Chevaux de laboratoires et trafic de viande : pas de risque réel pour la santé

Enfreindre la loi ce n’est pas bien. Mais enfreindre la loi ne veut pas, pour autant, dire qu’il y a un risque sanitaire lié à cette infraction. Une nouvelle affaire vient nous le rappeler.

On a donc appris aujourd’hui qu’un vaste coup de filet de la gendarmerie avait mis fin à un trafic de viande de cheval. Cette viande provenait de chevaux utilisés par le laboratoire Sanofi-Pasteur, producteur de vaccins et d’immunoglobulines.

Le principe consiste à injecter aux jeunes chevaux des doses de divers vaccins, comme le vaccin antitétanique ou le vaccin antirabique (pour prévenir la rage).

Ces préparations vont générer chez les animaux la production d’anticorps par leur système de défense. Ces anticorps, appelés immunoglobulines ou IgG seront utilisés lors de la prise en charge de personnes dont on peut supposer qu’ils courent un risque, souvent mortel, de développer la rage, un tétanos ou un accident grave lié à des venins de serpents par exemple.

Les anticorps, obtenus par une prise de sang faite chez l’animal, sont ensuite purifiés et prêts à être injectés.

Ils permettent d’attendre que les effets de la vaccination se mettent en place, ce qui demande plusieurs jours, voire deux semaines.

L’intérêt d’utiliser les chevaux est d’obtenir de grandes quantités d’IgG mais on privilégie néanmoins de plus en plus les IgG d’origine humaine afin d’éviter des réactions allergiques, rares mais possibles.

Les chevaux utilisés sont jeunes et en excellente santé. Ils bénéficient d’un suivi strict et sont équipés de puces électroniques placées sous la peau pour assurer la traçabilité.

Ils produisent des IgG pendant trois ans environ et sont ensuite revendus à l’âge de six ans.

Ces chevaux, nous l’avons dit, sont parfaitement sains. C’est une des raisons qui fait que Sanofi interdit leur abattage par contrat. Ces chevaux revendus à un prix symbolique peuvent, en effet, vivre des jours heureux pendant plus de vingt ans encore.

Plus généralement ces chevaux ne doivent en aucun cas entrer dans la chaine alimentaire puisqu’ils ont reçu des substances, en l’occurrence des vaccins, qui sont assimilées à des médicaments.

Dans l’affaire de Narbonne il y a donc eu une fraude, un non-respect des contrats et donc une tromperie.

Ce fait est inéluctable. Mais a-t-on, pour autant, fait courir un risque sanitaire aux personnes qui ont consommé cette viande ?

La réponse est non.

Ces IgG sont des protéines qui se trouvent dans le plasma, un de composants du sang. Elles peuvent se déposer sur certains organes préférentiellement, le foie et les reins par exemple. Mais ces abats ne sont pas consommés chez le cheval.

Il peut aussi y avoir des dépôts sur les muscles, partie de l’animal qui sera transformée pour faire de la viande à consommer.
Mais il y a déjà des IgG d’origine naturelle, donc équine, déjà présentes dans la viande et ces protéines sont dégradées une première fois lors des processus de transformation du muscle en viande.

Elles seront dégradées une seconde fois lors de la cuisson, les protéines étant transformées dès que la température atteint 56°C.

Pour les amateurs de tartare, pas de crainte non plus car la quantité d’IgG post vaccination est infinitésimale dans le muscle.

Donc pas de craintes à avoir mais il n’en reste pas moins que cette viande n’aurait jamais du être proposée à la consommation humaine par principe.

 

Pour information

Depuis quelque temps et pour me discréditer aux yeux de leurs lecteurs, des médecins modèles de vertu et leurs affidés laissent entendre que je serais ‘pharmaceutiquement compatible’ ou que j’aurais des liens avec l’industrie pharmaceutique .
Je précise que la charte de France 2 interdit strictement toute collaboration avec des industriels.
Je précise également que je suis journaliste professionnel employé à temps plein par France 2 et donc non soumis, théoriquement, à une déclaration de liens d’intérêt comme le prévoit la loi du 04/03/2002.
Bien que n’ayant pas à le faire, je précise donc que je n’ai aucun lien d’intérêt avec quelque laboratoire pharmaceutique que ce soit, que je ne participe à aucune manifestation promotionnelle rémunérée ou non.

J’ajoute enfin tout le mépris que j’ai pour ces personnages médiocres qui pensent exister en s’en prenant à moi et à d’autres, comme ces petits roquets qui vous mordent le bas du pantalon. Des roquets pour lesquels tout se termine par un coup de pied au cul, voire ailleurs en fonction de la profondeur du coup de pied.

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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3 réponses à Chevaux de laboratoires et trafic de viande : pas de risque réel pour la santé

  1. Wackes Seppi dit :

    Bonjour,

    Merci pour cette excellente piqûre de rappel à la raison.

    Un bémol : vous en savez certainement plus que moi sur ce sujet, mais n’y a-t-il pas un risque que ces chevaux aient servi pour les loisirs et aient reçu, pendant leur seconde vie, des traitements les rendant (juridiquement) impropres à la consommation ?

    Remarque pour le lecteur amateur de scandales : il s’agirait là d’une double fraude, la démonstration de M. Flaysakier restant entièrement pertinente s’agissant de la première fraude.

    Une question : « ces protéines sont dégradées une première fois lors des processus de transformation du muscle en viande » ? Faites-vous allusion à la maturation ?

    Un ajout (peut-être) : ces protéines seront transformées encore une fois au cours du processus de la digestion.

    Et une appréciation : votre « pour information » m’a particulièrement touché, surtout par la verdeur du ton (alors même que j’étais réputé comme manquant de diplomatie dans ma carrière…). Je viens de publier une critique de l’attaque de Mme Corinne Lepage contre Mme Anne Glover, conseillère scientifique du président de la Commission européenne sur le site Imposteurs :

    http://www.imposteurs.org/article-corinne-lepage-on-ment-on-dement-on-s-excuse-c-est-dement-par-wackes-seppi-121625380.html

    Je me permettrai de reprendre votre texte dans un commentaire.

    • docteurjd dit :

      De toutes façons ces chevaux sont par principe exclus de la filière viande.
      Mme Lepage parlait de ‘notre étude’ en référence à l’œuvre de Seralini !

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