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Cancer et circulation sanguine : comment l’exercice amène la tumeur à se faire du mauvais sang.

 

L’importance de l’exercice physique dans la prise en charge des personnes atteintes de cancer est un fait acquis. Mais à côté des arguments concernant l’intérêt de maintenir son poids, on comprend aujourd’hui que l’effort modifie totalement l’environnement de la tumeur, ce qui améliore la diffusion des médicaments.

Il y a peu, je vous disais l’importance de l’activité physique dans la prise en charge des personnes atteintes de cancer et ce, dès la phase de traitement quand, bien sûr, c’était possible.
Plusieurs études ont montré que cette pratique associée à une modification e certaines habitudes alimentaires permettait de réduire de 20 à 50 % le risque de récidive dans les cancers du sein, du colon et de la prostate.

Parmi les explications avancées pour cet effet bénéfique on invoque la baisse de synthèse de certains facteurs de croissance tumoraux comme l’IGF-1 (Insulin Growth Factor 1) ou encore une moindre imprégnation en œstrogènes chez les femmes atteintes d’un cancer du sein.

Mais les recherches qui se développent sur le micro-environnement de la tumeur ouvrent également de nouveaux horizons.
On sait que la tumeur et les métastases qu’elle produit ont un problème d’apport de nutriments, sucre et oxygène en premiers.
Les tumeurs envoient des signaux aux vaisseaux sanguins pour qu’ils leur fournissent des ramifications afin de les irriguer.
Les vaisseaux sanguins ainsi produits sous l’effet de facteurs de croissance comme le VEGF (Vascular Endothelium Growth Factor) sont abondants mais pas d’excellente qualité.

Cela entraine donc dans la tumeur une mauvaise oxygénation, une hypoxie. Et cette hypoxie va entraîner la libération d’une protéine, HIF1 (Hypoxia Inducible factor 1) qui va participer à la croissance tumorale en sollicitant la synthèse de globules rouges par l’intermédiaire de la mise en œuvre d’érythropoïétine, la fameuse EPO.

Mauvaise vascularisation, vaisseaux qui laissent mal passer le sang, flux sanguin faible, l’irrigation des tumeurs pose, on le voit, un obstacle majeur à une bonne diffusion des traitements administrés par voie veineuse notamment.

Or, on sait que l’hémodynamique est modifiée à l’effort dans un sens plus permissif. Cela est-il vrai dans les tissus cancéreux également ?
‘Oui’ répond une équipe de Gainsville, en Floride, dans un travail publié par le JNCI, Journal of the National Cancer Institute.

Cette équipe a ‘implanté’ des cellules cancéreuses sur des rats de façon à pouvoir effectuer facilement leurs mesures.

Les animaux ont été soumis à divers exercices, notamment sur des tapis roulants.
Comparés à des rongeurs ‘témoins’, les animaux ainsi stimulé ont montré, au niveau des tumeurs, des modifications importantes concernant le fonctionnement des vaisseaux.

Le résultat le plus éloquent est sans doute l’élévation du flux sanguin qui, chez les animaux soumis aux exercices, a été 200 % plus élevé que chez les témoins. Et le nombre de vaisseaux impliqués était plus élevé également.
D’autre part, alors qu’une substance avait été injectée pour entrainer une vasoconstriction, une sorte de ‘resserrement’ des vaisseaux, l’effort a levé cette constriction de 95 %.

Un débit de sang augmenté, plus de vaisseaux pour le faire circuler, moins de résistance à son passage et, logiquement, une correction de l’hypoxie.
Tout ce qu’il faut pour déplaire à la tumeur car, ainsi, on lève la barrière qu’elle a dressé face aux tentatives de l’atteindre.

Cette démonstration expérimentale permet de voir tout l’intérêt de l’exercice au cours des traitements afin de faciliter et d’augmenter l’effet des chimiothérapies en particulier pour atteindre les tumeurs au plus profond de leur cachette.

Bien entendu, cela suppose qu’on sache quel type d’exercice peut, chez l’être humain, générer suffisamment de modifications pour retrouver l’équivalent des résultats sur l’animal. Il faut aussi tenir compte des effets secondaires des traitements qui invalident certains patients et ne leur permettraient pas de faire des efforts soutenus.

Mais ces résultats montrent qu’en augmentant l’irrigation des tumeurs on peut espérer avoir une arme pour que le cancer se fasse du mauvais sang.
Référence de l’étude:

Danielle J. McCullough,
Modulation of Blood Flow, Hypoxia, and Vascular Function in Orthotopic Prostate Tumors During Exercise
JNCI J Natl Cancer Inst (2014) 106(4): dju036 doi:10.1093/jnci/dju036

 

3 commentaires

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  1. Eliott a dit :

    Bonjour,

    Cette conclusion n’est elle pas un peu paradoxale avec les traitements actuels ou d’autres aspects biologiques de la tumeur?

    Certes cette mauvaise irriguation de la tumeur agit comme une barrière, mais si une bonne vascularisation de la tumeur se développait, ne grossirait-elle pas plus vite? (Le centre d’une tumeur finit souvent par être nécrotique tandis que la couche superficielle se développe rapidement) Donc augmenter la fonctionnalité des vaisseaux issus de l’angiogenèse tumorale ne risque-t-il pas aussi d’aider sa croissance?

    De plus les traitements de chimiothérapie (plutôt de deuxième ligne) incluent souvent maintenant des anti-VEGF, agissant justement contre l’angiogenèse tumorale. Ces anti-VEGF (dont la balance coût/bénéfices est encore discutée) vont à l’encontre de la formation de nouveaux vaisseaux pour asphyxier la tumeur, mais n’ont-ils pas dans ce cas pour effet secondaire de « protéger » la tumeur en la rendant moins accessible aux molécules thérapeutiques?

    1. docteurjd a dit :

      La notion du VEGF asphyxiant la tumeur est de plus en plus controversée. Elle ne le fait que quand le vaisseau a une structure proche de la normale. or les neoangiogénèse aboutit à des vaisseaux fenêtrés et imparfaits au plan structural.
      Et l’hypoxie est un element important du développement tumoral, entretenu par cette neoangiogénèse imparfaite.
      Lutter contre l’hypoxie c’est avoir un effet anti-tumoral. d’ailleurs des anti HIF1 sont en développement.

      je crois donc, et je n’ai rien inventé, qu’on revient sur certaines données et qu’une bonne perfusion tumorale en phase de traitement est surement plus efficace qu’un debit sanguin insuffisant.

      1. Eliott a dit :

        vous voulez dire « la notion de l’anti-VEGF asphyxiant… »?

        et j’ai aussi entendu parlé de cette activation du gène HIF suite à une hypoxie, qui rendent les tumeurs « résistantes » en quelque sorte aux anti-VEGF

        Je suppose qu’une variabilité importante est observée entre les différents types de tumeur et même les différents stades de développement de celles-ci!

        Merci de votre réponse
        Eliott

  1. Cancer et circulation sanguine : comment l&rsq... a dit :

    [...] L’exercice physique améliore la circulation sanguine autour de la tumeur t la rend plus vulnérable au traitement.  [...]

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