Grippe et crise sanitaire : le psychodrame plutôt que l’anticipation.

 

Face à une crise sanitaire il y a deux solutions : prévoir à partir des expériences passées, ou vivre le psychodrame. Visiblement nous semblons préférer cette seconde option. L’épidémie de syndromes grippaux actuelle l’illustre une fois encore.

L’hiver débute chaque année à la même période. Le soleil se lève tard et se couche tôt. Parfois il fait froid, même très froid. Et le temps est souvent humide.
Je suppose que ces informations vous surprennent par leur nouveauté !

Et l’hiver est un moment de l’année où diverses infections bactériennes et virales peuvent connaitre une incidence élevée, voire pour les virus un caractère épidémique.

Toutes ces banalités pour en arriver à dire que la grippe et les syndromes grippaux frappent chaque hiver, de façon plus ou moins sévère, amenant un certain nombre de personnes fragiles à se retrouver aux urgences.

Il en est ainsi chaque année avec, comme cette année, une activité un peu plus intense liée au fait que la souche prédominante est une souche AH3N2  venue des Etats-Unis et qui est apparue après qu’on a décidé du ‘cocktail’ vaccinal de cette année.

Le résultat est une protection moindre qu’escomptée chez les personnes vaccinées. Des personnes de moins en moins nombreuses d’ailleurs, notamment parmi le personnel soignant.

Et ce sont les personnes âgées qui semblent payer pour l’instant le plus lourd tribut à l’infection

Il y a donc un surcroit d’activité dans les services d’urgence et, bien sûr, des problèmes pour trouver des lits d’aval, c’est-à-dire des lits dans les divers services de l’hôpital.
Des services qui sont plutôt peu enclins à accueillir des patients atteints de polypathologies et qui vont séjourner un peu plus longtemps que la moyenne.

Comme les hôpitaux sont déjà en situation tendue, avec des postes manquants dans divers secteurs et des lits fermés, il n’y a pas trente-six façons de faire bouger les choses.

L’une des plus efficaces est de faire peur aux décideurs en prenant à témoin l’opinion publique.
Et la clé magique c’est ‘canicule de l’été 2003’ !
D’emblée vous revoyez Jean-François Mattei en polo noir rassurer la France, les camions frigorifiques pour stocker les corps, et un chef de l’Etat invisible et muet pendant toute la crise sanitaire.

Le syndicat des urgentistes, l’AMUF, a donc sorti l’arme fatale ‘canicule’ dans son communiqué du 19 février 2015.

Et il aura fallu moins de deux heures à la ministre de la Santé pour se rendre dans un hôpital parisien et annoncer la mise en œuvre du plan ORSAN qui doit renforcer les moyens des établissements hospitaliers et médico-sociaux, comme les Ehpad . Renforcer aussi le rôle des médecins de ville dans le maintien à domicile de personnes grippées.

Communiqué des urgentistes  et réponse ministérielle en 2 heures ! Voici de la gestion de crise quasi-instantanée.

Mais la réalité est tout autre. Les hôpitaux n’ont pas franchement attendu la décision ministérielle pour depuis déjà deux semaines gérer la crise sanitaire.
Face aux besoins, on a essayé de libérer des lits dans divers services pour y placer des malades souffrant de syndrome grippal sévère. Cela a parfois entrainé la nécessité d’annuler une intervention chirurgicale non urgente afin d’augmenter le nombre de places.

La question qui se pose vraiment c’est de savoir pourquoi on ne prévoit pas une situation prévisible !

On sait qu’il y aura bon an mal an des services qui vont crouler sous l’afflux de patients atteints de pathologies saisonnières. On sait aussi que pour les plus sévèrement atteints, plus le temps d’attente entre le diagnostic et l’hospitalisation est long, plus on majore les risques de morbi-mortalité.
Et on sait aussi que trouver des lits en aval n’est pas simple et ne réjouit pas le service sollicité.

Prenons l’exemple de la chirurgie programmée, une prothèse de hanche par exemple. On sait que, sauf complications, le patient aura libéré son lit en moins d’une semaine.

Si on repousse l’intervention et qu’on donne le lit à une personne âgée avec une grippe sévère, une personne qui a aussi des problèmes cardiaques ou respiratoires, ce n’est pas en moins d’une semaine mais sûrement en dix jours qu’on libérera la place.

Or, le système actuel de tarification des hôpitaux fait que retarder des opérations et en réduire le nombre retentit sur la rentabilité !

Alors comment faire ?
On peut imaginer prévoir, par exemple !
Prévoir ce peut être de disposer d’hébergements provisoires modulaires. On  fait actuellement de telles structures qui peuvent parfaitement se mesurer à des structures en dur.
D’ailleurs  l’hôpital St Joseph à paris a transporté son service des urgences dans des modules de ce type pendant les travaux de rénovation du service.

Avoir ainsi des lits disponibles ferait gagner du temps au personnel qui doit ferrailler en permanence pour faire admettre des patients dans d’autres services.

On pourrait aussi mobilier à l’avance des médecins récemment retraités et qui ont envie de continuer une activité clinique quelques semaines par an. Des médecins urgentistes, des internistes, des professionnels aguerris pourraient jouer un vrai rôle de renfort.

Et il serait possible de leur adjoindre des internes en fin de cursus sans projet immédiat d’installation qui pourraient, de plus, profiter de la transmission d’expérience de ces vieux routiers.

Evidemment mobiliser à l’avance a un coût. Mais gérer la pénurie de lits et de médecins, devoir rouvrir en catastrophe des services, annuler des interventions, tout cela a aussi un coût.

Il faudrait peut-être que des propositions soient faites et chiffrées afin d’éviter de voir chaque année se reproduire ces scènes pas tout à fait dignes de la cinquième ou de la sixième puissance économique mondiale.

Mais prévoir, comme prévenir, semble un mot un peu étranger à notre culture de la santé publique.

 
Le communiqué de presse de l’AMUF  du 19/02/2015

L’AMUF alerte sur la situation sanitaire catastrophique des services d’urgences-SAMU-SMUR qui doivent faire face depuis plusieurs semaines à un afflux de patients âgés présentant des décompensations respiratoires aigues dans un contexte d’épidémie de grippe.
Malgré les déclenchements d’hôpital en tension la situation ne cesse de se dégrader avec saturation des lits de réanimation et souvent absence totale de lits d’hospitalisation.
Face à cette situation de crise, et malgré des appels répétés aux ARS, l’AMUF constate que la sécurité des soins dans la prise en charge des patients aux urgences est compromise dans de nombreuses structures d’Urgences avec une surmortalité notamment pour les patients les plus âgés qui payent un lourd tribu à cet épisode
Dans le contexte L’AMUF a averti solennellement ce jour le ministère sur le risque d’effondrement de nos structures par la fuite des praticiens devant ces conditions de travail dégradées
L’AMUF demande, tant que le pic épidémique n’est pas passé, la réouverture immédiate de capacité d’hospitalisation avec déprogrammation d’activités.

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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