VIH/SIDA : une nouvelle voie de protection mais qui n’est pas utilisable telle quelle chez l’homme.

On serait donc, à en croire les nouvelles, sur le point d’avoir un vaccin efficace contre le virus VIH1. La réalité est quelque peu différente, même si elle montre qu’il y a de nouvelles pistes intéressantes mais très lointaines.
La quête d’un vaccin qui protégerait contre l’infection par le virus VIH, à l’origine du sida continue. Mais les diverses équipes impliquées dans cette recherche conviennent que ce ne sera pas avant de très longues années, certains parlent de vingt ans, qu’un tel vaccin peut voir le jour. D’autres estiment même que ce vaccin pourrait ne jamais exister.

On cherche, en attendant, d’autres pistes, comme celle dite de l’immunoprophylaxie passive, une façon de piéger le virus pour l’empêcher d’entrer dans les cellules qu’il utilise pour se reproduire.

La revue ‘Nature’ publie le 18 février 2015 les travaux de chercheurs américains et français qui ont mis au point un de ces ‘pièges à VIH’ testé sur des singes macaques rhésus.
Le virus étudié, SHIV,  est une ‘chimère’, c’est-à-dire une construction entre le virus humain VIH et le virus simien SIV.

Petit rappel : le virus VIH a besoin de coloniser certains globules blancs, lymphocytes et macrophages, pour y déposer son matériel génétique et s’y reproduire jusqu’à un milliard de copies par jour.

Pour cela il doit en premier lieu s’amarrer à un récepteur à la surface des cellules appelé CD4.
Une fois cet amarrage réussi il va lancer un deuxième harpon en direction d’un autre récepteur appelé CCR5 dans la majorité des cas, une minorité de virus choisit une autre porte d’entrée appelée CXCR4.

C’est seulement après ce double accrochage que les membranes du virus et de la cellule fusionnent, permettant ainsi au VIH de déposer sa cargaison mortelle.

On a longtemps tenté de bloquer la porte d’entrée CD4, sans grand succès, bien au contraire, certaines méthodes ayant même fait accélérer l’infection.

On a des médicaments pour bloquer le CCR5, mais là encore avec  une efficacité modérée.

L’équipe de Michael Farzan a donc choisi une voie originale : construire un leurre combinant des caractéristiques des deux récepteurs CD4 et CCR5, une façon d’attirer irrésistiblement le virus vers cette construction plutôt que d’aller vers les cellules.

Autre originalité, ils ont utilisé la technique dite de thérapie génique. Ils ont utilisé en effet un virus AAV, pour ‘Adeno-associated virus’, proche des adénovirus responsables du rhume commun. Ces virus ont l’avantage de ne pas être attaqués aussi violemment que les adénovirus par les défenses de l’organisme.

On a introduit le gene du leurre dans le virus et on l’a injecté aux macaques.
Le virus a déposé sa charge dans les cellules des animaux et ces dernières ont synthétisé le leurre sous forme d’une protéine.

La production s’est poursuivie pendant 40 semaines et a été suffisamment efficace pour protéger les animaux  34 semaines, malgré des injections répétées du virus SHIV.

Des résultats encourageants pour vérifier l’intérêt d’utiliser un leurre combiné mais il faut éviter tout emballement.

L’étude a concerné, tout d’abord, un très petit nombre d’animaux et il faudra répéter ce travail sur un plus grand nombre de primates.

Autre bémol : dans la vraie vie, les infections par voie sanguine sont rares, la plupart d’entre elles se font lors de rapports sexuels par voie vaginale ou anale.

Il faudra donc tester ce leurre lors d’infections expérimentales par voie rectale ou vaginale, toujours sur des primates.

Pas prêt pour l’être humain

Mais le plus gros problème c’est celui de la toxicité d’un tel produit, jamais administré à des humains.
Et le mode d’administration pose problème également car on ne peut imaginer devoir pratiquer une thérapie génique plusieurs fois par an sur chaque humain ainsi traité.

Il faudrait donc imaginer pouvoir développer un tel produit non plus sous forme injectable mais sous la forme d’un gel par exemple, directement applicable sur la muqueuse vaginale ou la muqueuse rectale.

Un tel produit serait alors plutôt destiné aux personnes hautement exposées au VIH, particulièrement en Afrique sub-saharienne et aux hommes ayant des rapports homosexuels avec des partenaires à risque.

On voit donc que le chemin est encore très long puisqu’il faudra vérifier que le leurre n’est pas toxique, qu’il freine le VIH lors de sa présence sur les muqueuses et qu’on peut l’administrer autrement que par voie sanguine et par thérapie génique.

Autant de questions dont les réponses seront longues à obtenir mais la démonstration expérimentale réussie par les chercheurs montre que même sans vaccin, il existe des voies de recherche prometteuses pour mettre en place une prophylaxie contre l’infection par le VIH.
Références :

Matthew R Gardner et al.
AAV-expressed eCD4-Ig provides durable protection from multiple SHIV challenges
Nature doi: 10.1038/nature14264

News & Views
Nancy L Haigwood
Tied down by its own receptor
Nature doi: 10.1038/nature14205

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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