AVC : une prise en charge encore trop insuffisante, surtout après l’hôpital

Un accident vasculaire cérébral toutes les quatre minutes, soixante mille décès et des cas de plus en plus jeunes, l’AVC est l’exemple type d’une question de santé publique à laquelle notre pays répond de façon pas franchement satisfaisante.

Rappelons d’abord ce qu’est un AVC : c’est l’interruption du flux artériel qui irrigue le tissu cérébral par un caillot dans 80 % des cas. Pour 20 % des AVC il s’agit non pas d’un caillot mais d’une hémorragie.

Les signes habituels sont une grande faiblesse d’une moitié du corps, un bras qui va devenir flasque ou un membre inférieur incapable de porter le poids du corps et la personne va tomber.

Il y a aussi des troubles de la parole, parfois de la vue, la bouche va partir de travers.

Quand l’entourage constate ces signes il faut d’urgence appeler le 15. Le patient sera alors transporté rapidement vers un hôpital.
Ce transfert doit se faire le plus vite possible, dans un délai inférieur à trois heures.

Agir vite

Idéalement il ira dans une unité neuro-vasculaire, une UNV. Là, après l’examen au scanner, on pourra parfois libérer l’artère obstruée par le caillot. Cela peut se faire par ce qu’on appelle une thrombolyse.
Il s’agit d’injecter une substance dite thrombolytique qui va dissoudre le caillot.
Cela n’est faisable que dans un maximum de trois heures après l’accident, mais cette technique n’est pas toujours sans risque et peut être inefficace sur un caillot trop volumineux.

Depuis quelques années se développe une autre technique, la thrombectomie. Cette fois il s’agit d’aller chercher le caillot.

On monte une sonde par l’artère du pli de l’aine, et un fin cathéter muni d’un stent, un ressort de quelques millimètres.
Ce ressort va traverser le caillot et on va alors l’ouvrir.
Telle une épuisette il va permettre de ramener le caillot en arrière et libérer ainsi l’artère.

Cette technique peut se faire dans un délai de 6 à 8 heures après l’accident.
Mais elle nécessite des équipes très entrainées et elles sont encore peu nombreuses en France.

Ces UNV ne couvrent pas tout le pays et il y a encore beaucoup de personnes victimes d’AVC qui ne disposent pas d’une prise en charge idéale.

Les jours d’après

Une fois la phase aigue passée, va se jouer une deuxième phase tout aussi importante.
La rééducation et la réadaptation doivent commencer au plus vite, dans les tous premiers jours après l’AVC. C’est, par exemple, la visite de l’orthophoniste qui dressera le bilan des déficits et qui commencera la prise en charge nécessaire.
Le rôle des kinésithérapeutes est aussi important pour des mobilisations précoces des membres.

Mais cela n’est malheureusement pas toujours possible car dans de nombreux hôpitaux ces professionnels de santé sont trop peu nombreux et ne peuvent assurer une prise en charge optimale.

Le séjour à l’hôpital, hors complications graves, ne doit pas être trop long et il faut transférer les patients vers des structures de rééducation et de réadaptation.

Dans ces centres, la prise en charge sera pluridisciplinaire. On y retrouve bien sûr les orthophonistes qui vont intervenir souvent quotidiennement auprès de chaque patient. Les kinésithérapeutes aussi vont avoir une prise en charge quasi quotidienne.

Mais dans ces centres on trouve également des ergothérapeutes. Ces professionnels vont, par exemple, apprendre à un patient dont le cerveau a ‘oublié’ la partie du corps lésée à réinvestir ce côté déficitaire. On va travailler la plasticité cérébrale, essayer de créer de nouvelles connexions neuronales pour que le patient retrouve des fonctions cognitives, mémoire, repère dans l’espace.

Il y a aussi des psychomotriciennes qui aident le patient à se réapproprier son corps, récupérer son image corporelle. Un travail qui fait souvent appel au rythme et à la musique.

Les centres emploient de plus en plus souvent des professeurs d’activités sportives adaptées.
En complément et en parallèle du travail des kinésithérapeutes, ces professeurs vont entrainer les patients sur des parcours de marche avec plusieurs obstacles, afin de les préparer au retour à la vie normale, à la montée des marches, d’un trottoir, à ramasser un objet au sol.

Et il ne faut pas oublier le rôle d’écoute et d’aide que joue le personnel soignant, infirmières et aides-soignantes.
Ces dernières, souvent formées à la gestion des problèmes de déglutition chez ces patients hémiplégiques, vont surveiller le repas d’un bout à l’autre afin de prévenir une éventuelle ‘fausse route’. Et elles mettent à profit ce moment pour écouter, rassurer, surtout quand le soir venu ressortent les angoisses.

