Cancer/ASCO 2013 : le nouvel essor de l’immunothérapie ou le réveil des lymphocytes tueurs.

Rééduquer les cellules de défense et leur apprendre à tuer les cellules cancéreuses, tel est l’objectif d’une nouvelle famille de molécules dont on va beaucoup parler lors de la conférence de l’ASCO, la société américaine d’oncologie clinique du 31 mai au 4 juin prochains à Chicago.

Nos défenses naturelles n’aiment pas les étrangers. Tout ce qui n’est pas reconnu comme ‘soi’ est appelé à être détruit dès que sa présence dans l’organisme est identifiée.
Seule exception ‘normale’ : la grossesse où un être à 50 % étranger au ‘soi’ de la mère va pouvoir se développer.

Chaque jour, nous développons des cellules cancéreuses et chaque jour notre ‘police’ les détruit, jusqu’au moment où la tumeur prend le dessus.

Les progrès extraordinaires de la biologie moléculaire ont permis de comprendre certains des mécanismes propres de la cellule cancéreuse, comment elle va se mettre à se diviser de façon effrénée, devenir immortelle, disséminer dans l’organisme, demander aux vaisseaux sanguins de lui apporter oxygène et nourriture pour continuer son diabolique ouvrage.

La compréhension de ces mécanismes est à l’origine, depuis plusieurs années, de l’arrivée de e qu’on appelle les ‘thérapies ciblées’. Ces traitements, venus s’ajouter à la traditionnelle chimiothérapie, vont s’attaquer de façon précise à une anomalie de la cellule cancéreuse, épargnant ainsi les cellules saines. Elles vont aussi modifier la structure des vaisseaux sanguins ravitaillant les tumeurs de façon à priver ces dernières de tout apport énergétique.

Ces thérapies ciblées ont, sans conteste, apporté un immense progrès dans la lutte contre le cancer. Un des meilleurs exemples est fourni par l’imatinib (Glivec) qui a totalement transformé le pronostic des personnes atteintes de leucémie myéloïde chronique, ou LMC.
De la même façon, plusieurs thérapies ciblées sont utilisées dans les cancers du rein, du sein ou du poumon ainsi que dans certains tumeurs digestives appelées GIST.

Mais si ces thérapies ont allongé l’espérance de vie des patients de façon considérable, aucune n’a encore permis de guérison et la quête d’autres munitions pour l’arsenal anticancéreux n’a de cesse.

UNE QUESTION D’ENVIRONNEMENT

Depuis quelques temps, l’accent est mis sur le microenvironnement des tumeurs, c’est-à-dire sur l’analyse des tissus qui entourent l’amas de cellules cancéreuses, en zone malade et en zone saine.

Dans cet environnement, on trouve différentes cellules de défense. C’est ; a priori, un paradoxe car leur présence devrait signifier qu’elles sont en train d’attaquer la tumeur. Or, on constate que certaines de ces cellules, notamment des globules blancs appelés lymphocytes Treg ont été ‘retournés’ par les cellules cancéreuses. Au lieu de les combattre, elles leur facilitent la vie et vont les aider à franchir les obstacles afin de leur permettre de disséminer et de former des tumeurs secondaires, des métastases.

Ces cellules passées à l’ennemi contrarient notamment l’effet d’autres lymphocytes qui infiltrent le tissu tumoral pour détruire le cancer, les TIL.

De nombreuses recherches sont conduites, depuis des années, pour ‘doper’ les TIL et les rendre plus agressifs envers les tumeurs. Ces méthodes dites d’immunothérapie, improprement qualifiées de ‘vaccins’ ont beaucoup reposé sur l’utilisation de cellules dendritiques. Ces cellules, prélevées sur le patient, vont ‘digérer’ des morceaux de tumeur en éprouvette et, une fois réinjectées, ‘montrer’ aux lymphocytes les cibles à frapper.

Divers essais sont en cours, il existe même sur le marché un ‘vaccin’ utilisé dans les formes avancées de cancer de la prostate. Mais pour l’instant les résultats ne sont pas encore satisfaisants.

