Surpoids et mortalité réduite : peu de réponses et beaucoup d’interrogations

Peser un peu plus que le poids ‘idéal’ serait une façon de vivre plus vieux selon les résultats d’une compilation d’études publiée dans le JAMA. Une information à prendre avec  certaines précautions.

Katherine Flegal est une récidiviste. Cette chercheuse du Centre de contrôle des maladies d’Atlanta aux Etats-Unis, le célèbre CDC, avait déjà secoué le monde médical en 2005 et 2007 en conduisant des études montrant que le surpoids, mais pas l’obésité, était associé avec une légère diminution du risque de mortalité par rapport à la catégorie de poids considérée comme ‘idéale’

Pour cela elle utilisait un critère bien connu : l’indice de masse corporelle. Cet indice se calcule par l’opération suivante : le poids en kg divisé parle carré de la taille en mètres : P (kg)/ T(m) ². Par exemple un homme de 80 kg et qui mesure 1,75m aura un IMC de : 80/(1,75)² = 26,12
Il existe diverses catégories définies par les valeurs d’IMC. Le surpoids est défini par une IMC comprise entre 25 et 29,9.Cette fois la chercheuses américaine et ses collègues ont repris, dans le cadre d’une  méta-analyse, 97 études publiées de part le monde et qui se sont penchées sur la mortalité toutes causes en fonction de l’IMC.
Et cette compilation apporte de l’eau au moulin de Flegal, puisqu’il ressort de ce travail que si l’obésité sévère est associée à une surmortalité, le fait d’être en surpoids, et seulement en surpoids, ferait que les personnes concernées vivraient 6 % plus longtemps que celles ayant un poids dans la catégorie dite du poids ‘idéal’ avec un IMC compris entre 18,5 et 24,9.

Comment expliquer, ou tenter d’expliquer ces résultats ? On avance l’hypothèse que le léger excès de graisse pourrait jouer un rôle important lors de phases aigües de maladies, constituant ainsi des réserves que l’organisme peut utiliser sans que ce soit au détriment de tissus plus nobles, comme les muscles par exemple.
Il en serait de même dans la réparation de traumatismes importants. Ces graisses pourraient aussi servir de base à certaines synthèses hormonales ayant un rôle protecteur sur le système cardiovasculaire.

Ce dont on est, en revanche, plus certain c’est que les patients en surpoids sont mieux suivis depuis plusieurs années, notamment en ce qui concerne les facteurs de risque cardiovasculaire, l’hypertension artérielle, le diabète de type 2. On assiste à une réduction de la mortalité cardiovasculaire dans la population en surpoids et obèse.
L’étude de Flegal est loin de faire l’unanimité. Il faut dire que la mesure de l’IMC n’est qu’un élément dans la prise en charge du surpoids. La répartition des graisses est aussi importante. La localisation abdominale est un facteur négatif, c’est pour cela que le tour de taille est aussi une mesure qui compte.
D’autre part, il y a une différence entre taille mesurée et taille rapportée par les personnes interrogées. On a tendance à se voir plus grande/grand.
Enfin, comparer l’IMC du surpoids avec celui de la catégorie ‘normale’ n’est pas forcément toujours pertinent. Ce n’est pas parce qu’on est mince, voire un peu maigre, qu’on est en bonne santé.
On peut être ainsi parce qu’on est atteint d’une pathologie chronique qui peut retentir sur la durée de vie. C’est un peu le même problème qu’avec les personnes qui ne consomment pas d’alcool.
Ne pas boire d’alcool n’est pas un gage formel de bonne santé.
 L’abstinence peut  être un choix mais aussi une obligation en raison d’une pathologie existante et qui interdit la prise d’alcool.

L’étude américaine reste donc difficile à interpréter et en tirer des enseignements n’est pas simple.
Elle indique qu’il n’est peut être pas obligatoire d’être très agressif avec des personnes en léger surpoids, alors qu’il est fondé de l’être en cas d’obésité.
Elle montre que la seule mesure de l’IMC n’est sûrement pas suffisante pour définir aujourd’hui les risques dans certains groupes comme le surpoids et l’obésité de stade 1, avec IMC de 30-34,9.

Epidémiologistes et spécialistes de la nutrition ont donc encore pas mal de pain sur la planche.

 

Référence de l’étude :
Katherine M Flegal et al.
Association of All-Cause Mortality With Overweight and Obesity Using Standard Body Mass Index Categories
A Systematic Review and Meta-analysis
JAMA, January 2, 2013—Vol 309, No. 1 :71-82

Lire aussi les 2 études précédentes de la meme équipe publiées en 2005    et en 2007 

À propos de docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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21 réponses à Surpoids et mortalité réduite : peu de réponses et beaucoup d’interrogations

  1. Hervé dit :

    Bonjour Docteur
    Je suis confronté à un « drôle » de dilemne.
    Je suis obèse,115 kg pour 1,85m,(soit 30 kilos de trop au bas mot….)mais après avoir consulté en vue d’une intervention chirurgicale que j’aurai désiré,parcequ’à 50 ans les régimes ne fontionnent plus et que « j’engraisse » sans répit,je me suis vu répondre que je n’étais pas assez gros!
    J’ai répondu « bêtement » que je reviendrai quand j’aurai 25 ou 30 kilos de plus,avec les complications cardiaques,sanguines,articulaires et toutes les autres qui iront de pair,toutes choses dont je suis heureusement toujours indemne……mais jusqu’à quand?
    Doit-on atteindre un point de non retour pour faire quelque chose?
    Je suis perdu….
    Merci à vous.

