VIH/SIDA CROI 2013 : le premier cas d’une ‘guérison’ d’un enfant traité à la naissance

Un enfant de deux ans et demi, contaminé à la naissance par le virus du sida n’en porte, aujourd’hui, plus aucune trace. Une histoire incroyable, unique au monde, mais qui demande de la prudence avant de prononcer le mot ‘guérison’.

C’est une première dans l’histoire des infections périnatales par le VIH, ce que, dans le jargon, les médecins appellent une ‘histoire de chasse’ : une fillette de deux ans et demi, née porteuse du virus du sida contracté dans le ventre de sa mère, n’a plus aucune trace détectable de ce virus dans son organisme.

Tous les tests effectués à la naissance avaient montré que cette enfant était bien infectée et qu’il ne s’agissait pas d’anticorps générés en réponse de l’infection maternelle. Elle a reçu un traitement de trois molécules dès sa trentième heure de vie.
Au bout de vingt jours, les examens ne décelaient pas de traces de virus dans le sang, ce qu’on appelle une charge virale négative.
La répétition des examens à seize reprises donnait les mêmes résultats.

Les médecins ont perdu la trace de la fillette pendant de long mois et l’ont revue seulement à l’âge de vingt-trois mois. Ils ont appris à cette occasion qu’elle ne prenait plus de traitement depuis l’âge de dix-huit mois.

Malgré cet arrêt, les examens restaient négatifs, toujours pas de charge virale détectable dans le sang.

Dix mois plus tard, toujours sans traitement, aucune raison d’imaginer une reprise de l’infection. Les médecins ont cultivé vingt-deux millions de cellules de cette fillette à la recherche de virus dormants. En vain.

‘Nous parlons de guérison ‘ fonctionnelle’ parce que nous ne sommes pas certains d’avoir complètement débarrassé cette fillette du virus’ avance, prudemment Deborah Persaud, de l’Université Johns Hopkins, de Baltimore. Il est possible, selon la chercheuse, que le fait d’avoir précocement et intensivement traité l’enfant n’ait pas laissé le temps au virus d’aller se cacher dans ce qu’on appelle les ‘réservoirs’. Ces réservoirs sont des cellules immunitaires  dans lesquelles le virus à l’état latent attend le moment propice pour se réveiller. On ne sait pas encore comment déloger ces virus des réservoirs même si certains essais avec notamment un médicament anticancéreux, le vorinostat, semblent intéressants.

Le Dr Persaud souhaite maintenant mener des essais cliniques pour voir, sur un nombre suffisant d’enfants, si le fait de traiter massivement ces bébés contaminés dans les premières heures de la vie, permet de répéter le résultat obtenu sur cette fillette.

Ce premier cas pédiatrique rejoint dans l’histoire du virus du sida le cas de cet adulte allemand, séropositif et qui avait reçu une greffe de moelle osseuse. Le donneur avait des globules blancs porteurs d’une anomalie qui avait pour effet de bloquer la porte d’entrée au virus du sida. Le patient allemand s’est donc trouvé ‘guéri’ depuis plusieurs années de son infection.

Ce cas a conduit de nombreuses équipes de recherche à essayer de produire des globules blancs ‘défectueux’ et à les administrer à des patients séropositifs dans l’espoir d’obtenir le même effet, sans vrai résultat pour l’instant.

 

Source :
D. Persaud et al
Functional HIV cure after very early ART of an infected infant
Abstract 48LB CROI conference

À propos de docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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18 réponses à VIH/SIDA CROI 2013 : le premier cas d’une ‘guérison’ d’un enfant traité à la naissance

  1. Ping : Sida : le « petite fille guérie » ne l’était pas. L’espoir ne luit pas | Journalisme et Santé Publique

  2. P1 dit :

    Bonjour, je suis étudiante en première année de médecine et je suis curieuse et très intéressée par cette maladie.
    Ma question risque de vous paraître très bête mais je voudrais savoir si les équipes de chercheurs savent pourquoi est ce que la greffe de moelle osseuse du patient allemand a permis de « guérir » ? Si les tentatives de reproduction ne sont pas concluantes est ce pour des questions physiologiques (du patient ou du donneur) que l’on ne parvient pas à reproduire ou d’autres raisons que l’ont ne parvient pas encore à expliquer ?

    Je ne suis surement pas très claire dans ma question, mais j’aimerai savoir si ils savent pourquoi est ce que cet homme est parvenu a « guérir » alors que l’on ne peut pas reproduire ce résultat dans les memes conditions.

    Merci,
    Bonne soirée

    • docteurjd dit :

      Le hasard a voulu que le donneur de moelle soit porteur d’une mutation touchant le recepteur CCR5, porte d’entrée majoritaire des virus Vih dans les cellules. Cette mutation rend la cellule ‘impermeable’ au virus. Mais cette mutation n’est pas fréquente , on essaie donc de la reproduire en modifiant des lymphocytes. Cela suppose ensuite de mettre les personnes en aplasie et de faire une greffe de moelle. C’est très lourd et très risqué et on n’a toujours pas les ‘bons’ lymphocytes.

      • P1 dit :

        On essaie donc de reproduire « artificiellement » cette mutation naturelle que portait le donneur ?!

        Je comprends mieux les difficultés de ces recherches et de ce traitement.
        Merci beaucoup de votre réponse

  3. BIBARD dit :

    Bonjour,

    en France TOUS les enfants naissant d’une femme séropositive qui en général est traitée durant sa grossesse, ont des anticorps du VIH du fait du sang de leur mère durant 3 mois, donc les tests pendant ces semaines sont positifs au VIH.

    donc j’aimerais savoir comment cette équipe américaine était certaine que cette jeune enfant allait forcément être contaminée, et quel examen peut permettre de savoir si le virus s’installera à coup sur chez un bébé ?.