La nouvelle génération de molécules d’immunothérapie apparue depuis deux ans fonctionne tout à fait différemment.
On a repéré certains des mécanismes qui annihilent l’action des lymphocytes et on peut maintenant s’attaquer directement à ces mécanismes.

Pour cela on utilise des instruments bien connus de la biologie moléculaire, des anticorps monoclonaux humanisés. Ces anticorps vont directement se placer sur la cible choisie. Ainsi lorsque la tumeur et ses alliés envoient un message au lymphocyte pour bloquer son action, le message n’aboutit pas car la ‘boite aux lettres’ est fermée.

 

BLOQUER LES BLOQUEURS

Le premier de ces produits est l’ipilimumab (Yervoy). Son rôle est de bloquer une substance, CTLA-4. Cette substance empêche les lymphocytes cytotoxiques ou CTL de jouer leur rôle normal de tueurs de cellules cancéreuses.
Cet anticorps est utilisé actuellement dans les formes métastatiques du mélanome malin.

Mais CTLA-4 n’est pas la seule cible visée actuellement. La recherche s’intéresse beaucoup à une protéine de la même famille appelée PD-1, pour ‘programmed death’ ou ‘mort programmée’.

PD-1 et une autre molécule proche, son ‘ligand’ PDL-1 ont une action encore plus puissante que CTLA-4 pour freiner la réponse immunitaire normale et, dans le cas de cancers, elles jouent un rôle néfaste permettant, in fine,  la prolifération tumorale.

Lors de la prochaine conférence de l’ASCO, on va donc beaucoup parler de ces formes d’immunothérapie.

Une étude associant ipilimumab et nivolumab, un anti PD-1 dans le traitement des patients atteints de formes avancées de mélanome sera ainsi présentée. C’est un essai de Phase 1, le but étant de mesurer les effets de la combinaison des deux molécules.
Au bout de trois mois, près de 40 % des patients avaient une réduction de la masse tumorale supérieure à 80 %, ce qui est un élément nouveau et très important.

Un essai de Phase 3, ayant pour but de démontrer l’efficacité de la combinaison face à chacune des molécules donnée isolément est en cours

L’’abstract de la présentation est  ICI
Plusieurs études utilisant cette fois un inhibiteur de PDL-1 seront également présentées. Ce produit, le MPDL3280A est en évaluation dans le mélanome métastatique mais aussi dans les cancers du rein et les cancers du poumon dits ‘non à petites cellules’, qui représentent 80 % des tumeurs broncho-pulmonaires. Plusieurs autres localisations tumorales, notamment digestives, sont aussi concernées par des essais.

L’abstract sur l’un des essais est ICI

L’annonce des premiers résultats a beaucoup intéressé les investisseurs et les cours de bourse des laboratoires concernés en ont profité. Les analystes estiment le marché potentiel à 35 milliards de dollars  soit 27 milliards d’euros selon un article de l’agence Reuters

Au plan médical, ces produits semblent prometteurs mais ne sont pas dénués d’effets secondaires parfois sévères. Ils jouent sur des mécanismes très complexes de l’inflammation.

On ne sait pas encore si on les donnera seuls, associés entre eux, avec une chimiothérapie classique ou des thérapies ciblées.

Mais ce qui est certain c’est qu’en réveillant la propre immunité du patient, en sollicitant son système de défense et  en laissant les cellules tueuses jouer leur rôle, on devrait disposer d’une nouvelle arme très puissante pour détruire une bonne partie des cellules tumorales.

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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2 réponses à Cancer/ASCO 2013 : le nouvel essor de l’immunothérapie ou le réveil des lymphocytes tueurs.

  1. motte dit :

    Ma fille de 47 ans souffre d’un glioblastome de niveau 4, a été opérée, puis radiothérapie, puis 7 cures de chimio au CHR de Salengro Lille
    Pouvez-vous faire quelque chose pour elle?
    JE VOUS EN SUPPLIE
    Merci même pour une petite piste
    Cordialement

    • docteurjd dit :

      Madame,
      Les medecins de Lille sont des gens très competents et vous trouverez auprès d’eux toutes les informations necessaires. Je ne peux que vous conseiller cela car je ne vois pas comment pouvoir répondre à votre demande.
      Courage.

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