Cette approche pluridisciplinaire porte ses fruits. Dans un centre comme celui de Bel Air, géré par la Croix-Rouge, à la Membrolle près de Tours, 80 % des patients hémiplégiques ressortent en marchant, seuls ou avec une aide technique, canne, déambulateur.
Et 20 % récupèrent l’usage du membre supérieur lésé.

Mais voilà, on manque cruellement de lits en France pour accueillir dans de bonnes conditions les patients victimes d’AVC.

De trop nombreux patients rentrent trop vite chez eux sans avoir bénéficié d’une telle prise en charge.

C’est sans aucun doute l’une des plus flagrantes inégalités en matière d’accès aux soins dans notre pays.

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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17 réponses à AVC : une prise en charge encore trop insuffisante, surtout après l’hôpital

  1. Marie-jo C. dit :

    Un de mes frère a eu un AVC en 2010, dès qu’il a commencé à ne plus sentir ses membres, il a réussi à appeler les secours. Prise en charge très rapide à l’hôpital Saint Roch à Nice, rééducation puis reprise du travail à mi-temps au bout d’un an. Mais il était rapidement fatigué et a été alors en arrêt maladie. En 2012, au moment où il entrait dans le cabinet de son médecin pour renouveler son traitement, il s’est mis à avoir des troubles d’élocution: le médecin a appelé aussitôt les pompiers, puis a contacté la Timone à Marseille pour les premiers soins. Aujourd’hui à la retraite mon frère est un « miraculé », mais son caractère a changé et l’entourage n’était pas préparé à un tel bouleversement sur le plan comportemental. c’est compliqué d’aider un malade sans qu’il se sente assisté, il faut être là mais pas trop, mais je pense surtout qu’il est nécessaire de montrer qu’on l’aime !il vit seul et a besoin d’être soutenu sans être « envahi ».
    J’ai voulu témoigner pour ceux qui entourent ces malades car je n’étais pas prévenue et j’ai eu des difficultés à m’adapter à ces changements d’humeur, de caractère.

  2. LE SEGUILLON dit :

    Commentaires très intéressants sur l’AVC… Du coup j’ai eu envie de témoigner…
    Le 28 mars 2014 je me suis réveillé avec un horrible mal de tête à mon domicile. Et à partir de là, le trou noir. J’ai repris conscience un mois plus tard le 29 avril dans une chambre d’hôpital au milieu de bouquets de muguet (veille du 1er mai oblige)…c’était surprenant. Je ne pouvais plus marcher, ni parler, ni manger…
    J’avais fait une rupture d’anévrisme (rupture artère cervicale droite). Ce sont mes fils qui m’ont sauvé la vie. Pendant que l’un me maintenait conscient (même si je n’ai aucun souvenir), l’autre appelait les pompiers. J’ai ainsi pu être hospitalisé au CHU de Rennes en moins d’une demi- heure. J’ai ensuite été pris en charge par la neuro-chirurgie vasculaire (Dct Raoult) qui m’a opéré. Malheureusement j’ai fais une hémorragie cérébrale qui a été longue à se résorber et on m’a maintenu dans un coma artificiel le temps que mon état s’améliore.
    Après mon réveil, j’ai été transféré au Centre de rééducation De Rennes St. Helier (service du Dct Lemeur). Là, pendant plusieurs mois, j’ai été rééduqué par de nombreux thérapeutes (Kiné, ergothérapeute , psychothérapeute, orthophoniste, etc). Et miracle, trois mois plus tard je pouvais rentrer chez moi sans AUCUNE séquelle hormis une fatigue récurante. Aujourd’hui j’ai repris mon activité professionnelle et tout va pour le mieux.
    Je suis persuadé que c’est la vitesse d’intervention des secours puis du CHU (moins d’une heure entre mon malaise et la table d’opération) qui a permis ce miracle comme me dit mon médecin traitant. Alors oui on peut se sortir d’un accident cérébral si on est rapidement pris charge. C’est la clé de la guérison…
    Et encore merci pour vos commentaires dans les JT de deF2…

  3. pasquet dit :

    bonjour

    très intéressant mais quid de la prévention?

    merci

    • docteurjd dit :

      C’est une maladie cardiovasculaire avec les mêmes règles de prévention. Il faut y ajouter la prise d’anticoagulants en cas de fibrillation auriculaire

  4. Christian Deprez dit :

    Bonjour Docteur,

    J’ai regardé ce midi le journal d’Elise Lucet auquel vous avez participé.

    C’est non sans une certaine émotion que je vous ai écouté parler du sujet du jour qui me touche personnellement puisque j’ai été victime de plusieurs rupture d’anévrisme.
    La première en 1989 qui m’a laissé dans le coma pendant 14 jours et, après une rééducation fonctionnelle et physique, j’ai pu reprendre une vie quasiment normale mais, un second accident en 1998, cette fois sans perdre connaissance, mais qui m’a laissé des séquelles physiques plus importante mais qui ne m’empêche pas de vivre presque normalement.

