Médecine :La fin de la blouse blanche est peut-être pour bientôt.

La blouse blanche du médecin va peut-être devenir un symbole du passé si on en croit un certain nombre de recommandations faites par des spécialistes américains d’hygiène hospitalière.

C’est l’équivalent médical du prestige de l’uniforme, la fameuse blouse blanche que portent les professionnels de santé. Une blouse blanche que les patients affectionnent et sans laquelle ils ont parfois l’impression que leur docteur fait ‘moins sérieux’.

Mais la blouse blanche traditionnelle va peut-être disparaitre un jour, du moins sous la forme classique que nous connaissons.
Elle représente, en effet, un risque de transmission de bactéries d’un patient à l’autre si elle a des manches longues. Des épidémiologistes de la SHEA, Society for Healthcare Epidemiology of America ont publié dans leur revue (1) un certain nombre de recommandations et de conseils concernant la façon de se vêtir des médecins et des professionnels de santé ailleurs qu’au bloc opératoire.

Le mot d’ordre américain c’est : BBE ou ‘Bare Below the Elbows’, c’est-à-dire ‘rien au dessous des coudes’.
Cela signifie des manches courtes, mais également pas de montre, pas de bracelet, pas de bague.
Rien qui puisse, selon la vieille expression médicale ‘tremper dans le jus du malade’ et ainsi passer d’un patient à l’autre. Cela inclut également le fait de ne pas laisser pendre une cravate.
D’où l’intérêt incomparable du nœud papillon !
En Grande-Bretagne la mesure a été mise en place dans certains hôpitaux depuis 2007.

Ces mesures s’entendent bien entendu dans le cadre d’un strict lavage des mains et de l’usage des solutés hydro-alcooliques antibactériens. Elles n’ont de sens que si les mesures d’hygiène générale sont respectées, notamment lors de la pose de sondes urinaires par exemple ou de tout geste consistant à franchir la barrière cutanée.

Les recommandations ne s’arrêtent pas là et sont parfois étranges ! Les auteurs de l’étude préconisent que des cintres soient disponibles pour enlever la blouse avant d’entrer dans la chambre. Le professionnel de santé doit alors enfiler une casaque, à l’image de ce qui se fait dans les services de soins intensifs.
Et le port de gants est vivement conseillé.

Et il faut laver les blouses ! Une étude américaine a montré récemment que les blouses étaient portées jusqu’à deux semaines sans être lavées !
Chez nous, j’ose espérer que c’est mieux !
La préconisation des auteurs va d’une fois par semaine pour les consultations à une fois par jour pour les services d’hospitalisation avec contacts fréquents avec les patients.

Autre rappel des auteurs : désinfecter le stéthoscope entre chaque auscultation de patient. Il y a autant de germes sur la membrane d’un stéthoscope que sur les mains du médecin en fin d’examen.

A ce jour, on n’a jamais démontré un impact réel de cette politique du ‘rien en dessous des coudes’. Mais elle est mise en place dans divers pays en accompagnement logique des autres mesures de renforcement de l’hygiène autour des patients et de la lutte contre les maladies nosocomiales.
Elle rencontre cependant de sérieuses réticences et le taux de suivi est assez faible.
Ainsi, une étude faite à Melbourne en Australie et présentée en 2013 lors d’un congrès à Genève a montré un taux d’acceptation de 11,7 %. (2)
Parmi les obstacles à l’application on cite pêle-mêle le peu d’attrait pour les manches courtes, le côté émotionnel de retirer une bague et la difficulté de ne pas porter de cravate.

Car la cravate c’est aussi un attribut médical qui est potentiellement vecteur de germes.
On recommande donc de l’insérer dans la chemise et d’utiliser une épingle à cravate pour l’empêcher de pendre. Sept médecins sur dix reconnaissaient dans l’étude américaine ne jamais avoir donné leurs cravates à nettoyer !

Rien de nouveau d’ailleurs car, depuis longtemps, nos vieux maitres avaient banni cet accessoire de leur garde-robe déjà par hygiène. Ils l’avaient remplacé par cet autre accessoire tellement plus hygiénique et sympathique qu’est le nœud-papillon.

Un choix qu’en toute objectivité je ne peux qu’approuver.

 

 

Référence des études :

(1)  Gonzalo Bearman et al.
Healthcare Personnel Attire in Non-Operating-Room Settings
Infection control and hospital epidemiology February 2014, vol. 35, no. 2

 

(2)  McKay et al.
P160: The enablers and barriers to
Introducing “bare below the elbows” for hand hygiene behaviors: an exploratory study.
Antimicrobial Resistance and Infection Control 2013 2(Suppl 1):P160

 

 

 

 

 

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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8 réponses à Médecine :La fin de la blouse blanche est peut-être pour bientôt.

  1. Alain Mabela dit :

    salut! merci pour cet article, je voudrais savoir si apporter sa blouse à la maison a des répercutions sur la santé familiale. Merci!

    • docteurjd dit :

      Je pense que si elle est emballée et qu’elle va directement au lavage ce n’est pas trop problèmatique. mais si elle fait quotidiennement la navette, peut-etre des germes vont-ils suivre.
      Je crois que le mieux est que vous demandiez à l’hygieniste de votre établissement.

  2. Assia dit :

    Bonjour ;
    Merci pour cet article. J’aimerais savoir si le fait de garder la blouse ouverte ou fermée est en rapport avec l’hygiène hospitalière ?
    Merci.

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  5. Atepac dit :

    Merci pour votre blog que nous suivons depuis longtemps. La question de la qualité de l’air intérieur (et donc de son niveau de pollution) revient souvent dernièrement. Avez-vous prévu de traiter le sujet ?

    Merci de votre réponse.
    Atepac

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