Coeur artificiel : les coulisses d’une aventure palpitante

Le premier cœur artificiel a donc été implanté le 18 décembre 2013 à Paris. ce sont les professeurs Christian Latremouille, de Paris, et Denis Duveau, de Nantes, qui ont réalisél’intervention.
Au-delà de la performance chirurgicale, cette prothèse est un bel exemple de ce que peut donner une collaboration entre universitaires et industriels.

C’est à l’hôpital Européen Georges Pompidou, HEGP, à Paris qu’un patient de 76 ans a reçu le cœur Carmat, le premier vrai cœur artificiel digne de ce nom. L’homme âgé de 76 ans était en insuffisance cardiaque terminale, son cœur ne fonctionnant que grâce au soutien de puissantes drogues comme la dobutamine. Comme il était exclu de le greffer vu son âge et son état général, il a donc accepté de recevoir cette prothèse en sachant parfaitement qu’il n’y avait pas de miracle à attendre.
Premier vrai cœur artificiel donc parce que, contrairement aux appareils implantés depuis déjà de longues années, cette prothèse reproduit le travail des ventricules comme dans la vraie vie, notamment en étant capable d’ajuster le débit en fonction de l’effort réalisé par le patient
Ce qu’on posait jusque là étaient des systèmes d’assistance circulatoire, des pompes qui envoyaient le sang dans l’organisme de façon mécanique, sans adaptation physiologique. Ces dispositifs, très utiles, étaient souvent mis en relais en attendant de trouver un cœur à greffer.

Le cœur Carmat est destiné, lui, à rester en place et n’est pas là pour servir de pont entre le cœur malade retiré du circuit et un nouveau cœur transplanté.

Cette prothèse est un bijou de la technologie, une application en médecine humaine des connaissances acquises dans le domaine spatial en particulier.
Il faut dire que cela est dû à l’implication du groupe Matra, puis d’EADS dans cette aventure.

Et s’il en est ainsi c’est grâce à un coup de cœur ! La rencontre entre un formidable chirurgien et un grand capitaine d’industrie.

Le chirurgien c’est le professeur Alain Carpentier. C’est un des grands noms mondiaux de la chirurgie cardiaque et un chercheur et un inventeur inépuisable.
Il a mis au point par exemple des prothèses capables de pallier la déficience des valves qui séparent l’oreillette et le ventricule. Un appareil appelé ‘anneau de Carpentier’, assez simple à poser et particulièrement performant pour traiter les atteintes valvulaires, souvent séquelles d’angines mal soignées, dans les pays en voie de développement. Mais aussi une prothèse haut de gamme avec des matériaux biocompatibles, la prothèse de Carpentier-Edwards.
 
Son rêve, depuis vingt-cinq ans, c’est le cœur artificiel, le vrai, celui qui doit permettre au patient de récupérer une qualité de vie très satisfaisante.

Sa rencontre avec Jean-Luc Lagardère sera déterminante. Ce grand capitaine d’industrie, présent dans les médias avec Hachette était surtout le PDG du groupe Matra, spécialisé dans l’armement et la conception de satellites.

Carpentier a convaincu Lagardère de l’aider dans l’aventure de la mise au point de cette prothèse et le patron de Matra a fourni au chirurgien des ingénieurs pour développer son projet.

Le défi n’était pas évident : il fallait que le cœur ait la taille de l’organe naturel pour s’insérer dans la poitrine. Il fallait qu’il soit composé de matériaux à la fois ultra-résistants et ultralégers. Ces deux objectifs ont été atteints, même  si avec ses 900 grammes, ce cœur artificiel pèse trois fois plus qu’un cœur normal.

Il a fallu aussi travailler la texture des valves, un domaine qui est la spécialité d’Alain Carpentier et on est arrivé à la mise au point de biomatériaux, à partir de valves de veau, ayant des capacités fonctionnelles et mécaniques très satisfaisantes.

Il a fallu également veiller à ce que les remous crées dans l’environnement de ces valves soient très faibles car le risque majeur aurait été la formation de caillots pouvant ensuite entrainer des accidents vasculaires cérébraux.

Enfin, il a fallu mettre au point un système d’alimentation électrique capable de fournier de l’énergie pendant de très longues périodes. Si, dans un premier temps on en reste à la classique batterie, très vite ces bioprothèses seront équipées de piles à combustible fournissant une autonomie de fonctionnement de cinq ans !

Le savoir-faire spatial de Matra ne s’est pas résumé à la conception des seuls matériaux. Fort de son expérience des satellites qui se promènent jusqu’à 36000 kilomètres au-dessus de nos têtes et sur lesquels il faut parfois intervenir depuis la Terre, le but des ingénieurs est de faire en sorte que tous les organes de ce cœur artificiel puissent être vérifiés et réparés sans avoir à ouvrir la poitrine du patient, pouvoir donc tout gérer à distance !

Le gros intérêt de cette prothèse biocompatible c’est qu’elle rend inutile tout traitement antirejet.

Cette première implantation chez l’homme a pour but de montrer la faisabilité de l’intervention et de mesurer en vraie grandeur la façon dont travaille la bioprothèse.
On ne parle pas encore de traitement car il faudra plusieurs dizaines de cas avant qu’on puisse évoquer cette question.

Mais il n’empêche que le rêve de Carpentier est devenu réalité. Octogénaire mais toujours en activité, le grand ponte a réussi une osmose rarissime en France : la recherche universitaire publique qui bénéficie des capacités d’un industriel, Matra et EADS, pour développer le projet.
Sans oublier le nerf de la guerre, l’argent, apporté par une société de capital-investissement, Truffle Capital. Cette société vient d’ailleurs de bénéficier d’un prêt de 33 millions d’euros de la part de la BPI, la banque publique d’investissement crée récemment par le gouvernement actuel.

Un cocktail public-privé, une mise en commun de savoir-faire, un modèle porteur et potentiellement générateur d’emplois pour des jeunes diplômés d’écoles d’ingénieurs ou de facultés de sciences.

Une aventure qui s’annonce palpitante.

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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7 réponses à Coeur artificiel : les coulisses d’une aventure palpitante

  1. SEREMES dit :

    Merci pour votre réponse.
    j’apprécie votre réserve et votre humilité face à ce sujet très technique
    je vous renvoie à ce site pour que vous puissiez vous faire une idée plus précise de l’importance de l’alimentation pour la pérennité d’un système implanté.

  2. SEREMES dit :

    Bonjour
    Quelle est la meilleure alimentation pour ce cœur artificiel CARMAT
    l’alimentation percutanée abdominale (qui peut s’infecter) ou l’alimentation percutanée à ancrage osseux développé par la société PLUGMED et qui ne s’infecte pas.
    Il est étonnant qu’il ne soit pas fait mention de l’alimentation, pourtant si essentiel.
    Merci pour la réponse.

    PS il semblerait que le docteur Pierre SABIN et vous même étiez ensemble en médecine à TOURS en 1969/1970

    • docteurjd dit :

      Je n’ai aucune compétence dans ce domaine et, partant, je ne le hasarderai pas à vous répondre.
      Je n’étais pas en Fac de Médecine en 69-70

  3. cedric dit :

    Comment ce coeur artificiel adapte-t-il son debit aux besoins du patient?

  4. TASSALI najat dit :

    Bravo pr Carpentier vous etes un héros comment quelqu un à pu depuis 25 ans chercher comment sauver des vies et penser autres vous êtes vraiment mais vraiment très humain c est un grand miracle que Dieu vous protège et comme vous allez sauver des vies Dieu vous sauvera de tous les malheur de la vie et que Dieu vous bénie merci encore vous êtes un hero

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