Bactéries multi-résistantes : les hôpitaux oublient parfois d’en parler au patient et à son médecin traitant

L’hospitalisation à Châlons-en-Champagne puis à Reims d’un patient porteur d’une bactérie résistante à quasiment tous les antibiotiques rappelle que le combat de la prévention contre l’apparition de telles souches est encore loin d’être gagné.

Voilà déjà onze ans que la communauté médicale internationale a découvert l’appellation ‘NDM-1’. Cet acronyme est une sorte d’immatriculation d’un gène qui confère à diverses bactéries le pouvoir de résister à quasiment tous les antibiotiques mis à ce jour sur le marché.

C’est en Asie du Sud-est qu’est apparu ce gène de résistance, précisément à New-Dehli, d’où le ND du nom. Mais on retrouve des bactéries porteuses de cette caractéristique au Pakistan également ou encore au Vietnam.

Le tourisme dans des régions où l’hygiène, en particulier tout ce qui touche la salubrité de l’eau, a fait que des cas ont été constatés en Europe et aux Etats-Unis par exemple.

La personne porteuse de cette bactérie peut parfaitement ne pas être malade et seulement héberger cette bactérie dans son tube digestif. Mais si ce germe se propage et entre en contact avec des patients traités pour une pathologie qui requiert une antibiothérapie, la bactérie NDM-1 va vite proliférer et occuper la place de la flore habituelle qui aura été détruite par le traitement antibiotique.

Des germes qui résistent à beaucoup d’antibiotiques

A côté de ces bactéries quasiment intraitables, il existe aussi et de façon moins exotique des bactéries qui sont devenues multi-résistantes et qui requièrent l’utilisation d’antibiotiques de plus en plus puissants et onéreux, tant qu’on en dispose.

Ces bactéries sont présentes dans les établissements hospitaliers. On y trouve des bactéries du tube digestif ou entérobactéries, du staphylocoque doré, la klebsiella pneumoniae ou le pseudomonas aeruginosa.

Ces bactéries multi-résistantes ou BMR peuvent ne donner aucun signe pathologique et coloniser un patient sans aucune manifestation patente.

Mais le portage vers d’autres patients, par une transmission manuelle ou lors de certains gestes instrumentaux peut déclencher de véritables petites épidémies.

C’est le cas notamment lors de l’utilisation d’instruments d’endoscopie, pour examiner les bronches, la vessie, le tube digestif.

Ces endoscopes ne peuvent être stérilisés de manière classique comme c’est le cas pour des instruments chirurgicaux.

Il est donc nécessaire de procéder à de très minutieuses et très longues désinfections. Les protocoles sont très lourds mais c’est la seule façon de minimiser les risques.

Malgré toutes les précautions il arrive donc que des BMR soient transmises à un ou plusieurs patients dans un établissement de soins.

Un silence coupable

Ces accidents doivent faire l’objet de notifications aux structures chargées de la lutte contre les infections nosocomiales et aux Agences régionales de santé.
Mais ce qui est important c’est que le patient et son médecin traitant soient également informés de la situation. Or, ce n’est pas toujours le cas, hélas ! Certains établissements rechignent à donner cette information, fut-ce au médecin de famille.

Le risque c’est de voir un patient porteur asymptomatique d’une BMR être admis dans un autre établissement qui ignorera tout de la situation. Un moyen quasi-infaillible d’aider à la propagation de ces BMR !

Et comme ce n’est pas demain que le dossier médical personnel, le fameux DMP, sera en place, il risque d’y avoir des contaminations qui auraient pu être prévenues.

Malgré ces lacunes, la situation en France s’améliore quelque peu. Depuis quelques années, on a pris conscience dans le milieu hospitalier, le plus exposé, de la nécessité d’une prescription raisonnée et efficace de certains antibiotiques.

Le rôle des bactériologistes et des pharmaciens hospitaliers a été important dans cette remise en cause.

Tout cependant est loin d’être idéal et il y a encore des efforts à faire. On se trouve en effet confronté à un problème dramatiquement simple : l’industrie pharmaceutique ne met quasiment plus de nouveaux antibiotiques sur le marché et pas uniquement pour de basses raisons mercantiles.

Il est donc impérieux de protéger ceux dont on dispose de la survenue de trop fréquentes résistances.

Il faut donc bien sûr passer par un usage raisonné de ces médicaments, insister sur la durée exacte du traitement, ni plus ni moins. La délivrance unitaire, c’est-à-dire le nombre exact de comprimés plutôt que par boite, est une approche importante à venir.

Il faut aussi rappeler les mesures d’hygiène face à des bactéries souvent transmises par portage manuel. L’utilisation des gels hydro-alcooliques pour le lavage des mains est aujourd’hui totalement acceptée dans les établissements de soins par les personnels de santé.

Il faut aussi que les visiteurs en disposent à l’entrée et à la sortie de la chambre de la personne qu’ils viennent visiter

Et on doit informer le patient porteur d’une BMR et son médecin sans retard, répétons-le, afin que lors d’une admission dans un établissement de soins des mesures soient prises pour éviter de disséminer la bactérie.

Il n’y a pas de bonne prévention sans bonne information, pas dans le but de paniquer, mais d’éduquer à des comportements raisonnables et efficaces.

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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