L’EPO peut favoriser la croissance de certains cancers.

Un mal pour un bien ou comment, en voulant traiter une anémie liée à une chimiothérapie, on peut favoriser la croissance tumorale. Un effet rare mais suspecté de la fameuse EPO

Son nom complet est érythropoïétine humaine recombinante, connue sous le diminutif rhEPO.
Elle a fait une entrée fracassante dans les médias en 1998, à l’occasion du Tour de France, avec les saisies douanières et le grand déballage qui s’en est suivi.

Mais cette substance existait déjà depuis longtemps en médecine. Cette rhEPO est la copie d’une hormone naturellement fabriquée par notre organisme au niveau du rein, l’érythropoïétine. Le rôle de cette hormone est d’aller stimuler la fabrication de globules rouges, ou érythrocytes, dans la moelle osseuse.

La rhEPO permet de corriger des anémies sévères, comme on peut en rencontrer chez les personnes qui sont en hémodialyse en raison d’une insuffisance rénale chronique.

On l’utilise beaucoup également en cancérologie pour corriger les effets de certaines chimiothérapies sur la moelle osseuse, conduisant notamment à une chute importante des globules rouges et de l’hémoglobine.

Son utilisation comme substance dopante avait pour but d’augmenter artificiellement la quantité de globules rouges disponibles. Ces globules rouges sont, comme on le sait, des transporteurs d’oxygène.

Très utile, la rhEPO permet d’économiser les culots de globules rouges et, à l’époque où les risques de contamination virale étaient importants, les injections rassuraient malades et médecins.

Voici pour l’avers de la médaille, mais il y a aussi un revers. Depuis plusieurs années, les spécialistes en cancérologie suspectent l’Epo d’être parfois à l’origine de la croissance de tumeurs malignes. En corrigeant ainsi les effets des chimiothérapies, on pourrait favoriser la flambée de cellules cancéreuses.

Cette hypothèse prend de plus n plus corps, notamment grâce à une étude très récente publiée dans la revue « Cancer Cell » par l’équipe de Sunila Pradeep, du MD Anderson Cancer Center, Université du Texas à Houston.

Leurs travaux sur des cellules issues de cancers du sein et de l’ovaire ont permis d’identifier un récepteur cellulaire appelé EphB4.

En mesurant l’expression de ce récepteur dans des tissus tumoraux, et en obtenant des informations sur la survie des patientes traitées pour ces tumeurs, les chercheurs ont donc constaté que la présence de EphB4 était corrélée ç une survie moindre.

Cette molécule provoque la croissance et la prolifération des tissus tumoraux à travers des mécanismes bien connus, comme le système de signalisation Src/Stat3.

Cette découverte, qu’il faudra confirmer, éclaire un peu plus la connaissance du métabolisme de l’érythropoïétine.

Ce facteur de croissance et sa copie la rhEPO ont un rôle essentiel.
La rhEPO est profondément utile pour la prise en charge des personnes traitées par des chimiothérapies aplasiantes.

Cette découverte permettra peut-être de pouvoir déterminer s’il est possible de bloquer l’effet de la rhEPO sur ce récepteur EphB4 tout en conservant l’efficacité du facteur de croissance
Mais ces travaux confirment, s’il en était besoin, qu’il faut manier ces facteurs de croissance à bon escient, sans trop en abuser, en respectant les recommandations et en n’oubliant pas que la transfusion de culots globulaires est toujours possible.

Revenons pour finir sur l’usage détourné de cette rhEPO comme dopant. Les sportifs ont utilisé, et certains continuent peut-être, divers facteurs de croissance à visée anabolisante, dit plus simplement pour se faire du muscle plus facilement.

Certains de ces facteurs de croissance sont aussi capables d’être à l’origine du développement de tissus tumoraux malins. Si on ajoute à cela un usage de rhEPO, il n’est pas inimaginable de découvrir, avec les années, des tumeurs cancéreuses chez certains sportifs à des âges inhabituellement jeunes.

On souhaite que cela reste du domaine de l’hypothèse, bien sûr, mais une certaine vigilance s’impose.
Référence de l’étude :
S.Pradeep et al.
Erythropoietin Stimulates Tumor Growth via EphB4
Cancer Cell 28, 1–13, November 9, 2015
http://dx.doi.org/10.1016/j.ccell.2015.09.008

 

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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2 réponses à L’EPO peut favoriser la croissance de certains cancers.

  1. Puis-je donner sans risque de le PO à un chien qui fait de la chimiothérapie carboplatine et qui est anémié chronique merci

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