    Tout cela pour vous dire, Docteur, qu’il y a heureusement des gens comme vous et Madame Lucet qui abordent ce sujet encore trop mal perçu par une grande partie de la population car, lorsque votre marche est hésitante, les gens vous jettent un regard plein de mépris.
    Je ne plein pas car ma vie est belle.
    Je suis debout et voilà juste ce que je retiens.

    Merci pour tous ce que fait la médecine et le personnel soignant.

    Cordialement.

    Christian Deprez

  5. CASTEJON dit :

    Bonjour,
    Pourriez-vous m’éclairer au sujet d’un AVC dû à une angiopathie amyloïde dont a été atteint mon mari (55 ans) sachant qu’il n’a été opéré que le lendemain de cet AVC et qu’il est resté 1 mois la Timone (Marseille) dans le service du docteur Dufour car il n’y avait soi-disant pas de place dans le centre de rééducation (St Martin Sud Marseille) qu’il avait choisi pour mon mari. Depuis le 8 mai (6 mois bientôt), seule la jambe gauche veut bien réagir mais le bras gauche est « bloqué » suite à des douleurs dans l’épaule (après une chute dans la salle de bains du centre de rééducation, pas de radios et paracétamol pendant 3 mois). Connaissez-vous un magicien qui pourrait redonner de l’espoir à mon mari qui lentement plonge dans le désespoir de pouvoir être « normal » dans l’avenir.
    Merci de m’avoir lue.
    Je guette une réponse de votre part
    Cordialement
    MME CASTEJON
    13250 SAINT CHAMAS

    • docteurjd dit :

      Madame,

      je ne donne aucun avis ou conseil personnel. Il faut pour cela connaitre le patient et son dossier. ce n’est pas mon cas et je pourrais vous dire des bêtises.

  6. zassot dit :

    bonjour,
    je souhaiterai connaitre quels sont les unités neuro – musculaires du sud de la France. Je me demande pourquoi les patients ne sont pas renseignés sur ces instituts et soignés seulement dans les CHU avec ou sans suite de rééducation. Faut-il avoir la chance d’habiter dans la ville où se trouve un de ces instituts? Est-il raisonnable d’effectuer un changement d’établissement si l’on veut transférer un patient?
    Merci par avance pour votre réponse

    ;

  7. Okombi dit :

    Bonjour Docteur
    pouvez vous m’informer sur mon cas j’ai été victime d’un AVC en 2008 sans séquelles
    Et je suis sur traitement depuis
    Je voudrai savoir les noms des hôpitaux en France qui sont équiper pour cette opération
    Sincères salutations
    Dieudonne

  8. JULIETTE dit :

    On me répète tous les jours qu’un AVC dont on s’occupe dans les 3 heures peut sauver une personne.
    Mon mari a fait un AVC pendant une coronarographie, il était donc dans les mains d’un professeur, pourquoi alors ne lui a t-on rien fait. Il a vécu aphasique et paralysé pendant deux ans exactement (27 septembre/25 septembre). Je l’ai gardé grabataire pendant tout ce temps. Au moment où le caillot a été poussé au cerveau il a la jambe droite qui s’est pliée en équerre et il est resté ainsi pendant les deux années de souffrance.
    La personne qui « l’a paralysé » m’a dit qu’elle avait poussé le caillot mais que c ‘était pas elle qui le lui avait fait », quelle courage!!!
    Sil vous plait dites moi quelque chose.

  9. Okombi dit :

    Bonjour
    J’ai suivi votre message sur A2
    Et je voudrais savoir les noms des hôpitaux en France pour administrer cette opération
    J’ai été victime d’un AVC en 2008 et j’ai pas eu de séquelles dieu merci
    Je suis depuis lors sur traitement
    Qu’elle conseils pouvez me donner ?
    Sincères salutations
    Dieudonne

  10. Eloduc dit :

    Merci pour votre article et votre reportage dans le journal télévisé de ce midi…
    Vous notez l’importance de la prise en charge rapide et d’un suivi en centre pour palier les séquelles éventuelles.
    Les suivis médicaux et paramédicaux sont primordiaux mais souvent trop court et le médecin interviewé regrette les retours prématurés à domicile.
    Pourtant rien n’est fait pour améliorer la qualité de ces soins.
    Pour les orthophonistes , le gouvernement a reconnu depuis 2013 le niveau de compétences et de qualifications, mais les ministères concernés refusent la juste revalorisation des orthophonistes à l’hôpital.
    Cette position menace l’avenir des soins orthophoniques à l’hôpital. Or, un métier qui n’est plus présent à l’hôpital est voué à disparaître.

    Bien cordialement

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