    • docteurjd dit :

      Je ne donne aucun avis personnel sur ce blog. Mais vous pouvez demander à votre médecin de vous orienter vers un service spécialisé dans les troubles du métabolisme

  2. Yann dit :

    En effet, les résultats de cette analyse sont vraiment à prendre avec des pincettes. Car, comme vous le dites, les personnes en léger surpoids sont mieux suivies médicalement parlant que les personnes minces. D’où, sans doute une diminution des risques cardio-vasculaire pour cette catégorie de la population ce qui conduit à une baisse de le mortalité des personnes en surpoids « légers ». Où est la cause et où est la conséquence ?

  3. Chirurgie myopie presbytie dit :

    D’une manière plus générale, ont peut s’interroger sur la méthodologie des études faites en matière de nutrition, a fortiori lorsqu’elles aboutissent à des conclusions un peu étonnantes?

  4. nfkb dit :

    Bonjour,

    il y a des travaux qui mettent bien en question la problématique de la mesure de l’IMC pouvant être un raccourci trop rapide de l’état de santé.

    Par exemple cet article de PLOS a eu un certains succès http://www.plosone.org/article/info%3Adoi%2F10.1371%2Fjournal.pone.0033308

    A l’inverse, chez les maigres il y a aussi une opposition chez les maigres à causes de pathologies sévères et les « ascètes »

  5. Bruno dit :

    Bonjour Docteur.
    J’ai apprécié votre commentaire au journal de 13 h.
    Un petit mot au sujet de l’IMC… Elle est peut être indicative mais aucun cas fiable… J’en fais régulièrement la triste expérience.
    J’ai l’air d’un rugbyman sans pratiquer le sport. Et effectivement, selon l’IMC, je suis en obésité de stade 1.
    Personnellement, ça ne me gêne pas et je n’en souffre pas.
    C’est plus les médecins et le personnel médical que ça semble déranger car en me regardant, ils n’émettent aucune critique et sitôt qu’ils connaissent mon poids, ils deviennent (presque) hystérique ! (Je ne fais pas mon poids..)
    Tout ça pour dire que c’est en fonction des individus et que faire des généralités à cause de l’IMC est, à mon avis, une grave erreur…
    Cordialement
    Bruno

    • Romuald dit :

      Bonjour,

      Je souscris totalement à ce commentaire concernant l’IMC : je vis d’ailleurs à peu près la même chose que Bruno même si j’ai effectivement des kilos à perdre( actuellement, obésité de stade 2, mais avec un poids « de forme » en obésité de stade 1).
      L’IMC ne tient pas compte des caractéristiques individuelles : morphologie, squelette, antécédents familiaux, etc. Résumer le surpoids et l’obésité à une simple formule mathématique me paraît relever de la facilité occultant souvent les vrais problèmes et surtout les solutions.
      D’autant plus que, bien souvent, cela fait des années que l’on fait des efforts pour perdre du poids, que l’on souffre de ne pas y arriver en respectant pourtant les régimes diététiques qui nous sont prodigués, et à chaque nouveau médecin ou spécialiste, on a droit à la sempiternelle sentence autour de notre poids, comme si on les avait attendu pour prendre notre problème « à bras le corps », comme si nous n’avions pas de passé médical.
      L’IMC est devenu un dogme parfois accompagné même d’inquisition : « vous avez tel ou tel problème, mais puisque vous êtes obèse, on ne peut rien pour vous et finalement, c’est de votre faute ». Le Saint Indice de Masse Corporel permet de se voiler la face et de ne pas régler le problème du patient qui doit repartir avec son problème non-résolu et une dose supplémentaire de désarroi.
      Cordialement,
      Romuald

  6. Nous n’avons pas de preuves solides du fait qu’un léger surpoids favorise la santé.

    Nous n’avons aucune preuve non plus :
    – Que faire un régime permet de maigrir durablement.
    – Que faire maigrir un gros améliore sa santé durablement.
    – Que culpabiliser les gros les aide et les fait aller mieux.

    Donc, en suivant le principe général de la médecine « primum non nocere », l’attitude idéale des médecins vis-à-vis des personnes en surpoids et en bonne santé devrait être de fermer leur gueule 🙂

    C’est un peu ce que dit JDF, en des termes plus délicats que les miens.

