VIH/SIDA CROI 2013 ; des globules blancs modifiés pour que le virus VIH voie rouge

La médecine progresse à coups de recherches mais aussi d’erreurs ou de hasard. La ‘guérison’ probable d’un patient porteur du virus du sida. suite à une greffe de moelle osseuse a donné beaucoup d’idées aux chercheurs comme on a pu le constater à Atlanta au dernier jour de la conférence CROI.

Petit rappel : un homme porteur du virus du sida développe une leucémie. Il vit à Berlin et les médecins décident de lui faire une greffe de moelle osseuse. Chimiothérapie pour éliminer les cellules de sa propre moelle osseuse puis transfusion des cellules du donneur.
Et au décours de ce geste la surprise ! Plus de trace du virus VIH.
Ce mystère sera éclairci quelques mois plus tard : le donneur avait une mutation génétique qui modifie un récepteur situé sur ses globules blancs et ce récepteur appelé CCR5 est utilisé par la majorité des virus VIH pour entrer dans les cellules, s’y reproduire et les tuer. Si la porte d’entrée n’est pas conforme, le virus n’entre pas.

Depuis cette histoire de nombreux laboratoires essaient, grâce aux outils des biotechnologies, de fabriquer des globules blancs porteurs d’un CCR5 défectueux.
Le problème c’est que les injecter tels quels ne garantit pas qu’ils vont survivre longtemps dans l’organisme. La solution actuelle c’est la greffe de cellules. Et c’est lourd, très lourd et très risqué car on doit détruire tous les systèmes de défenses pour laisser la place nette.

LES BLANCS ATTAQUENT

Un consortium international dans lequel le Pr Marina Cavazzana, du CHU Necker à Paris, tient un rôle essentiel a donc décidé de mener des essais cliniques sur des patients VIH+ atteints de lymphome, un cancer assez fréquent chez les personnes séropositives et qui peut requérir une greffe de moelle osseuse.

Le but est théoriquement simple : on utilise des cellules souches hématopoïétiques, c’est-à-dire des cellules sanguines ‘à tout faire’, on les programme grâce à un virus qui va modifier leur fonctionnement et on les
Réinjecte pour qu’elles empêchent le virus VIH de nuire.

La stratégie retenue est multiple. On a, bien sûr commencé par reproduire le ‘miracle’ de Berlin, en modifiant le récepteur CCR5.
Mais il y a moyen de nuire au virus tout au long de son cycle, de son accrochage à la cellule à son entrée, sa multiplication et sa sortie.
Une des cibles visées est une protéine secrétée par le gène ‘vif’, un facteur de virulence. Cette protéine est une grande perverse ! Elle vient bloquer totalement une autre protéine, APOBEC3G présente depuis la nuit des temps dans nos cellules et qui est là pour tuer les virus comme le VIH.

Des globules blancs anti’ vif’ seraient donc des armes précieuses, comme tout ce qui pourrait bloquer l’intégration du programme de reproduction viral sur l’ADN de nos cellules.

Les cibles sont multiples et plusieurs équipes se préparent à mener des essais cliniques, certains même ont débuté avec des cellules CCR5 modifiées. Ce sont environ 3 millions de cellules par kilogramme de poids des patients qui sont ainsi injectées.

La question sans réponse pour l’instant est de savoir si on pourra se passer des traitements actuels par les médicaments antirétroviraux.

TUEURS NÉS

Dans le même ordre d’idée, mais avec une approche différente, on cherche à contrecarrer le virus dans ses effets délétères sur d’autres moyens naturels de défense de nos cellules aux noms étranges TRIM alpha, ou SAMDH1.
On cherche aussi à tuer un de ses alliées, une protéine qu’il a ‘retournée’ en sa faveur, LEDGF.
Une course aux armements est en route, les tubes à essais fourmillent de molécules en évaluation.
Mais on est encore loin de pouvoir passer à des évaluations thérapeutiques.

Et on ne sait toujours pas comment débusquer et détruire les virus qui se sont réfugiés dans des sanctuaires, des cellules cachées au creux de ganglions et qui n’attendent que le moment propice pour ressortir.

Ces réservoirs sont le gros problème qui bloque l’éradication souhaitée du virus VIH.
Un léger espoir vient d’un médicament anticancéreux, le vorinostat. Ce produit semble capable de réveiller les virus cachés et de les amener à s’exposer pour être bombardés par les  médicaments.
Mais ce n’est pas un traitement anodin, là non plus.

Mais petit à petit les choses avancent, les pistes se diversifient et la guerre s’intensifie.

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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3 réponses à VIH/SIDA CROI 2013 ; des globules blancs modifiés pour que le virus VIH voie rouge

  1. KhargThi dit :

    Ne mise t-on pas trop d’espoirs sur ces cellules souches ? Quel pourcentage puis je espérer pour reconstituer l’oreille et donc redonner l’audition ? J’ai refusé l’implant à cause des risques neurologiques et d’acouphènes qui sont déjà assez importants… Qu’en est il de ces recherches sur les cellules souches pour traiter la surdité ?

  2. jean-christophe MARIE dit :

    La guérison : voilà un principe religieux bien plus que médical , ne croyez-vous pas ? Un porteur de virus est-il un malade ou une personne contaminante ? Parfois ni l’un ni l’autre, et le virus est aujourd’hui la figure de l’impureté, hier raciale , aujourd’hui biologique, mais la réalité médicale de la pureté virale me laisse perplexe. Pour dire les choses, le mot virus a permis d’instrumentaliser les médecins pour faire valoir des théories assez fumeuses et des concepts politiques sécuritaires dangereux ou improductifs ( risque zéro etc….).

    Le nombre de patients guérissables comme celui de berlin est très faible, mais l’important n’est pas là : on guérit bel et bien du sida, et on vient ici de mettre un terme à la dimension myustique et religieuse du Mal associé au VIH, ce qui est bien plus important que tout le reste car on ne vaincra le sida qu’en banalisant rapidement le VIH maintenant qu’on sait parfaitement le contrôler. Le dépistage est non seulement la seule solution possible mais la solution libératrice car le dépistrage rendra la capote inutile,

    c’est un petit nombre de gens à haute sexualité qui sont les vecteurs d’un nombre important de contaminations. Or son sait parfaitement rendre ces gens non contaminants. On peut toujours agiter la responsabilité des gens qui refusent la capote, que dire des médecins qui savent que des gens parfaitement avertis et responsables refusent la capote, et ne les ont pas informés que les traitements rendaient non contaminants ?

    Le traitement donné simultanément à une infection a permis à 20% des personnes infectées d’avoir une charge virale indétectable sans traitement ultérieur..
    Si la médecine parvient à connaitre pourquoi cette réaction marche sur ces 20%, quand on a affaire à une personne qui refuse la capote, elle pourrait alors faire des analyses plus poussées pour se faire infecter dans un but préventif, carrément ! Etre Infecté immédiatement et immédiatement non contaminant avec peu de traitement à prendre , c’est le choix rationnel, sinon on finit par être contaminé sans savoir quand et on contamine : voilà très exactelent la situation face au barebacker homosexuel, ce séroNEGATIF provisoire qui ne mettra jamais de capote.
    Pour l’instant la réponse donnée à cette personne est : mettez une capote. Qui est l’imbécile ici : le patient ou le médecin ?
    L’autre axe de la prévention livrée aux idéologues est de considérer ses opposants comme des malades ou des irresponsables : les soviétiques ont inventé le goulag, mais nos médecins les ont bien suivi, non ?

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