    Cher Jean Daniel, je voulais savoir en tant que malade du sida depuis 1994, si des stratégies d’éradication ont été évoquées à la CROI,
    de plus j’attend les nouvelles molécules car en échappement thérapeutique, et comme depuis 4 ans il n’y a pas eu de nouveaux médicaments en AMM en France, je commence à ne plus avoir de solution, je prend déjà 25 comprimés par jour pour être difficilement indétectable.

    un séropositif du Pays des Olonnes impliqué dans Sidaction (les 5, 6 et 7 avril prochain, pensez à nous…)

    à bientôt

    JP

    • docteurjd dit :

      Imaginez-vous une seconde que dans le plus important congrès sur le sida des chercheurs puissent oublier ce point ? Ils ont utilisé des techniques d’analyse ultrasophistiquées ne permettant aucun doute.
      Plusieurs sessions sur l’eradication et les nouveaux ARV se tiennent ici

      • BIBARD dit :

        Bonjour,

        excusez moi mais votre réponse en creux me parait très peu satisfaisante.

        la transmission materno foetale du VIH n’a jamais été plus importante que 50% ou 60 % des enfants nés même à l’Époque où les traitements n’existaient pas vraiment,

        Dans les années 95 elle était dans nos pays d’environ 15 à 25%.

        aussi je ne vois pas quel examen peut permettre de dire que cette enfant aurait été à coup sur vraiment contaminée par le VIH

        si tel n’etait pas le cas , cette information n’aurait strictement aucun intérêt puisque heureusement cette petite fille n’aurait jamais été contaminée et qu’elle a subit un traitement de 18 mois uniquement par précaution et elle a bien eu de la chance de bien réagir à cette médication.

        comme dans chaque conférence on essaye de faire du sensationnalisme pour justement des médias, j’aurais préféré une réponse plus réelle.

        merci de compléter votre réponse et de poser la question aux chercheurs de cette étude si possible

        très cordialement

        JP

        • docteurjd dit :

          Bon nous allons donc dire qu’une equipe mondialement connue comme celle de Johns Hopkins en sait moins que vous, qu’elle a bidonné ses resultats et que les milliers de personnes présentes n’y ont vu que du feu.
          Quel dommage que vous n’ayez pu être lâ pour les planter en public.

        • docteurjd dit :

          Oups ! Vous avez raison. Ecrire tard le soir brouille l’esprit . Je vais rectifier, merci

        • docteurjd dit :

          En résumé l’équipe de Johns Hopkins de renommée mondiale ne sait donc pas travailler ou bidonne ? Les milliers de specialistes présents sont aveugles et des ânes bâtés ? OK
          Quel dommage que vous n’ayez pu venir leur montrer comment bosser

  4. Dom dit :

    Dr, ne pensez vous pas que le Sida se traiterait de nos jours comme toute autre maladie si les grandes puissances en decidaient? pourquoi les media et orgonismes restent alergiques a chaque fois que des indiscretions evoquent une probable guerison du sida? pourquoi veulent ils tjrs que le traitement du sida deumeure un sujet tabout? Ce acharnement a toujours aneantir tout espoire naissant laisse un doute quant a ce qui concerne le « Myth » du traitement du VIH. J’aimerais bien y croire a cette ‘impossibilite car je respecte votre opinion a ce sujet vue votre vocation professionelle dans la lutte contre le VIH .
    Merci Dr,
    Dominique

    • docteurjd dit :

      Je ne saisis pas très bien ce que vous voulez dire. De qui serait-il l’intérêt de laisser une telle epidémie continuer.

      • jcm dit :

        Moi j’ai très bien compris ce que l’internaute veut dire, et c’est votre réponse que je trouve curieuse.

        Sur les bases actuelles, faut-il banaliser le sida pour que les gens aille au dépistage ou faut-il continuer à effrayer les gens pour qu’ils mettent un préservatif, quitte à sacrifier l’intéret des malades ostracisés et la sexualité des biens portants.

        Le choix essentiel est là : banalisation/dépistage ou peur/capote. Ce qu’on apelle prévention combinée est en réalité l’absence de choix dans cette alternative.

        Nul doute que la peur obtiendra des résultats inférieurs, et je crois que vous êtes dans le mauvais camp.

  5. tranber dit :

    je voudrais comprendre, j’ai appris ma seropositivité en fevrier 1985, j’ai donné naissance a ma fille en mars 1992. elle est née avec le virus du sida ainsi que l’hepatite b.elle a ete suivi une fois par an jusqu’a ses 3 ans et tres bonne nouvelle a partir de cet age, on a pu nous confirmer qu’elle avait tout eliminé, conclusion ma fille est seronegative.
    quand a moi, j’ai commencé un traitement depuis le 01 janvier 2012, je suis sous tritherapie: norvir, truvada et reyataz en une seule fois.
    rassurez moi le cas de cette jeune fille est different du notre.

  6. EV dit :

    Ma fille a été contaminée il y a 9 ans. Il y a 4 ans on lui a conseillé de commencer un traitement car ces cd4 étaient descendus à 350. Elle ne l’a pas fait et n’a plus fait d’analyse jusqu’au mois dernier. Ces cd4 sont toujours pareils. Sa charge virale est toujours faible. Alors quand vous dites (à l’antenne) que 6 mois sans traitements et c’est la catastrophe, je m’inquiète.

    • docteurjd dit :

      Les cas pédiatriques sont un peu particuliers et ce que j’ai dit ne ci=oncerne pas votre fille.
      Je ne donne aucun avis ou conseil sur ce blog et je pense que ce serait bien qu’elle fasse un point avec le médecin de famille qui la suit

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