Dormir trop peu ça gêne les gènes

Le manque de sommeil n’agit pas que sur notre humeur. Il perturbe aussi sérieusement le fonctionnement des gènes qui commandent de nombreuses fonctions de notre organisme. Des perturbations qui permettent de mieux comprendre les effets délétères de la privation de sommeil. C’est ce que révèle une étude britannique publiée aujourd’hui dans la revue américaine PNAS.

En cette période de pleine lune, nombreux sont celles et ceux, votre serviteur inclus, qui dorment plutôt mal, sans être pour autant des loups garous. Ces troubles du sommeil, s’ils sont passagers, ont peu de conséquences. Mais il n’en est pas de même quand les personnes dorment mal de façon habituelle, c’est-à-dire trop peu et que le rythme circadien,  l’alternance des périodes de veille et de repos, est lui aussi perturbé.

Un sommeil de mauvaise qualité est associé à diverses ^pathologies comme l’obésité ou des maladies cardiovasculaires. On sait aussi qu’au cours du diabète de type 2 le sommeil est altéré car les phases habituelles ne sont plus respectées (voir la référence en fin d’article).

Pour tenter de comprendre ces retentissements sur la santé les chercheurs britanniques ont enrôlé vingt-six volontaires. Pendant une semaine, on ne les a pas laissé dormir leur soûl, leurs nuits ne dépassant pas 5,7 heures.
Puis, pendant une semaine, ce fut tout le contraire puisque les 26 volontaires ont dormi 8,5h.

A la fin de chacune des deux périodes, on a fait dix prélèvements afin d’analyser, sur sang total, l’ARN présent dans les cellules sanguines.

L’analyse de cet ARN, ce qu’on nomme également le transcriptome, a montré que pas moins de 711 gènes avaient vu leur activité augmentée ou diminuée au cours de la période de sommeil réduit.
Et le nombre de gènes impliqué dans les fonctions de régulation du rythme circadien ont également souffert de ces périodes de ‘mauvais’ sommeil puisque on a constaté que 1481 gènes s’exprimaient en cette période contre 1855 normalement.

Mais la privation de sommeil a ‘réveillé’ d’autres gènes, 856 au total, impliqués dans divers mécanismes.

Quand on regarde donc le résultat de ces analyses répétées après privation de sommeil, on voit que les gènes modifiés par cette mauvaise qualité de sommeil sont impliqués dans des phénomènes de stress oxydatif, à la réponse aux inflammations et au stress, au remodelage de la chromatine, cette substance qui porte l’ADN.

L’ampleur des mécanismes de sur ou sous-régulation est assez inattendue et l’impact se concentre sur des phénomènes d’agression cellulaire avec atteinte des systèmes de réparation de l’ADN.

Le retentissement physique de ces modifications d’expression génique prend diverses formes, nous l’avons dit. Le manque de sommeil majore les phénomènes inflammatoires par une production augmentée de certains facteurs, comme l’interleukine-6 ou le TNF-α.
On sait que ces phénomènes inflammatoires sont à l’origine de l’apparition de lésions sur les artères, lésions qui vont être accentuées par des mécanismes immunologiques.

Le manque de sommeil est donc associé à l’apparition ou à l’aggravation de maladies cardiovasculaires par ce genre de mécanisme. Et d’autres phénomènes métaboliques sont très certainement engendrés par ce sommeil imparfait.

La qualité et la quantité de sommeil sont donc des éléments qui méritent d’être pris en compte dans un contexte général de prévention des maladies cardiovasculaires, mais aussi de l’obésité et de quelques pathologies métaboliques. comme on le fait déjà pour les apnées du sommeil.
Référence de l’étude :

Carla S. Möller-Levet et al.
Effects of insufficient sleep on circadian rhythmicity and expression amplitude of the human blood transcriptome
Accessible en ligne dès le 25/02/2013 à 21h 

 Lire l’article consacré à l’association diabète de type 2- mauvais sommeil

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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