Yvette et son cancer du sein qui a disparu du jour au lendemain.

L’histoire que vous allez lire est vraie . On peut juste espérer qu’elle ne soit qu’un accident. Oui, espérer.

C’est une femme de 57 ans, tonique, bosseuse, très attachée à sa santé et à celle de son mari, un peu plus négligent et qu’elle tarabuste souvent. Comme tous les deux ans elle est allée faire sa mammographie de dépistage dans un cabinet de radiologie. Les radiologues qui y travaillent sont des spécialistes reconnus de la lecture de mammographies.

Les mammographies d’Yvette (prénom d’emprunt) n’ont jamais posé de problème jusque là. Celle d’aujourd’hui montre une petite anomalie de très petite taille, inférieure au centimètre, que les radiologues ont étiquetée comme bénigne et pour laquelle ils recommandent juste un contrôle dans quelques mois, par routine.

Mais Yvette n’aime pas que les choses trainent et elle va voir son médecin traitant, qui tient un discours calme et rassurant. Mais un discours sans prise sur notre dame qui veut savoir ce qu’elle a dans le sein ! Alors le médecin, de guerre lasse, l’envoie chez un gynécologue spécialisé en sénologie et qui va faire une cytoponction, un prélèvement à l’aiguille dans cette masse minuscule.

Et là, patatras ! La pathologiste qui a lu la lame du prélèvement écrit ‘carcinome’. Le sénologue dit à Yvette qu’elle a un cancer et l’envoie chez son correspondant chirurgien qui exerce dans une clinique, au nord de l’agglomération. Ce dernier veut en savoir plus sur la nature de la tumeur et demande au sénologue de procéder à une série de biopsies.

Yvette va subir, c’est le mot exact quand elle raconte la séance, sept prélèvements dans la minuscule tumeur de quelques millimètres.

Quelques jours plus tard, l’analyse revient : les prélèvements sont normaux, aucune trace de cancer.

Le chirurgien ne demande pas à la pathologiste de relire sa première lame, il pense qu’il faut opérer, y aller voir parce que ‘on ne sait jamais’.

Anesthésie générale, tumorectomie, ganglion sentinelle, le tour est joué en trente minutes. L’examen extemporané, que l’on fait sur place, est formel : rien ! Ganglions non atteints et aucune trace de lésion cancéreuse sous le microscope quand on analyse les fragments de la tumeur.

La décision est prise alors, par la pathologiste, d’envoyer à un centre de référence les divers prélèvements. Elle demande à sa consœur de bien vouloir lui donner son avis, demande si elle a pu se tromper ou bien si la ponction à l’aiguille aurait pu retirer la totalité de la lésion qu’elle avait diagnostiquée comme étant cancéreuse.

C’est le chirurgien qui raconte tout cela à la patiente puisqu’il est son seul contact. Les jours passent, puis les semaines et Yvette n’a toujours pas la réponse. Au bout d’un mois, elle appelle la secrétaire du chirurgien qui lui explique que ‘c’est parti à paris, c’est long, on n’a rien reçu’.

Yvette, qui n’a pas les deux pieds dans le même sabot demande à une de ses relations de contacter le service parisien de pathologie pour savoir si cela va encore être très long.

Nouveau coup de théâtre ! Cela fait trois semaines que la spécialiste parisienne a répondu à sa consœur ! Les contrôles ont donc été faits et le verdict est tombé !

Yvette rappelle la secrétaire du chirurgien qui dit que ‘non, toujours rien !’. Là, la patiente ne l’est plus du tout et lui dit que les examens sont revenus et qu’elle le sait. Une heure plus tard, la secrétaire rappelle ‘ Vous ne le croirez jamais, un coursier vient de déposer les résultats sur le bureau du chirurgien’ Ah, le hasard ! Et le chirurgien veut la revoir en consultation.

Elle demande à lui parler. Il rappelle dans la soirée et lui dit que tout est normal, il n’y a pas de cancer. Yvette s’agace un peu, s’étonne d’avoir du subir tant de choses pour en arriver là. ‘Vous savez, ça arrive’ lui répond, en tout et pour tout, l’homme de l’art

Yvette est allée à son rendez-vous. Le chirurgien a regardé la cicatrice, lui a dit de faire quelques soins. Elle lui a demandé si elle pouvait avoir son dossier. ‘ Pas de souci, moi je donne tout’ lui a répondu le praticien ‘ même le compte-rendu opératoire’.

