Xénon : pourquoi il fait gazer les athlètes

Le gaz xénon est un gaz rare mais son nom commence à envahir les journaux à la rubrique ‘dopage’. Les effets du xénon semblent, en effet, bien connus et étudiés en Russie. Car le xénon favorise la production par le corps de l’érythropoïétine, la fameuse EPO.
Dire que le xénon est un gaz rare n’est pas mentir ! Il représente 0,000009 % de ce que nous respirons dans l’atmosphère.
La médecine l’utilise parfois dans certains pays comme produit anesthésiant. On a aussi utilisé le xénon mélangé à l’oxygène pour traiter des nouveau-nés dont le cerveau a souffert d’un manque d’oxygénation au cours du travail, les diverses étapes précédant la naissance.

On l a également testé lors d’arrêts cardiocirculatoires chez des personnes victimes d’infarctus ou de mort subite pour diminuer les effets de ces accidents sur la souffrance cérébrale liée au manque d’apport d’oxygène.

Globalement c’est un produit sans réels effets secondaires sévères mais qui est très coûteux.

Pratiquement cent ans après sa découverte à la fin du XIXème siècle, le xénon est revenu sur le devant de la scène lorsqu’on s’est aperçu que ce gaz avait une propriété très particulière : il stimule la production d’érythropoïétine par le rein (EPO) et, en conséquence une fabrication accrue de globules rouges.

Une découverte qui n’est pas passée inaperçue dans le domaine sportif, notamment en Russie puisque le très officiel Institut d’Etat de la Recherche du ministère de la défense a même publié un guide d’utilisation de ce produit en 2010 !

Entrons dans les détails techniques. La présence de xénon dans l’organisme fait croire à ce dernier qu’il et en situation d’hypoxie, c’est-à-dire de manque d’oxygène.
Cela va entrainer, au niveau cellulaire, la synthèse d’une protéine appelée HIF-1 alpha.
HIF c’est ‘Hypoxya Inducible Factor’ ou ‘facteur Induit par l’Hypoxie’.

L’élévation du taux de cette protéine est une information qui est transmise au gène qui conduit à la synthèse par le rein de l’érythropoïétine ou EPO.
Et l’EPO va favoriser, au niveau de la moelle osseuse, la prolifération des globules rouges transporteurs d’oxygène.

A partir des modèles animaux, on a constaté qu’un mélange xénon-oxygène 50-50 donnait de très bons résultats.

II suffit d’inhaler ce mélange quelques minutes avant le coucher pour que l’effet apparaisse et dure de 48 à 72 heures. Beaucoup plus longtemps donc que le fait de dormir en atmosphère pauvre en oxygène dans des tentes spécialement équipées.

Répéter ainsi ces inhalations à quelques jours d’intervalle semble donc beaucoup plus ‘rentable’ que de passer deux semaines de stage en altitude !

Et, bien entendu, l’EPO ainsi produite est parfaitement ‘naturelle’. Il n’y a aucun moyen, contrairement à celles de l’industrie pharmaceutique, de mette en évidence une quelconque différence.

Il suffit de surveiller le volume de globules rouges par rapport au volume de sang total, ce qu’on appelle l’hématocrite, pour éviter les questions gênantes. Au-delà de 50 % d’hématocrite on peut légitimement se poser des questions, mais rien ne peut être prouvé !

Officiellement, dans l’état actuel des règlements, sniffer un mélange xénon-oxygène ne peut pas être considéré comme du dopage alors que c’est pourtant bien une façon artificielle d’améliorer la performance.

Une faille que les Russes connaissent bien puisqu’un centre médical, ATOM, spécialisé dans la préparation du xénon, a été récompensé pour son excellent travail lors de la préparation des athlètes pour les Jeux d’Athènes en 2004 et ceux de Turin en 2006.

Une petite remarque pour finir. Le xénon, nous l’avons dit, a peu d’effets secondaires. Mais il stimule le HIF-1 qui n’est pas une protéine anodine. On la retrouve impliquée dans des processus cancéreux, notamment le cancer du rein.

Elle sert à approvisionner en sang les métastases tumorales qui ont besoin d’oxygène.
Alors ce qui parait aujourd’hui comme une pratique anodine aura, peut-être un jour, des conséquences graves pour certains athlètes.
Références :

Xénon
http://fr.wikipedia.org/wiki/X%C3%A9non
Ecem Esencan et al.
XENON in medical area: emphasis on neuroprotection in hypoxia and anesthesia
Medical Gas Research 2013, 3:4
http://www.medicalgasresearch.com/content/3/1/4

Facteur induit par l’hypoxie
http://fr.wikipedia.org/wiki/Facteur_induit_par_l%E2%80%99hypoxie

Breathe it in
The Economist Feb 8, 2014
http://www.economist.com/news/science-and-technology/21595890-obscure-gas-improves-athletes-performance-breathe-it

 

 

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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