‘éradication du virus de l’hépatite C n’est plus une utopie. Mais le progrès médical se heurte à un VIH/SIDA CROI2014 : l’hépatite C pourra être guérie mais pourra t-on payer le traitement ?

C’est probablement une vraie révolution qui est en marche, la possibilité d’éradiquer dans un très grand nombre de cas une infection par le virus de l’hépatite C. Les médicaments se multiplient en même temps que va se poser le problème de l’accès à ces produits tant les prix exigés par les laboratoires sont exorbitants.

C’est sans doute la fin de carrière de l’interféron 2 alpha, ou INF 2 alpha. Ce produit injectable aura rendu de grands services dans le traitement de l’hépatite C associé à la ribavirine, RBV.
Mais ses effets secondaires, notamment le syndrome de type grippal qui suivait chaque injection, le rendait très impopulaire !
L’arrivée de nouvelles molécules, toutes données par voie orale, signe à court terme la fin de l’INF dans cette indication.

Lors de cette 21ème édition de la CROI, conférence à l’origine quasiment centrée sur le VIH, on parle beaucoup cette année de l’hépatite C et de ses traitements, dans le cadre de la co-infection VIH-VHC.

Mais les études présentées montrent que ces nouvelles molécules sont également efficaces chez les personnes porteuses du seul virus de l’hépatite C et cela concerne potentiellement des centaines de milliers de personnes en France.

La tendance est de développer des traitements donnés donc uniquement par voie orale et pendant des périodes assez courtes, douze semaines dans la majorité des cas.

Les traitements sont des combinaisons de diverses molécules, chacune d’entre elles frappant à un endroit bien précis de la fabrication du virus dans la cellule qu’il infecte
Une grande ressemblance donc avec ce qui se fait pour le virus VIH mais avec une différence fondamentale : l’élimination du virus allant, dans certains cas jusqu’à 100 % des cas de malades
traités dans des essais cliniques !

Des nouvelles molécules au nom pas simple à retenir : daclastavir, sofosbuvir, feldaprevir, asunaprevir, siméprevir. Et des molécules qui n’ont pas encore de nom comme BMS 791325, ABT450/r/267 etc.
Ces divers traitements ont un certain nombre d’avantages : ils sont donnés sous forme de comprimés, une ou deux fois par jour. Le traitement se fait sur une période de douze semaines, même moins pour certains d’entre eux. Ainsi un essai de phase 2 sur 60 patients divisés en trois groupes a montré que la combinaison sofosbuvir-ledispavir-GS9451 donnée pendant six semaines seulement montrait, trois mois plus tard une réponse virologique durable de 100 %, ce qu’on appelle SVR en anglais. En clair et plus simplement le virus a disparu de l’organisme !

C’est un essai de petite taille, en phase 2, et il faut attendre encore avant de parler de résultats définitifs. Mais plusieurs autres études de phase 3 ont montré, avec d’autres combinaisons, des réponses durables à douze semaines de 95 %, voire 99 %.
Et ces traitements ont des effets secondaires plutôt mineurs de type fatigué, nausée, diarrhée, maux de tête. L’ajout de la ribavirine à certains de ces protocoles peut entrainer une chute du taux d’hémoglobine. Mais les traitements sont courts et donc ces effets secondaires n’ont, au cours des divers essais, quasiment jamais entrainé d’abandon de la part des patients.

Mais il faut garder une certaine prudence avant de dire que le problème de l’hépatite C est définitivement réglé. Les études présentées ont inclus parfois des patients avec une cirrhose, complication habituelle d’une hépatite chronique qui évolue. D’autres essais ne comportaient pas de tels patients. Or il est difficile d’en faire abstraction.

Certaines de ces études ont été faites chez des personnes infectées par le seul virus VHC et d’autres chez des personnes co-infectées VIH-VHC. Or, le traitement de l’infection par le VIH fait appel à des molécules qui peuvent interagir avec les molécules utilisées dans la prise en charge de l’hépatite C.
Il reste donc encore du pain sur la planche avant de pouvoir définir des protocoles thérapeutiques bien précis et adaptables à toutes les situations.

Et il y a encore un plus gros obstacle, c’est le prix demandé par les fabricants de ces nouvelles thérapies.
Prenons un exemple : le sofosbuvir. Aux Etats-Unis, il coûte mille dollars par jour de traitement, 84000 dollars pour les 12 semaines requises, somme à laquelle il faut ajouter les autres molécules utilisées.
En France, dans le cadre d’une Recommandation Temporaire d’Utilisation, ou RTU, le comprimé de sofosbuvir coûte 666 euros !
Ces coûts  exorbitants ont une grave conséquence. Idéalement, l’hépatite C devrait être traitée dès sa découverte, quel qu’en soit le stade. Plus vite on l’éradique et moins le foie souffre. On réduit ainsi le risque de cirrhose et de cancer.

Mais avec des centaines de milliers de personnes contaminées par ce virus, peut-on imaginer ce que représenterait de traiter le plus grand nombre pour près de 800 à 1000 euros par jour avec les molécules ajoutées au sofosbuvir ?
Si les prix ne changent pas, nos sociétés devront faire des choix, hiérarchiser les décisions thérapeutiques, favoriser les personnes les plus atteintes et laisser les autres évoluer.

Il y a donc urgence à rendre le ‘miracle potentiel’ accessible au plus grand nombre.

 

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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