Il ne lui a pas dit que la loi du 4 mars 2002 lui faisait obligation de communiquer le dossier !

Mais il ne lui a rien expliqué, notamment les termes des comptes-rendus de pathologie où s’alignent les mots ‘hyperplasie’ ‘cicatrice de la micro biopsie’ ‘ absence d’atypie’ et surtout ‘bénigne, bénin, aucun caractère de malignité, artefact’

Il ne s’agit pas de jeter la pierre à la pathologiste qui a fait la sdémarche de demander une nouvelle lecture , même si elle aurait sans doute pu le faire après les sept biopsies.Mais elle ne voit pas la patiente, elle voit ses cellules.

Celui qui est l’interlocuteur c’est le chirurgien, et il n’a visiblement pas su rassurer sa patiente.

Pas un mot, pas une information. Ah si ! Il lui a dit qu’il fallait qu’elle refasse une mammographie dans six mois. ‘Mais pourquoi’ l’interrogea Yvette ‘ puisque je n’ai rien’. Et là, d’un ton sentencieux, il lui a répondu ‘ On ne sait jamais, vous aviez quand même quelque chose’.

Et c’est là-dessus, qu’elle est partie, un peu plus traumatisée encore.

Elégant jusqu’au bout, le chirurgien n’a pas oubli é de lui faire payer la consultation.

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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23 réponses à Yvette et son cancer du sein qui a disparu du jour au lendemain.

  1. brahimi abdelbaki dit :

    L’être humain est un phenomène complexe et je pense que la victime doit et a le droit de traîner ces mauvais acteurs devant les tribunaux .
    la conclusion est que l’éthique et le serment d’hypocrate font défaut.

  2. docteurdh dit :

    Très étonné que personne ne relève la responsabilité du gynécologue « spécialisé » responsable de la cytoponction qui a déclenché le délire en surclassant une lésion initialement notée ACR3.
    Il faut rappeler que pour ce classement ACR3, il n’existe pas de seconde lecture « officielle » dans le dépistage organisé et donc que chacun peut y aller de son commentaire, voire de son geste complémentaire… Alors que l’ACR3 est sensé limiter l’invasion médicale.
    Mais, ce type de surclassement autojustifié (« plus c’est pris tôt, meilleur c’est ») est excellent pour le petit commerce et donc de plus en plus fréquent voire systématique.
    Edicter la responsabilité de la patiente dans ce genre de situation est ahurissant et démontre autant la faiblesse de la réflexion des intervenants que le caractère totalement orienté de l’information préalable reçue par les patientes, excluant toute référence au surdiagnostic et au surtraitement.
    Comment voulez vous qu’une patiente ayant déjà subi un dépistage individuel pendant au moins dix ans (généralement en référence à un risque familial inventé) puis six ans de dépistage organisé soit pas loin d’une dizaine d’examens ne soit pas surmotivée voire animée par une pétoche complète ?
    Et comment qualifier les prescriptions de mammographies et échographies »de l’intervalle » de plus en plus fréquentes sans aucune justification de risque ?
    Normales, consternantes ou répugnantes ?

  3. Un autre confrére dit :

    L’origine du « problème » c’est quand même la patiente qui ne tient pas compte de l’avis: et des radiologues et du médecin traitant.
    C’est facile ensuite de juger la pathologiste qui comme tout le monde peut se tromper, et ce chirurgien peut-être dans la crainte des démarches probables qu’une patiente de la sorte pourraient engendrer s’il n’avait rien fait …
    Faire une biopsie dans une tumeur minime c’est comme chercher une aiguille dans une botte de foin , on peut taper 7 fois à côté de la tumeur. Le chir se retrouve avec un prélèvement positif et un négatif : il fait quoi ?? Il est possible qu’il aurait mieux fait de refaire un contrôle mais ..on ne sait pas comment la consultation s’est passée, avec ce genre de patients aux demandes insistantes.
    Combien de patients à qui je dis qu’on ne fait pas d’examen supplémentaires ou à qui je dis pas d’antibios vont toquer à la porte du confrére pour espérer avoir ce qu’ils pensent être légitime ?
    Là où je ne vous rejoins pas du tout cher confrère Dr Flaysakier, c’est que la situation de cette patiente on doit l’évaluer avec empathie et non sympathie. La patiente a récolté ce qu’elle a cherché, ce qu’elle a voulu entendre.
    Le fait que vous écriviez que  » élégant  » le chir n’a pas  » oublié de faire payer sa consultation  » est de plus un jugement.

