecin et infirmières ont jugé utile de me transfuser 400 Gr de sang.
    Il y a trois ans, j’ai voulu donner mon sang à ILLIERS COMBRAY (Eure et Loir).Etant donné que j’avais été transfusée il y a plus de 30 ans pourtant, je n’ai pas été prélevé.
    J’ai été très vexée et quand j’entends maintenant qu’il faut donner son sang on vous refuse parce que vous avez été transfusé, je trouve que 35 ans plus tard, je ne dois être contaminée. MERCI de m’avoir lu.

    • docteurjd dit :

      la décision concernant la transfusion est liée au risque infinitésimal de transmettre un prion comme dans la maladie de Creutzfeld-Jakob. On est là face à une décision très mal vécue, je vous comprends

  4. Barbara Veness dit :

    Bonjour, je viens de vous entendre à ce sujet sur France 2. Pouvez-vous me dire si on va bientôt accepter le sang des britanniques? Après mon arrivée en France il y a 4 ans, j’ai essayé de donner mon sang, mais quand l’infirmier a appris que j’habitais en Angleterre lors de la maladie des vaches folles, il l’a refusé. J’ai demandé s’il y aurait une date après laquelle cela changerait, mais il a dit: « Nous ne pourrons jamais accepter votre sang, madame ». J’étais vraiment choquée, parce qu’on l’acceptait volontiers en Angleterre. Quand mes connaissances en Angleterre ont entendu cette nouvelle, ils étaient tous incrédules! Si la France a un tel besoin de sang, je pense qu’on devrait réexaminer cette politique.

    • docteurjd dit :

      je comprends votre colère. cette décision avait été prise après que des travaux ont montré un possible passage par transfusion du prion responsable de la maladie de la vache folle.
      Je ne pense pas que cette mesure soit bientôt abrogée

  5. foubert dit :

    bonjour
    je suis outrée par les donneurs de sang homo car ils vont mentir et ensuite on va dire ah si j’avis su
    moi je suis du groupe O Négatif très recherché mais comme j’ai eu une transfusion en 1989 on ne veut plus de mon sang et on va accepter le sang des homo il y a quelque chose qui tournent pas rond vraiment

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