Fin de vie : la triste fin de Lyna , cinq ans que le médecin de l’HAD n’a pas voulu aller assister

Au moment où le parlement se penche sur la fin de vie, une dramatique histoire nous rappelle à quel point notre pays est souvent incapable de gérer les derniers moments d’un patient avec humanité décence et respect.

Elle s’appelait Lyna, elle avait cinq ans et elle souffrait d’un cancer incurable.
Ses parents avaient demandé à ce que la fillette puisse rentrer chez elle afin d’y finir sa trop courte vie.
Pour cela, ils avaient sollicité le service d’hospitalisation à domicile du centre hospitalier régional d’Orléans.
Tout avait été mis en place pour que la fillette puisse s’éteindre dignement, sans souffrir.

Un soir l’état de la fillette s’est aggravé. Les parents ont fait appel au service d’HAD. Il y avait un médecin d’astreinte, un praticien âgé de 75 ans à l’époque des faits et qui prenait des gardes de façon ponctuelle.

Face à la demande d’aide des parents, à leur détresse, ce médecin a refusé de se déplacer, de faire les 25 kilomètres le séparant du village de la fillette.
Malgré l’intervention d’une consœur, médecin de famille lui demandant de venir mais elle a eu affaire à un interlocuteur « muré, bloqué, sans doute apeuré » confie t-elle.

Le médecin se contentera de prescrire par téléphone du paracétamol.

Devant l’état et la souffrance de la fillette, les parents n’auront d’autre recours que de l’hospitaliser et, contrairement à ce qu’ils avaient souhaité, la petite fille mourra trois jours plus tard loin de chez elle.

Le 6 octobre dernier le tribunal d’Orléans a jugé le praticien. Il a été condamné à dix mois de prison avec sursis pour non assistance à personne en danger. Il devra en outre verser 10000 euros aux parents de la fillette.

Au cours de l’audience, pas un mot d’excuse ou de regret n’a été prononcé envers la famille.
Une famille dont le médecin dit que si ce médecin avait pris contact avec eux elle n’aurait pas porté plainte.

Pas un mot non plus du service d’HAD, qui a apparemment mis en cause le médecin.

Mais c’est bien ce service qui a choisi de s’adjoindre ses services !
Sans faire de racisme anti-septuagénaire-j’ai 64 ans- peut-on imaginer raisonnable de confier des responsabilités aussi lourdes à un praticien de 75 ans auquel on va demander de conduire 50 kilomètres de nuit, après avoir eu à gérer une situation dramatique ?

Etait-il au moins préparé dans sa formation à gérer les fins de vie ? Et celle d’un enfant en particulier ?

Son silence et celui de ses employeurs vis-à-vis des parents de la fillette ne sont pas à l’honneur de notre médecine.

Au moment où beaucoup s’agitent autour de l’euthanasie et du suicide assisté, cette triste histoire vient nous rappeler que les soins palliatifs et les soins de support souffrent en France d’un manque de moyens et de personnel suffisamment formés. L’enseignement de ces soins palliatifs n’a pas la place qu’il devrait avoir et quand certains CHU délocalisent à 15 kilomètres de chez eux de tels services, ils n’aident pas les futurs médecins à acquérir les connaissances nécessaires.

Lyna avait cinq ans, on l’a privée du droit de finir sa vie chez elle, sans machine, sans blouses blanches, juste avec sa maman et son papa.

On ne peut avoir que de la peine et de la honte.

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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