Cancer/ASCO 13 : il y a besoin de moins de chimio et de plus d’attention dans le traitement du cancer du sein.au stade précoce.

 

La chimiothérapie adjuvante, celle qui suit la chirurgie pour un cancer du sein au stade précoce, ne doit plus être systématique. C’est ce que répètent encore une fois les spécialistes réunis à Chicago. Problèmes d’efficacité et de retentissement à moyen et long terme sur la qualité de vie.

C’est une phrase qu’on n’aimerait jamais plus entendre :’ Vous avez la chance d’être vivante, alors de quoi vous plaignez-vous ?’ Il arrive encore aujourd’hui qu’une femme qui a eu une chimiothérapie (CT) pour un cancer du sein et dont la qualité de vie a été impactée par ce traitement, entende ce genre de réponse.

Loin de remettre en cause l’utilité des cures de chimiothérapie, de nombreux spécialistes se demandent, en revanche, s’il est vraiment utile de proposer quasiment automatiquement ces traitements à des femmes porteuses d’un cancer du sein découvert à un stade précoce et qui ont été opérées.

Cette réticence à prescrire systématiquement des cocktails de substances s’explique pour deux raisons : les effets secondaires à court, moyen et long terme d’une part et, d’autre part, l’analyse d’un certain nombre d’études qui montrent que dans certains cas, l’absence de chimio n’a eu aucune conséquence sur la survie à long terme des patientes.

Il ne s’agit pas pour autant de jeter la CT aux orties ! Il s’agit plutôt de savoir ne pas la prescrire.
Angelo di Leo (Centre de cancérologie de Prato, Italie) estime qu’on doit oser aujourd’hui prendre cette décision en se servant des outils que nous fournit la biologie moléculaire. On sait rechercher des facteurs qui joueront un rôle pronostique, comme le dosage des récepteurs hormonaux aux œstrogènes et à la progestérone, ou bien encore mettre en évidence la présence d’une protéine, HER-2, pour laquelle on a un traitement spécifique. On sait doser maintenant une autre protéine, Ki-67, dont le taux reflète le caractère prolifératif ou non de la tumeur. Ces facteurs s’ajoutent à des critères plus anciens, comme l’envahissement éventuel de ganglions.

 

Des risques de récidive mesurables

Et puis on voit arriver sur le marché des tests dit de ‘signature génomique’, des tests qui mesurent le niveau d’expression de certains gènes dans les tumeurs. Ces tests vont permettre de classer les tumeurs en fonction d’un score de récidive : bas risque, risque intermédiaire et risque élevé.

Avec l’un de ces tests, l’Oncotype DX, reposant sur une ‘signature’ de 21 gènes, les femmes dont le score est classé ‘risque faible’ ne reçoivent pas de chimiothérapie. Ce test, commercialisé dans plusieurs pays n’est pas encore disponible en France hormis certaines évaluations.

Critères anciens, facteurs pronostiques, signatures géniques, l’arsenal des oncologues s’accroit pour motiver le choix de décider de se passer de la chimiothérapie dans certains cas.

Sans oublier un élément fondamental que constituent les souhaits de la patiente.

Et Di Leo ajoute que si la chimiothérapie est malgré tout nécessaire, rien n’impose de recourir systématiquement à des protocoles agressifs, en raison de la toxicité de certaines des molécules utilisées.

 

Des effets à long terme

 

Si dans les cancers localisés à risque faible de récidive la chimiothérapie a peu d’efficacité, voire aucune, elle est, cependant, pourvoyeuse d’effets secondaires dont certains vont durer longtemps.
Des effets secondaires pas suffisamment pris en compte soit parce que la femme ne souhaite pas ou n’ose pas en parler, soit aussi parce que les spécialistes ne savent pas toujours apporter la réponse adaptée, comme l’a souligné à Chicago Erika Mayer (Dana-Farber Cancer Institute, Boston).

Le catalogue des effets secondaires de la CT est assez fourni. Tout le monde pense, bien sûr, à la chute des cheveux qui est liée à certains traitements. Mais il n’y a pas que cela. La CT va retentir sur le fonctionnement des ovaires, avec un risque de ménopause précoce ou des aménorrhées de longue durée. Les séquelles hormonales de ces atteintes ovariennes vont retentir su la sexualité des patientes, avec perte de la libido, sécheresse vaginale cause de dyspareunies, c’est-à-dire des douleurs lors des rapports sexuels.
Elles entrainent aussi une prise de poids.
Il peut aussi y avoir une toxicité cardiaque, une neurotoxicité avec des douleurs neuropathiques souvent exacerbées la nuit.
Et la chimiothérapie retentit aussi, mais à des degrés divers, sur le fonctionnement neurocognitif, avec des difficultés de concentration par exemple. Il est cependant difficile de savoir qui, de la maladie ou de la CT, est à blâmer pour ce dernier point.

‘Vous êtes en vie, vous n’allez pas vous plaindre’ Si, justement, on peut, sinon se plaindre, au moins revendiquer une prise en charge de ces effets secondaires. On ne peut pas tout guérir, pas tout arrêter, mais il est possible d’améliorer certaines de ces gènes et de ces symptômes.