    • Agus dit :

      Merci Dominique pour ton message.Je suis enroce loin de faire des vide9os de bonne qualite9 mais e7a m’amuse beaucoup en tout cas. En fait, je ne me pe8se pas qu’une fois par mois. Je me pe8se pour faire la vide9o, j’ai la pese9e officielle chez mon me9decin nutritionniste et je me pe8se enroce deux ou trois fois dans le mois. Cela dit, rien de re9gulier, sinon, cela me prend la teate et me stresse. Merci pour tes fe9licitations.

  7. caillard dit :

    J’ai bien écouté, je parle bien de surpoids. Sans entrer dans la pathologie liée à l’obésité, un simple surpoids IMC 25-29.9 peut être associé à une baisse de qualité de vie, dont les causes (société normative, culte du corps, de la performance, de la séduction) sont bien évidemment critiquables, autre débat.
    Ce n’est pas contre vous que je m’énerve, mais contre le gros titre présenté au 13h, encore une fois très accrocheur (audimat oblige), que les gens qui ne sont pas curieux risquent de retenir, et dont- vous avez raison de le souligner intuitivement dans votre titre « peu de réponse et beaucoup d’interrogations »- on se demande quelle est la pertinence clinique et l’impact sur le comportement alimentaire des gens! Cordialement

  8. caillard dit :

    Bonjour, à l’heure où le débat sur la fin de vie souligne qu’une certaine qualité de vie peut parfois prévaloir sur la « quantité », il est étonnant que les journalistes délivrent un message aussi brut -mais on a l’habitude- sans jamais évoquer le fait qu’un surpoids peut engendrer une baisse de bien être (trouble du sommeil, tolérance à l’effort moindre, consommation médicales accrue, augmentation des primes d’assurance, image de soi, difficulté à obtenir certains emplois…). Etre gros pour vivre plus longtemps? Et pour vivre mieux, quelle est la dernière étude à la mode?

    • docteurjd dit :

      C’est dommage de s’énerver sans écouter ce qui a été dit. IL ne s’agit pas d’obésité mais de surpoids, ce qui n’est pas la même chose.

      • bleu horizon dit :

        Cette étude rejoint la notion de surpoids chez les personnes agées qui semble un facteur protecteur. Je n’ai pas encore regarder l’étude en détail mais je pense qu’il faudrait stratifier en sous groupe avec par exemple un sous-groupe avec une hausse du LDL et ou baisse du HDL cholesterol ( les resultats pourraient être inversé ) ou bien encore un sous groupe avec un regime méditerranéen . Au delà , nous savons que le poids ne reflète (donc l’IMC) pas la masse grasse, ni la masse maigre. Une stratification dans ce sens ne serait pas inutile à mon sens .

  9. Monique dit :

    Très très choquée par votre interwiev de ce JT sur la 2 !! malgrés votre allusion a votre poids. Moi même avec un léger surpoid je souffre beaucoup… car à 75 ans tout devient difficile passé 70 kilos.
    Comment avez-vous pu ??

  10. OulebsiR dit :

    Bjr,
    Je viens de vous voir sur le Jt de 13h de France2. Les qq kgs en plus dont vous parler, est-c pour une femme par rapport a l’IMC de 25?
    Cordialement,
    Linda

  11. Nairouz Ghattassi dit :

    Je suis Tunisienne , j’ai une fille de 9 ans qui fait 1.41 m et qui pèse 47 kg . Elle fait du sport , elle est trés active , ce qui m’inquiète beaucoup c’est qu’elle a beaucoup de ventre . elle mange bien , elle adore les chocolats et tous genre de sucreries
    Est ce que vous pouvez m’aider à lui reduire son poids

    Merci

    • docteurjd dit :

      Comme il est bien précisé sur la page du blog je ne donne aucun conseil médical et je ne recommande aucun médicament.

      Ce blog est un site d’information uniquement. Mais rien ne vous interdit d’en parler avec votre médecin traitant ou le spécialiste qui vous suit ! Ces praticiens connaissent votre dossier et vous répondront utilement et plus efficacement que moi qui ne sait rien de vous.

      J’espère que vous voudrez bien me comprendre et je vous remercie de l’intérêt et de la fidélité que vous portez à ce blog.

      Jean-Daniel Flaysakier

  12. massiva dit :

    Bonjour,

    je fais 1m68 et je pèse 70 k , je suppose que je suis en surpoids

    combien je dois perdre?

    Merci

    • docteurjd dit :

      Je n’en sais rien .Comme il est bien précisé sur la page du blog je ne donne aucun conseil médical et je ne recommande aucun médicament.

      Ce blog est un site d’information uniquement. Mais rien ne vous interdit d’en parler avec votre médecin traitant ou le spécialiste qui vous suit ! Ces praticiens connaissent votre dossier et vous répondront utilement et plus efficacement que moi qui ne sait rien de vous.

      J’espère que vous voudrez bien me comprendre et je vous remercie de l’intérêt et de la fidélité que vous portez à ce blog.

      Jean-Daniel Flaysakier

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