Cancer du sein métastatique : AURORA, l’aube de progrès dans les traitements.

Le cancer du sein métastatique reste encore le parent pauvre de la sénologie. Afin de mieux appréhender les divers aspects de la maladie, une grande étude paneuropéenne va débuter. Nom de code : AURORA.

Depuis quelques années, les traitements destinés aux cancers du sein à un stade précoce et localisés ont permis de faire des progrès importants entrainant une réduction très sensible de la mortalité et permettant de parler de guérison.

Mais il n’en est pas de même pour les formes avancées de la maladie, dans lesquelles des cellules cancéreuses migrent dans diverses parties de l’organisme, principalement le foie, les os, le cerveau et le poumon.

Pourtant, là encore, des avancées ont été constatées qui ont permis aux femmes atteintes de ces cancers disséminés de pouvoir vivre beaucoup plus longtemps avec la maladie.
Mais, aujourd’hui, on ne sait toujours pas guérir un cancer métastatique.

Et ces formes évolutives restent souvent un mystère. Pourquoi certaines d’entre elles vont-elles instantanément résister au traitement alors que d’autres vont y répondre favorablement pendant un certain temps ?

La nature de la tumeur est-elle toujours la même entre le cancer primitif et la métastase apparue quelques années plus tard ? Faut-il alors repenser le traitement ?

Toutes ces questions n’ont pas encore de réponse mais une partie du voile se lève grâce aux formidables progrès réalisés dans le cadre du séquençage génomique.

Sous ce nom compliqué se cache la possibilité d’aller au sein des tumeurs, analyser au plus près la nature des genes et des protéines dont ils commandent la synthèse. On peut ainsi dresser des cartographies et détailler par le menu le ou les changements dans un enchainement d’acides aminés qui peuvent expliquer la résistance à un traitement.

On peut même savoir à l’avance. Dans quelques cas si le traitement proposé sera inefficace. En évitant ainsi de le donner on permet à la patiente d’échapper à tout un tas d’effets toxiques liés à un produit dont on sait qu’elle ne tirera aucun bénéfice.

L’autre information importante acquise ces dernières années concerne les variations entre la tumeur primitive et la tumeur métastatique.
Plusieurs équipes ont ainsi, avec l’accord des patientes, prélevé du tissu de métastases, notamment lors de localisations hépatiques.
Le but était de comparer la nature de la tumeur de départ à celle de la nouvelle localisation.

Une étude canadienne, réalisée en 2011 a montré que dans environ 15 % des cas, les deux tumeurs comportaient des différences qui pouvaient entrainer une modification de traitement afin de combattre les métastases de façon différente de la tumeur primitive.

C’est à l’appui de ces données qu’une grande étude incluant 1300 personnes atteintes d’un cancer du sein, dont quelques hommes, va débuter.

Coordonnée par le centre Jules Bordet de Bruxelles, l’étude baptisée AURORA va étudier, par la réalisation de biopsies,  les caractéristiques des métastases des patientes, leur profil moléculaire, chercher au plus près les anomalies et les différences avec la tumeur de départ.
Il y aura également des prélèvements sanguins effectués aux fins d’analyses de certaines caractéristiques propres aux cancers métastatiques.

Ce séquençage aura, certes, pour but de mieux connaitre le profil des métastases, de mettre en évidence les phénomènes générateurs de résistance aux traitements, amis il aura aussi un autre intérêt.

On dispose aujourd’hui de centaines de molécules en évaluation, des molécules qui ciblent une anomalie très particulière. Il y a des dizaines de mutations et d’anomalies qui entrainent la cellule normale sur le chemin du cancer. Et ces multiples engrenages ont divers points de contrôle. Venir bloquer un de ces points permet, théoriquement de freiner le mécanisme en aval et d’entrainer ainsi l’autodestruction de la cellule anormale.

Potentiellement de très nombreuses patientes pourraient bénéficier de ces innovations thérapeutiques, pas des produits miraculeux, mais des modes de traitement qui ciblent très précisément la ou les mutations découvertes.

Cette approche sera sans doute décevante dans certains cas mais elle sera aussi très utile dans d’autres que les investigateurs espèrent nombreux.
Comme dit plus haut, le cancer métastatique diffère de façon non anecdotique de la tumeur primitive et on sait que des mutations surviennent ‘de novo’ qui annihilent les effets de certaines drogues.

Avec un échantillon conséquent de 1300 personnes dans un premier temps et avec les centaines de molécules innovantes actuellement en développement, on devrait pouvoir ainsi offrir aux personnes atteintes de cancers métastatiques des traitements mieux adaptés et moins toxiques.

AURORA sera officiellement présentée  le 10 mai 2014 lors du congrès IMPAKT, à Bruxelles.

 

Références :
Le site d’enregistrement de l’essai clinique AURORA 

Le site de la conférence IMPAKT

L’étude canadienne sur la biopsie des métastases

 

NOTE D’ACTUALISATION DU 09/05/2014

Lors de la conférence IMPAKT 2014, une équipe suédoise a présenté les résultats d’une étude, TEX 3. Dans cette étude qui concernait 287 femmes ayant eu une rechute loco-régionale ou a distance d’un cancer du sein, les auteurs ont pu obtenir 120 échantillons de tissu métastatique à partir de 111 patientes.

Les résultats confirment ce qu’on avait vu par ailleurs, c’est à dire le fait que les caractéristiques moléculaires des métastases varient dans un certain nombre de cas de celles de la tumeur initiale. Chez 2 patientes biopsiées à deux reprises on a même trouvé des profils différents !

Ce travail montre que de façon non négligeable, on retrouve dansces tumeurs un profil ER-, c’est à dire l’absence de récepteurs aux oestrogenes. Mais plus fréquemment encore une surexpression de la protéine HER2.

Or, on dispose de plusieurs molécules capables de prendre en charge les tumeurs HER2+. Pouvoir ainsi détecter des métastases positives à cette protéine permet d’adapter le traitement et d’offrir de nouvelles solutions aux femmes concernées.

La biopsie n’est vraiment pas un acte plaisant et agréable, mais ,dans le cancer du sein, beaucoup de pathologistes insistent pour que l’on biopsie les métastases quand cela est faisable.

Certains cancérologues semblent ne pas approuver cette demande. Peut-être faudra t-il que des patientes courageuses les forcent à modifier leur pratique.

LIRE l’abstract de l’étude suédoise

 

 

 

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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2 réponses à Cancer du sein métastatique : AURORA, l’aube de progrès dans les traitements.

  1. Camille dit :

    Vivement le jour où le cancer du sein pourra totalement être remédié. L’abolition contre le cancer est une chose à prendre au sérieux! Heureusement que mon cancérologue a une secrétaire joignable à tout moment même pour des petits conseils.

  2. Ping : Cancer du sein métastatique : AURORA, l&...

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