 

En parler pour trouver une solution

La prise de poids doit faire absolument l’objet d’une action. On a démontré de façon indiscutable que le risque de récidive augmentait avec l’indice de masse corporelle.

Chez les femmes jeunes non ménopausées, la question peut se poser de la conservation d’embryons ou de la vitrification d’ovocytes pour des grossesses ultérieures. Des techniques plus lourdes, comme la congélation de tissus ovariens, sont également possibles mais sans garantie de résultat.

Au passage il est important de signaler que l’aménorrhée n’est pas un synonyme de stérilité. Des femmes traitées par chimiothérapie et qui prennent du tamoxifene peuvent être parfaitement fertiles et donc pouvoir être enceintes malgré l’absence de règles.

Les questions relatives à la vie sexuelle doivent être également abordées car il existe des solutions. Pour les problèmes mécaniques comme la sécheresse vaginale il existe des produits lubrifiants à base d’eau permettant de faciliter les rapports. Une étude anglaise a montré également l’efficacité d’application locale d’œstrogènes sur la muqueuse vaginale. Le passage dans l’organisme est très faible et il n’a pas été constaté de récidive cancéreuse sous traitement avec ce genre de crème.

Il faut bien évidemment ne pas hésiter à consulter un spécialiste en cas de difficultés psychologiques dans la vie sexuelle. De plus en plus de services travaillent avec des sexologues qui connaissent bien la problématique du cancer et des effets secondaires des traitements.

Les douleurs neurologiques peuvent également être prises en charge. Leur traitement est très délicat, mais plusieurs molécules permettent d’en réduire l’intensité à des niveaux acceptables faute de les faire disparaître.

 

Une vie de qualité

La qualité de vie des patientes opérées d’un cancer du sein et traitées par chimiothérapie est un sujet auquel les médecins s’intéressent de plus en plus. Cela tient à la fois au fait que les patientes bien traitées ont de longues années devant elles et qu’elles ont l’intention d’en profiter.
Cela tient aussi au fait que le travail des oncologues se fait en équipe, avec des intervenants multiples et qu’il y a toujours moyen quand on le veut bien de trouver une réponse, fût-elle partielle, à un problème posé par une patiente.

En attendant donc qu’on dispose d’instruments très performants pour réduire autant que possible le recours à la chimiothérapie dans le cancer du sein au stade précoce, il faut que les femmes n’hésitent pas à évoquer ce qui peut affecter leur qualité de vie.

La prise en charge de leur problème est très souvent possible. Les spécialistes le clament. Que les femmes le réclament !

 

 

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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9 réponses à Cancer/ASCO 13 : il y a besoin de moins de chimio et de plus d’attention dans le traitement du cancer du sein.au stade précoce.

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  3. Moal Hélène dit :

    Traitement terminé chimio en octobre depuis 2 mois souffre surtout de douleurs neurologiques. On me dit qu’il faut attendre… Pourtant je lis qu’il existe des traitements avez vous des liens sur le sujet , que je puisse ensuite en parler avec mon médecin merci pour ce blog 0:))

    • docteurjd dit :

      La prise en charge de ces douleurs est vraiment individuelle. Je pense que le mieux est de demandr à votre medecin devvous orienter vers une consultation de la douleur

  4. pernelle dit :

    Attention… Vos deux postes laissent entendre qu’herceptin est un traitement agressif, or il s’agit d’une thérapie ciblée, dont les effets secondaires sont généralement beaucoup moins lourds que les chimios FEC ou à base de taxane. Béa a-t-elle subi un effet secondaire rare et imprévisible ou eu herceptin en association avec une autre chimio (fréquent), je ne le sais pas, mais il faut rassurer les femmes qui abordent ce traitement incontournable en cas de surexpression HER2.

    • docteurjd dit :

      Ce n’est pas du tout ce que je dis. Je dis que l’Herceptin est LE traitement necessaire pour les tumeurs Her2+

      • pernelle dit :

        Ce n’est pas votre post qui le laisse entendre mais la lecture de vos deux posts successifs (Béa :  » j’ai récidivé her2 donc chimio agressive « . Vous :  » le fait qu’il y ait une surexpression HER2 imposait le traitement par Herceptin. » On pourrait en déduire que herceptin = traitement agressif. C’est tout… Pas d’accusation de ma part!

  5. bea dit :

    Un an apres avoir subi une masectomie avec reconstruction immediate j’ai récidivé her2 donc chimio agressive et je suis devenue sourde profonde bilatérale sans provoquer le moindre émoi chez mon oncologue qui a dit que ca devait etre » un vaisseau qui avait claque »
    Je suis désormais mutilée et sourde mais effectivement en vie donc de quoi je me plains ?

    • docteurjd dit :

      Je ne peux vous répondre que sur un point : le fait qu’il y ait une surexpression HER2 imposait le traitement par Herceptin. Pour le reste je ne peux malheureusement rien vous dire

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