VIH.SIDA CROI 2013 : L’inquiétante progression de la contamination homosexuelle à travers la planète.

La pandémie liée au virus VIH semble quelque peu marquer le pas dans le monde, sauf pour une catégorie bien précise : les homosexuels masculins. Le nombre de nouveaux cas ne cesse d’augmenter pour cette catégorie de la population sur tout le globe. Pour les spécialistes réunis dans le cadre de la conférence sur les rétrovirus d’Atlanta, la CROI, il y a urgence à agir.

Le constat est froid et brutal. Cela se passe en Thaïlande, pays où l’accès aux soins ne pose pas de souci majeur, où l’homosexualité n’est pas criminalisée, ni discriminée. Les scientifiques suivent un group de jeunes hommes homosexuels qui ne sont pas porteurs du virus VIH. Ils les observent ainsi de 2006 à 2012. Quand ils testent les membres de cette cohorte le verdict est implacable : en cinq ans la proportion cumulée d’hommes ayant contracté le virus est de 26 %

En présentant ces données ce matin à Atlanta, Chris Beyrer, de l’université Johns Hopkins de Baltimore, a souligné que l’épidémie qui touche les hommes ayant des rapports homosexuels (HSH ou MSM en anglais) ne connaît pas de frontières. Pays pauvres, émergents, pays riches, partout les HSH paient encore un lourd tribut à l’infection par le VIH.
Et, encore plus inquiétant, selon Beyrer, ce sont les plus jeunes de ces hommes, entre treize et vingt-quatre ans qui son majoritairement concernés.

Et comme si cela ne suffisait pas, ces contaminations s’accompagnent de coïnfections avec, notamment des cas de syphilis de plus en plus nombreux.

Comment expliquer cette recrudescence de cas alors qu’on a l’impression que les messages de prévention se sont multipliés avec le temps ?
Les raisons sont multiples. Il y a d’abord une explication ‘physiologique’ qui entre en jeu, c’est la ‘fragilité’ de la muqueuse rectale dont le revêtement est très différent de celui de la muqueuse vaginale et très richement vascularisé.

Les études épidémiologiques ont montré que lorsqu’un homme séropositif a un rapport sexuel, le risque de contaminer la ou le partenaire varie énormément.
En cas de rapport anal, quelque soit le sexe de la personne, le risque de transmission est dix-huit fois plus élevé qu’en cas de rapport par voie vaginale avec une femme.

Autre facteur de risque, les réseaux  que forment les HSH, des structures qui, avec le temps, n’ont cessé de grossir et qui entrainent une certaine multiplication des partenaires avec, parfois, transmission de virus porteurs de plusieurs mutations.

A côté de ces facteurs généraux, il y a bien entendu des situations propres à chaque pays. La discrimination, au mieux et, au pire, la criminalisation de l’homosexualité dans certaines régions du monde, tout particulièrement l’Afrique et le Moyen-Orient,  font que de jeunes hommes n’iront pas chercher les conseils et les moyens de prévention nécessaires pour éviter la contamination, pas plus qu’ils n’auront accès aux moyens de diagnostic et de traitement.

Paradoxalement, les facteurs énumérés ci-dessus concernent aussi les jeunes gays américains de la communauté noire, la plus touchée aux Etats- Unis. Ce sont eux qui sont diagnostiqués le plus tardivement et qui ont, pour des raisons économiques, les plus grandes difficultés à accéder aux soins.

Comment freiner la tendance et espérer un jour prochain l’inverser ? Toutes les études montrent qu’il faut s’adresser aux groupes et non aux individus, susciter des changements de comportement au sein des réseaux ;
Rappeler les évidences, comme le rôle essentiel du préservatif, en n’oubliant pas au passage qu’il faut que ces capotes soient compatibles avec des lubrifiants.
Fournir des préservatifs en quantité suffisante de par le monde ne coûterait pas très cher, estime Chris Beyrer, environ90 millions d’euros.

Il faut aussi favoriser l’accès aux soins, aux centres de diagnostic, aux traitements.

Il est nécessaire de continuer à évaluer ce qu’on appelle le TasP ou ‘treatment as prevention’, le traitement comme prévention.

PRÉVENIR FAUTE DE GUÉRIR

Plusieurs essais sont en cours ou terminés à travers le monde dans les communautés homosexuelles. Le principe est d’utiliser quotidiennement à titre prophylactique, un médicament, le Truvada, pour réduire le risque de contamination.

Les premiers résultats obtenus notamment à San Francisco montraient une diminution globale du risque de contamination de 41 %. Un résultat qui est loin d’être satisfaisant. Cette réponse modérée s’explique par la mauvaise compliance au ‘traitement’, le nombre d’utilisateurs respectant le prise quotidienne étant très faible. Dans les analyses des sous-groupes plus observants, les taux de protection montaient à 90 %, voire plus.

L’Agence américaine du médicament, la FDA, a d’ailleurs autorisé l’utilisation du Truvada en prévention de l’infection. En France, un essai baptisé Ipergay est en cours.

L’enjeu est de taille car il est à la fois médical, scientifique mais aussi politique, culturel et sociologique. Il relève aussi de l’application à tout un chacun de la protection que confère la Déclaration Universelle des Droits Humains, une notion que certains régimes ont du mal à intégrer.

Le vaccin préventif contre le virus VIH n’est ni pour demain, ni pour après- demain. Aussi efficaces soient-ils, les antirétroviraux ne guérissent pas l’infection par le virus du sida.

Seule la prévention a un effet indiscutable, et elle doit être conduite intelligemment en  s’adressant aux premiers intéressés . A charge à ces derniers de comprendre quels sont les enjeux et à savoir adapter leurs comportements.

Source :
Chris Beyrer
The global MSM HIV epidemic : Time to act
Abstract 71 et webcast accessibles sur le site de la CROI

Le site d’information sur l’essai Ipergay

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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2 réponses à VIH.SIDA CROI 2013 : L’inquiétante progression de la contamination homosexuelle à travers la planète.

  1. Loic dit :

    Bonjour,

    Attention à ne pas confondre TasP et PreP !

    – IPrEx ou Ipergay visent à évaluer l’efficacité de la PreP = prophylaxie pré-exposition, c’est à dire un traitement pris par une personne VIH- pour améliorer sa propre protection face au risque d’une contamination. (sorte de traitement d’urgence anticipé)

    – Le TasP, que vous évoquez dans votre billet, désigne un effet bien particulier des antirétroviraux (ART). C’est cette fois-ci une personne VIH+ qui est traitée par ART. En plus du bénéfice personnel recherché, le traitement peut être utilisé comme un moyen de prévention de la transmission du virus (la baisse de la charge virale provoquée par l’ART fait chuter la « contagiosité »).

    Merci par ailleurs pour tous vos articles, et particulièrement celui-ci qui nous rappelle combien le ciblage des messages détermine l’efficacité de la prévention !

    Cordialement,

    Loïc (Caen).

  2. Ping : VIH.SIDA L’inquiétante progression de la contamination homosexuelle à travers la plan ète. #docteurjd | Projet du Pôle de Santé Pluri-Professionnel de Deauville – Début des travaux: mi-décembre 2012 livraisons: 1 trimestre 2014

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