Cancer : le mariage peut être plus efficace que la chimiothérapie.

Le mariage est plus efficace que la chimiothérapie pour traiter certains cancers. C’est ce que montre une étude américaine dans laquelle on constate qu’on n’est pas à la noce quand on vit seul et qu’on a un cancer.

Le travail est publié aujourd’hui dans le Journal of Clinical Oncology. Des chercheurs américains ont utilisé des registres qui permettent de colliger l’incidence des cancers, les traitements et les données de survie. Cette base de données, appelée SEER (Surveillance, Epidemiology and End Results program) recueille environ 97 % des cas incidents de cancers déclarés dans les registres américains qui couvrent environ le quart du pays.

Ils ont choisi la période 2004-2008 et examiné 1260898 dossiers. Ils ont pu utiliser les données complètes de 734889 patients.

L’étude a porté sur les dix cancers en tête des causes de décès par affection maligne, chacun d’entre eux tuant plus de 15000 américains chaque année :

Cancers du poumon, colorectal, du sein, du pancréas, du foie, des voies biliaires, les lymphomes non hodgkiniens, les tumeurs ORL, les cancers de l’ovaire et de l’œsophage.

Ils ont comparé les informations sur les cas de cancer en regardant le statut marital, d’un côté les patients mariés, de l’autre les célibataires, veufs ou divorcés. Les patients mariés avaient tendance à être plus jeunes que les autres, 2 ans et demi en moyenne, il y avait plus de blancs, d’hommes, de personnes vivant en milieu rural et de statut socio-économique un peu plus élevé que les non-mariés et à avoir un niveau d’études plus élevé.

Pour les cancers pris tous ensemble, les patients mariés se distinguaient par trois éléments statistiquement significatifs :

– au moment du diagnostic ils avaient un stade de la maladie moins avancé que les non-mariés, notamment moins souvent au stade métastatique, un risque moindre de 17 % (OR : 0,83 ; IC 95 % : 0,82-0,84 ; p<0,001)

– leur traitement, quel qu’il soit, avait une plus grande probabilité, 53 % de plus,  d’être définitif. (OR : 1,53 ; IC95% : 1,51-1,56 ; p<0,001)

 un risque de mourir de leur cancer 20 % moindre que celui des non-mariés (OR : 0,80 ; IC95% : 0,79-0,81 ; p<0,001)

Et ces trois caractéristiques ont persisté quand les chercheurs ont analysé les données cancer par cancer.

Plus étonnant encore, pour cinq des cancers étudiés (prostate, sein, colorectal, ORL et œsophage), la survie attribuable au mariage dépasse celle habituellement attribuée aux effets de la chimiothérapie !

En quoi donc le mariage peut-il influer sur les trois paramètres précités ?  La présence du conjoint est certainement un encouragement, voire une obligation de consulter quand quelque chose semble aller de travers. On sait le rôle prescripteur de l’épouse et de la mère dans de nombreuses situations sanitaires. Cet encouragement à aller consulter peut, en partie, expliquer que les sujets mariés soient diagnostiqués à un stade moins avancé de la maladie que leur contrepartie solitaire.

Cela implique évidemment des traitements plus souvent définitifs, d’autant que là encore, le fait de vivre la maladie à deux réduit le risque de décrocher, voire d’abandonner le traitement.

Ce rôle de support affectif et de support social a déjà bien été démontré dans les pathologies tumorales. Les patients ont moins de signes de dépression, manifestent moins de détresse, sont plus enclins à recourir aux soins de support pour gérer leurs douleurs ou leur alimentation.

Paradoxalement, cette étude montre que pour les personnes souffrant de cancer et vivant seules, il serait sans doute très important de renforcer le lien social afin d’améliorer leurs chances de guérison et de survie.

Quand on regarde la différence en termes de résultats thérapeutiques et en termes de survie entre mariés et non-mariés, Là encore, le développement des soins de support et la prise en charge psychologique et sociale peuvent être des armes efficaces, peut-être  autant que la chimiothérapie

Référence de l’étude :

 Ayal A.Aizer et al.

 Marital Status and Survival in Patients With Cancer

 J Clin Oncol DOI: 10.1200/JCO.2013.49.6489

 

 

 

 

 

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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5 réponses à Cancer : le mariage peut être plus efficace que la chimiothérapie.

  1. lili dit :

    Bonjour,
    j’ai la vingtaine et n’ai jamais eu de graves pb de santé, mais depuis le décès de mon père d’un cancer j’ai très peur.
    Auriez-vous des conseils en tant que médecin pour une bonne hygiène de vie et pensez vous que l’alimentation peut être la cause des cancers? (quand on est jeunes et étudiants, on fait très peu attention à ce que l’on mange…!)
    Merci !

    • docteurjd dit :

      Ce genre de discussion c’est avec votre médecin qu’il faut l’avoir. Il vous connait et il saura utilement vous guider et vous conseiller. C’est important de parler avec lui plutôt que de lire des choses pas très originales que je pourrais vous dire

  2. thierry dit :

    de nombreuses « indiscrétions » de professionnels de santé annoncent une augmentation actuelle tres importante des cas de cancer, à tous âges, notament sur enfants…. qu’en est-il? êtes-vous mieux renseigné. Trouve-t-on enfin aujourd’hui une étude sérieuses sur les causes environnementales de l’apparition de cette maladie invoquées généralement (sans aucune précisions) un copain de mes enfants est mort de cancer à 20ans après 3 ans de soins intensifs… quelles sont ces causes svp, je souhaite protéger mes enfants et sortir de l’ignorance… merci

    • docteurjd dit :

      Je ne sais pas d’où viennent les indiscrétions dont vous parlez. Je n’ai pas entendu parler de ce pghénomène. S’il existe, il n’y a aucune raison pour qu’on le dissimule.
      D’autre part, il est quasiment impossible, sauf dns de très rares cas, de trouve un lien de cause à effet entre une exposition à un produit donné et un cancer. C’est une maladie multifactorielle dans laquelle l’environnement peut jouer un rôle.
      D’autre part, les cancers existent chez les sujets jeunes, notamment les leucémies et les lymphomes.

    • jmdesp dit :

      Des rumeurs délirantes circulent régulièrement sur les taux de cancer. Bien sûr, c’est accompagné d’accusation en rendant responsable les effets nocifs de notre alimentation, ou autre facteur environnemental, qui certainement nous empoisonnent sans que personne officiellement ne le reconnaisse.

      L’IARC rend disponible en ligne les données les plus récentes disponibles sur les cancers :
      http://www-dep.iarc.fr/WHOdb/WHOdb.htm et http://www-dep.iarc.fr/WHOdb/graph1_sel.asp

      On peut donc vérifier directement la fausseté de ce type de rumeur.
      Le nombre absolu de cancer augmente, mais c’est directement lié à l’augmentation de l’espérance de vie, les taux de cancer augmentant fortement avec l’âge. Dans certains pays, on trouve une nette augmentation de certains cancers liés à des facteurs de risques précis, mais rien n’est caché sur par exemple en Asie l’augmentation très nette des cancer du colon en même temps que la consommation de viande rouge se répand.

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