Infirmières, kinés, dialyse : l’addition des chiffres de la Cour des Comptes et la réalité du terrain

La Cour des Comptes publie ce jour un rapport mettant en exergue une augmentation des dépenses relatives aux soins infirmiers et de kinésithérapies libérales.
Elle évoque aussi le coût de l’insuffisance rénale aigue terminale.
Des constats qui sont comptables mais qui oublient quelque peu certaines réalités.

La Cour des Comptes sort des exemples croustillants concernant le revenu de quelques infirmières libérales ou de certains kinésithérapeutes, avec des disparités selon les régions.
Il y a évidemment des abus et des gens qui trichent et qui « tombent trop rarement » faute de contrôles adéquats.
Un « drainage lymphatique » censé réduire la cellulite quelques semaines avant l’été et la mise en maillot est une escroquerie intellectuelle et financière.
Quand on connait la technicité, la difficulté et la cotation ridicule d’un vrai drainage lymphatique destiné à traiter un lymphoedème on ne peut évidemment que souhaiter la fin de tels abus.

Mais est-ce le 1% de libéraux qui visiblement ont des recettes peu compatibles avec une pratique correcte de leur métier qui doit faire oublier certaines réalités ?

L’une de ces réalités concerne le transfert des prescriptions et des actes de l’hôpital vers la ville.
Comme me l’ont confirmé plusieurs médecins hier sur mon compte Twitter (@jdflaysakier) il leur arrive de plus en plus souvent de devoir faire les prescriptions de soins infirmiers et de kiné de patients fraîchement sortis de l’hôpital, parfois sans aucune ordonnance ou courrier de ce dernier. Et il faut y ajouter les bons de transport et les arrêts de travail que les services ne veulent pas faire et pour lesquels le patient s’entend dire « vous verrez avec votre médecin ».

Des patients que les hôpitaux font sortir vite, très vite même, avec des soins à assurer sur des cicatrices par exemple. Soins qui devront bien sûr être faits par une infirmière libérale.

De même, certains actes de kinésithérapie ne sont pas faits à l’hôpital, souvent par manque de temps ou d’effectifs. La rémunération très basse proposée aux kinés dans les hôpitaux n’incite pas ces derniers à y travailler beaucoup.

C’est donc le médecin traitant qui va devoir organiser le suivi des patients et, évidemment, cela gonfle les dépenses des professionnels de santé libéraux.

Cette réalité a semble t-il échappé totalement à la Cour des Comptes qui évoque seulement le maintien à domicile.

Pointer les débordements et les exagérations est nécessaire mais en faire une généralité est plus ennuyeux, surtout quand on « oublie » la pression de l’hôpital auquel on impose des restrictions et des économies et qui répercute une partie de sa mission sur les praticiens libéraux.

Greffe et dialyse péritonéale

Les Sages évoquent aussi le coût de la prise en charge des patients dialysés et regrette qu’on ne puisse recourir à des techniques moins onéreuses.

Idéalement il est certain qu’hormis la première année suivant l’intervention, la greffe de rein serait une vraie source d’économie puisqu’ avec un cout annuel trois fois moindre que la dialyse.

Mais tous les patients ne sont pas transplantables et pour greffer il faut avoir des organes à disposition.
Le recours aux donneurs vivants a certes aidé, mais malgré l’élargissement des critères relatifs au donneur, seuls 30 % des candidats donneurs potentiels sont retenus.

Et le refus de prélèvement par les familles reste encore important.

Il ya aussi le recours à la dialyse péritonéale qui se fait à domicile et nécessite donc moins de frais puisqu’il n’y a plus besoin de transport ni d’un centre spécialisé.
Il est vrai que cette technique est assez peu pratiquée dans certaines régions. En région Centre-val de Loire, elle concerne 5 % des malades alors qu’en Normandie ce sont près de 20 ¨de patients qui en bénéficient.

Cette technique qui concerne plutôt des patients âgés et pendant une période temps de quelques années mérite donc d’être développée, tout comme l’incitation à la greffe.

Il est vrai que certains centres de dialyse, très rares, ne jouent pas franchement le jeu et n’aident pas leurs patients à être orientés vers ces choix autres que la dialyse rénale.

Mais, une fois encore, il y a des réalités médicales et des contraintes sur lesquelles une approche comptable n’a quasiment pas de prise.

J’ai rarement vu une infirmière dont la tournée débute dès potron-minet et se finit à la vesprée se déplacer en luxueuse berline allemande.

Donnons nous les moyens de corriger les abus, punissons les tricheuses et les tricheurs, mais regardons en face toutes les réalités qui dépassent le simple fait de faire des additions.

Lire le rapport sur le site de la Cours des Comptes

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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2 réponses à Infirmières, kinés, dialyse : l’addition des chiffres de la Cour des Comptes et la réalité du terrain

  1. CHolos dit :

    Bonjour

    Comment est-il possile de contacter directement Dr Flaysakier ?

    Bien à vous,

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