    • docteurjd dit :

      Nous avons chacun notre appréciation du cas.Vous parlez de jugement concernant le fait de faire payer la consultation. Je porte en effet un jugement : je trouve cette demande parfaitement déplacée !

  4. Chantal dit :

    Cette histoire me rappelle celle que j’ai vécue il y a 4 ans. Après un curetage du à des hémorragies je suis convoquée dans le bureau du chirurgien qui m’annonce directement que j’ai un cancer. Je suis opérée d’une hystérectomie totale élargie.
    Le chirurgien me rend visite dans ma chambre et me dit : j’ai une bonne et une mauvaise nouvelle à vous annoncer. La mauvaise c’est que vous aviez un cancer, la bonne c’est que vous êtes guérie.
    Sur mon compte-rendu opératoire, il est inscrit dans l’indication opératoire : cancer de l’endomètre. Quelques temps après, je reçois le résultat de l’anatomopathologie et là… aucune cellule cancéreuse. Ma gynéco ainsi que mon médecin traitant ne savaient plus exactement si oui ou non j’avais eu un cancer.
    Je suis retournée voir le chirurgien pour avoir une explication. Et là il me dit : « qui vous a dit que vous aviez un cancer ? » Je lui répond que c’est lui et lui montre son compte-rendu opératoire avec l’indication « cancer de l’endomètre » et là, il me rétorque que c’est une erreur de son service et que, si je voulais, il me faisait refaire un compte-rendu opératoire en changeant l’indication… mais pas une excuse, rien… si ce n’est qu’il m’a fait grâce des 60 € de consultation… encore heureux !!!
    J’avais prévenu mes enfant, ma mère (âgée) et tous les membres de ma famille de cette mauvaise nouvelle !!!
    Malgré tout, j’ai voulu continuer à donner mon sang (je le fais depuis 40 ans) et là, on me refuse car j’ai des cellules dysplasiques ! Allez y comprendre quelque chose !!!

  5. un confrère dit :

    Cher confrère, voulez-vous également nuancer votre propos en vous interrogeant sur l’activisme de votre patiente ?
    Ne vous apparaît-il pas un instant que son insistance, alors que les premiers conseils était rassurants de la part de radiologues « spécialistes reconnus de la lecture de mammographies » et de la part de son médecin traitant, l’a conduite à cette mauvaise rencontre ?
    L’anxiété a rencontré la furor sanandi…

    • docteurjd dit :

      Je ne souhaite nullement nuancer mon propos. Ou alors ce serait ignorer totalement le ressenti d’une femme à laquelle on dit qu’il y a quelque chose . Même si on dit ‘bénin’ elle ne l’entend pas. Et la suite est assez évocatrice d’un comportement médical pas obligatoirement respectueux de lapatiente.

  6. katell dit :

    Bonjour,

    Alors que j’écoute une radio nationale ce matin, j’entends que les biopsies ne seront peut-être plus le circuit obligé de la détection des cancers ?
    Est-ce une évolution ou une Révolution ? Qu’en pensez-vous Docteur ?
    Cela peut-il être aussi simple, et pour tous ?
    On approche de Noël, on aimerait bien y croire…
    Bonne journée !

  7. Dr PP dit :

    Bon, la dame n’était pas contente ça se comprend.
    Mais j’ai compris qu’elle a commencé à ne pas être contente du radiologue qui voulait attendre quelques mois avant de refaire un contrôle (la procédure normale) et qu’ensuite elle n’était pas contente que son médecin ne presse pas le mouvement.
    D’accord pour un problème de communication de la part du chirurgien mais il y a un aussi un problème d’écoute et de confiance au départ concernant la patiente me semble t-il.

    • docteurjd dit :

      Je ne partage pas du tout votre analyse.
      Elle n’a jamais manifesté de mécontentement vis à vis du radiologue en lequel elle avait pleine confiance.
      Mais , comme la majorité des personnes je pense, la présence d’une anomalie fût-elle bénigne, majore l’anxiété..
      je ne vois pas ce que vous appelez presser le mouvement. Vous trouvez normal qu’alors que tous les prélèvements sont négatifs, qu’on l’a anesthésiée et opérée, il lui faille attendre sans aucune nouvelle plusieurs semaines pour avoir le résultat définitif ?
      Pardonnez-moi mais je trouve , au contraire, qu’elle a été très gentille et qu’elle aurait légitimement se fâcher vu le défaut d’information dont elle a été victime.

