Arthrose : on ne doit pas trainer les cures thermales dans la boue.

Les cures thermales sont périodiquement mises sur la sellette.
Certains y voient des pratiques inutiles qu’ils qualifient de ‘vacances aux frais de la Sécu’. D’autres leur prêtent toutes les vertus du monde. Entre panacée et gadget il y a, hélas, bien trop peu d’études rigoureuses et méthodologiquement acceptables pour se faire une raison. Mais les publications tendent à être mieux faites et on commence à avoir quelques signes pour faire le tri.

Le domaine où les choses sont à peu près bien évaluées c’est ce qui touche à l’arthrose.
Plus précisément les atteintes arthrosiques multiples, genou, hanche, vertèbres, mains, chez des patients ayant des comorbidités. Derrière ce terme se cache la notion de diverses pathologies existant à côté de l’arthrose.
Ce peut être une bronchite chronique obstructive, BPCO, ou des problèmes cardiaques comme une fibrillation auriculaire.
Cette juxtaposition de pathologies complique l’utilisation de certains médicaments chez ces polyarthrosiques.
Les antalgiques à base de morphiniques peuvent avoir un effet dépresseur sur la respiration, une fonction hépatique défaillante incitera à manier prudemment le paracétamol. Et en cas de prises de médicaments anticoagulants, le recours aux anti-inflammatoires n’est pas recommandé.
C’est donc pour ce genre de patients qu’on peut aujourd’hui, au vu de l’analyse d’un certain nombre de travaux, estimer que la cure thermale peut-être une possibilité non médicamenteuse de prise en charge.
C’est la conclusion, notamment, à laquelle est arrivée l’OARSI, organisation internationale de recherche sur l’arthrose. Cette organisation vient de publier ses ‘guidelines’, ses recommandations pour la prise en charge des pathologies arthrosiques dans la revue ‘Osteoarthritis and Cartilage’.
Elle estime donc que chez un patient atteint de lésions arthrosiques multiples et souffrant de pathologies associées, la cure thermale était un traitement ‘approprié’.
En revanche, pour la seule arthrose du genou ou des atteintes arthrosiques multiples sans comorbidités, l’OARSI estime ‘incertain’ le bénéfice des cures thermales.
Cet effet incertain est assez bien illustré par une étude bien construite publiée en 2010 dans les ‘Annals of Rheumatic Diseases’ par une équipe française sous la conduite de Romain Forestier.
Le travail a inclus des personnes fréquentant les stations de Dax, Aix-les-Bains et Balaruc, des patients atteints d’arthrose du genou, une gonarthrose,
Tous les patients ont reçu un petit livret avec des conseils d’exercices à faire à la maison plusieurs fois par jour.
La moitié du groupe a suivi une balnéothérapie pendant trois semaines, l’autre non.
Au bout des trois semaines, le groupe ‘balnéo’ avait une amélioration significative de l’indice d’amélioration clinique qui comporte une réduction de la douleur et /ou une amélioration de fonctionnement du genou.
Pas d’amélioration en revanche sur la qualité de vie.
Donc un léger effet de la cure thermale combinée à des exercices quotidiens et à la continuation du traitement habituel.

Hormis les indications rhumatologiques, la France regorge de stations thermales couvrant un vaste champ de pathologies auxquelles il faut maintenant ajouter des indications plus en rapport avec un ‘mal-vivre’ qu’avec une entité clinique bien reconnue.
Le gros problème, là encore, c’est le manque d’études bien menées.
L’autre difficulté pour apprécier une amélioration, c’est de faire la part des choses entre ce qui relève de la cure et ce qui relève d’autres facteurs.
Des pathologies cutanées comme le psoriasis par exemple obéissent à des mécanismes immunologiques perturbés. Or, de nombreux travaux ont montré une intrication entre psychisme et immunité.
Le fait d’aller ‘prendre les eaux’ est un dépaysement complet, une sortie du quotidien, une distance mise entre soi et les problèmes. La cure ce sont des professionnels qui s’occupent de vous, des soins et une attention permanente, du lien social qui se crée avec les autres.
Autant de raisons de se sentir mieux, de revivre. Si on ajoute à cela le fait de boire une eau réputée ‘bienfaisante’, symbole d’une certaine pureté, il y a donc beaucoup de raisons pour que l’amélioration psychique ait un retentissement direct sur les mécanismes immunologiques.
Il faut espérer que la science permette d’obtenir des marqueurs biologiques mesurables facilement pour pouvoir quantifier donc l’effet des cures thermales dans cette indication comme dans l’asthme par exemple.

Des recherches d’autant plus indispensables qu’elles peuvent se traduire par des baisses de consommation médicamenteuse, source d’économies directes et indirectes si on pense aux éventuels incidents et accidents thérapeutiques.

Il n’y a certainement rien de miraculeux dans les cures thermales. Mais décider qu’elles sont inutiles est également excessif.
Il ne faut pas non plus mélanger ces cures à motif médical et séjours de ‘détente, bien être, sevrage tabagique’ que proposent les chaines de thalassothérapie en bord de mer.
Ce qui est certain c’est que la décision de prescrire une cure relève de la responsabilité du médecin, le mieux à même de juger, cas par cas, de l’intérêt de cette approche non médicamenteuse.
Et cette cure doit être accompagnée d’une éducation thérapeutique afin d’en prolonger les effets au-delà des trois semaines de balnéothérapie.

 

Références des études :
McAlindon TE, et al.
OARSI guidelines for the non-surgical management of knee osteoarthritis,
Osteoarthritis and Cartilage (2014), http://dx.doi.org/10.1016/j.joca.2014.01.003
R.Forestier et al.
Spa therapy in the treatment of knee osteoarthritis: a large randomised multicentre trial
Ann Rheum Dis 2010; 69:660–665. doi:10.1136/ard.2009.113209

Addendum :

La CNAMTS participe en partie au financement des cures thermales. On pourrait donc s’attendre à ce qu’elle dispose d’évaluations ou d’études dans un secteur qui représente plus d’un demi-million de prescriptions chaque année.

Le service de presse que j’ai interrogé à ce sujet m’a dit que cet organisme ne disposait d’aucune étude sur les cures thermales.

Impressionnant !

À propos de docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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8 réponses à Arthrose : on ne doit pas trainer les cures thermales dans la boue.

  1. RONET dit :

    Je cherche une station thermale qui puisse traiter l’arthrose des mains et des genoux.

  2. Honoré dit :

    Mon père a souffert très longtemps d’une spondylarthrite ankylosante. Certes les cures ne l’ont pas guérit mais lui ont permis d’être soulagé. Il ne faut pas voir les cures thermales comme LA solution à tous les maux.

  3. leturcq eve dit :

    j ai 65a soufre de fibromyalgie depuit l enfance en 2001 j ai vu le prof du centre entie douleur se fut ma chance j ai été pris en charge pour la fibro et sur tout cure thermal balneo sofro je vais en cure tout les ans je remarche tout doussement mes surment la douleur est toujour la le seul problement ces le prix de la route et de l ebergement ect pour moi ces un vrait problement ( 900e par moi) mes pourtent se ne sont pas des vacances de retour il me faut 2 mois pour recupere bien a vous

  4. besse dit :

    Bonjour,
    j’ ai 66 ans et je souffre terriblement des lombaires L.4.L.5.avec une arthrose très accentué 24 h sur 24 h.quel sont les formulaire nécessaire pour une prise en charge par la sécurité social.
    merci de votre réponse.
    Bien a vous.

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