Cancer :traitement personnalisé, les premiers pas du ‘sur mesures’

La possibilité de traiter chaque patient atteint d’un cancer avec un traitement ‘sur mesures’ n’est pas encore une réalité opérationnelle, mais les études progressent, et la France tient la tête dans ce domaine.

Le cancer du sein d’une femme n’est pas le cancer du sein de sa voisine dans la salle d’attente du centre où toutes deux sont soignées. Enfin pas toujours mais c’est souvent le cas quand le cancer est à un stade avancé, lorsqu’il a métastasé vers divers autres organes.

L’extraordinaire explosion des matériels et surtout des logiciels informatiques qui permettent d’analyser le génome et de déchiffrer l’ADN permettent aux chercheurs, médecins mais aussi bio-informaticiens, d’analyser, à partir de biopsies, les tumeurs des patients, de voir quels sont les gènes qui se sont emballés, ceux qui ont disparu ou ont muté.

Il faut essayer de voir si les anomalies constatées peuvent être à l’origine de la prolifération anarchique des cellules tumorales. Si tel est le cas, ces gènes deviennent alors des cibles pour un traitement ‘sur mesures’, une thérapeutique chargées de bloquer les effets néfastes de ce dérangement moléculaire.

Il y a déjà une bonne vingtaine de médicaments, par exemple, qui peuvent être utilisés dans les cancers du sein métastatique pour bloquer certaines voies, comme les anomalies sur la voie Pi3k par exemple
Un premier grand essai vient de se terminer.

Baptisé SAFIR 01, mené dans 16 centres régionaux de lutte contre le cancer réunis dans le groupement UNICANCER, cette étude a permis à plusieurs femmes dont le cancer du sein avancé était en échec thérapeutique, de bénéficier de traitements donnés seuls ou en combinaison. Même si les premiers résultats montrent une stabilisation, voire une régression de la maladie sur quelques femmes seulement, on doit considérer cela comme un signe encourageant car dans cette forme de cancer, aucune chimiothérapie ne permet d’obtenir de tels résultats actuellement.

Mais d’autres essais sont aussi en cours, à l’initiative de l’Institut National du Cancer, INCa, et de l’ANSM. C’est le projet AcSé.

On va ainsi rechercher dans un certain nombre de tumeurs la présence d’une anomalie sous la forme de ce qu’on nomme un gène de fusion ALK.
Ce gène est retrouvé dans 4 % des cancers du poumon et on dispose d’une molécule, le crizotinib, qui permet de freiner le développement des tumeurs contenant cette anomalie génique.

Mais on sait que d’autres tumeurs peuvent aussi contenir cette même anomalie, des lymphomes, des neuroblastomes et d’autres tumeurs hématologiques notamment, au total une vingtaine de localisations cancéreuses.
Le fait de retrouver l’anomalie permettra de donner le crizotinib aux patients et de voir comment ils évoluent.

Ces recherches pour personnaliser les traitements ne feront pas de miracles mais elles permettront de mieux connaitre la maladie cancéreuse, de mieux prévoir quelles seront les formes agressives à traiter massivement et celles pour lesquelles des traitements moins lourds pourront être proposés.

Et il sera très important de mesurer également le retentissement en matière de qualité de vie de ces traitements adaptés à chaque patiente et à chaque patient. Car rien ne sert de vouloir innover si le prix à payer est un mal-être.

Autre remarque importante : à l’heure actuelle aucune thérapie ciblée n’a guéri totalement un cancer. Ces traitements freinent la progression de la maladie parfois pour de très longues périodes, certes, mais attention aux appels aux dons et autres campagnes où on annonce que demain on guérira deux cancers sur trois par exemple.

Fut une époque où le président d’une association censée lutter contre le cancer annonçait la fin de la maladie pour les années suivantes et il n’en fut rien.
Il faut savoir où on va, se battre pour des traitements personnalisés les plus fréquents possibles, donner su temps au temps pour qu’on puisse développer des molécules qui transforment les cancers avancés, ceux qui ont métastasé, en pathologies chroniques comme peuvent l’être le diabète ou l’hypertension.

Et ce combat là n’est pas impossible à gagner.

 

 
LE COMPTE-RENDU DE L’ESSAI SAFIR 01         ET LE DOSSIER EN FRANÇAIS 

LE PROJET AcSé crizotinib 

 

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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1 réponse à Cancer :traitement personnalisé, les premiers pas du ‘sur mesures’

  1. MELIA Violette dit :

    Bonjour Docteur,

    Je viens de vous entendre au Journal télévisé de 13 h ce jour, vous parliez des oreillons.
    Vous avez omis de signaler qu’il y a un cas sur 1000, c’est ce que m’ont dit les médecins pour ma fille, d’attaque du nerf auditif suite aux oreillons, et donc de surdité totale.
    Ma fille avait 10 ans lorsqu’elle a eu les oreillons, trois semaines après elle n’entendait plus d’une oreille, et c’est à vie.
    Depuis elle a consulté différents spécialistes (elle a maintenant 10 ans), et tous ont dit qu’il n’y a rien à faire.
    Je tenais donc à vous le signaler. Mme Mélia

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