Nobel de médecine 2015 : Des substances venues de la nature pour lutter contre des maladies de la nature

En récompensant les inventeurs de thérapeutiques antiparasitaires par le prix Nobel de médecine et de physiologie les membres de l’Académie suédoise ont sans doute voulu rappeler le poids de ces maladies dans le monde et les efforts nécessaires pour les traiter.

Un peu de terre d’un côté, une plante de l’autre et, au bout, deux produits qui ont permis de traiter des millions de personnes à travers le monde. Des personnes atteintes de maladies parasitaires que les pays développés ne connaissent pas et qui, pourtant, tuent des centaines de milliers de personnes à travers le monde.

Artemisia annua, quing hao, artémise annuelle, voici une plante chinoise à laquelle les moustiques anophèles, et les femelles en particulier, ne disent pas merci.

C’est en effet de cette plante qu’une chercheuse en pharmacie chinoise, You YouTu, a extrait un principe actif, l’artémisinine, qui s’avère être un traitement très efficace du paludisme.

Pour l’instant, et contrairement aux autres molécules utilisées dans le monde, le plasmodium, le parasite responsable du paludisme, n’a pas développé de resistance importante contre l’artémisinine.

Une surveillance très stricte est d’ailleurs mise en place notamment en Thaïlande pour tenter d’éradiquer les anophèles afin de limiter le risque de résistance. La crainte, en effet, c’est que cette résistance arrive dans le sous-continent indien puis aborde le continent africain.

Mais pas de problème pour l’instant en Afrique où une combinaison médicamenteuse à base d’un dérivé d’artémisinine permet de soigner les accès palustres pour des prix extrêmement peu élevés.

Madame Tu méritait donc cette récompense, elle offre à la Chine son premier prix Nobel. Son pays saura peut-être lui en être reconnaissant car le moins qu’on puisse dire c’est qu’elle ne jouit pas d’une grande considération dans son pays.

La découverte de l’ivermectine n’a rien de banal également.
Tout part du Japon où Satoshi Omura, un chercheur de l’Institut Kitasato veut découvrir de nouveaux antibiotiques.
Il va prélever un peu de terre sur un parcours de golf et mettre cette terre en culture en laboratoire.

Il découvre alors qu’une bactérie produit une substance, l’avermictine qui semble douée de propriétés intéressantes. Point particulier : jamais, dans aucun autre pays au monde on n’a retrouvé ce micro-organisme dans le sol.

Son institut est en relation avec le laboratoire pharmaceutique américain Merck Sharpe & Dhome. C’est là que travaille William Campbell.

Campbell et son équipe vont développer un produit qui s’appellera ivermectine et qui va montrer sur l’animal de laboratoire, puis en médecine vétérinaire, sa grande capacité à éliminer les nématodes, des vers parasites.

Utilisée en médecine humaine, l’ivermectine va se montrer très efficace contre les filaires responsables de parasitoses appelées filarioses. Certaines d’entre elles, en bloquant le système lymphatique, pouvaient conduire à des gonflements énormes des membres inférieurs et su scrotum, provoquant ce qu’on appelle un éléphantiasis.

Mais l’ivermectine a permis aussi de traiter efficacement l’onchocercose, appelée aussi cécité des rivières. Cette maladie était la conséquence de l’inoculation par une mouche de la famille des simulies d’une filaire.

Près d’un million de personnes à travers le monde ont perdu la vue à cause du parasite, en Afrique, mais aussi au Yémen et en Amérique Centrale.

La peur de contracter la maladie a amené des populations entières à s’éloigner de vallées fertiles, mettant leur subsistance encore plus en péril.

Des programmes de traitement par ivermectine ont permis à certains pays de se débarrasser de la parasitose, principalement en Amérique Centrale.

La lutte continue aujourd’hui en Afrique avec ce médicament souvent donné gracieusement par le laboratoire par l’intermédiaire de sa fondation.

Bien que l’actualité médicale et scientifique soit très riche de recherches ces vingt dernières années, l’Académie Nobel a fait le choix de couronner des chercheurs qui ont donné de leur temps et de leur savoir pour traiter des maladies qui génèrent mort et souffrances dans de nombreux pays défavorisés.

On ne peut que les en féliciter.

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A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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