  8. En tant qu’écoutante de patientes j’ai entendu de nombreuses fois des femmes dire:- on a rien vu une 1ère X donc on a refait une biopsie. Ce qui me laissait perplexe! Si on a rien vu, tant mieux!!
    Mais serait ce lié à la qualité de la biopsie? Le rien serait donc plutôt:- on n’ a pas pu voir car le prélèvement ou l’examen étaient mal faits! Tout cela peut arriver mais j’observe malgré tout une sorte d’obstination à trouver et je me questionne réellement par rapport à la qualité des examens histologiques….Il y a tant d’erreurs ou de résultats aberrants dans les labos de biologie qu’on finit par se poser des questions au sens large…
    Cela pose toujours des questions au sujet de la fiabilité des examens mais surtout faut il les considérer comme des absolus ou juste comme des indicateurs!

  9. Jennifer dit :

    Cette histoire fait peur ! C’est assez incroyable pourtant j’ai une amie à moi ( pernelle) qui a eu la même mésaventure avec des biopsies qui se baladaient de Nantes à Rennes puis à Lyon et enfin Paris ; la laissant traumatisée par leur diagnostics à chaque fois différents et leur manque de communication. Elle a appelé cela son « OVNI »… Hélas un an après alors qu’il était non connu , il a viré en métastase.
    Elle en rage encore de leurs discours….
    Merci JD Flaysakier

  10. M.L. dit :

    Le chirurgien communique mal, et pourrait faire des progrès, pour ça OK.

    Par contre, pour la prise en charge, il ne s’agit pas du tout de « on ne sait jamais ». Il ne faut pas oublier qu’on demande (impose) aux médecins de se conformer à des référentiels. Biopsie positive implique tumorectomie complémentaire et sentinelle. Ce que le chirurgien a fait.
    Le geste d’exérèse parait disproportionné ? mais seulement à posteriori. C’est alors plus simple de dire « il n’aurait pas fallu »

    Imaginons un instant le choix alternatif: le chir n’opère pas. L’hypothèse de retrouver la patiente un an plus tard avec un cancer au même endroit .. n’est pas une utopie.
    Car une pièce opératoire négative, cela n’exclut pas la présence de résidus cellulaires tumoraux.
    En cancérologie hépatique, on sait qu’une tumeur disparue des images après chimio récidivera si on n’enlève pas la zone concernée. Il est démontré en microscopie électronique que des micro-lésions tumorales sont encore présentes. Et pourtant la pièce opératoire est négative.

    C’est facile de tirer sur l’ambulance. Etant donné que le chir peut de toutes manières se voir reprocher sa prise en charge, mieux vaut pour lui qu’il l’ait réalisée en suivant le reférentiel.

    • docteurjd dit :

      Ce que je mets en avant dans ce récit c’est justement le manque total de communication.
      Pour le geste, on peut quand même se demander si , après 7 biopsies négatives, la relecture de la lame de cytoponction n’aurait pas été utile.
      je vous rappelle qu’a posteriori cette relecture a infirmé la présence d’un carcinome et éliminé toute image suspecte.

  11. Benattar dit :

    Cette médecine du « on ne sait jamais » n’est malheureusement pas accidentelle (le médecin se réfugiant dans la peur de la plainte en oublie le malade)

  12. Merci pour ce témoignage! Et malheureusement, ce genre « d’accident » se multiplient. Et ne connaissent pas toujours de « happy end »… (La crotte de mouche ici a sans doute été aspirée du premier coup… Combien de cancers in situ aussi minuscules restés en place seront traités par le « on ne sait jamais »…

    • docteurjd dit :

      Il n’y avait pas de ‘crottes de mouche’. La relecture a montré une histologie normale mais un problème lié à l’étalement du prélèvement.

  13. Ping : Yvette et son cancer du sein qui a disparu du j...

  14. Bientôt on ne fera plus de biopsie, on enlèvera les seins…on ne sait jamais !
    Merci pour ce post qui je l’espère sera lu par tous vos confrères !

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