La revue Prescrire et le risque de la surmédiatisation.

La revue ‘Prescrire’ publie une mise au point , une correction même,  concernant la place de la kinésithérapie dans la prise en charge de la bronchiolite. Après un texte très court et des déclarations médiatiques hâtives, la revue doit aujourd’hui rectifier le tir. Puisse t-elle en tirer les leçons.

Le 1er décembre dernier, un court communiqué de Prescrire semait un certain émoi. La revue  présentait les conclusions d’une analyse publiée le 15 août dernier et qui concernait la place de la kinésithérapie dans la bronchiolite de l’enfant entre 2 et 24 mois.

C’était non pas une étude originale mais ce qu’on appelle une analyse Cochrane. On regroupe un certain nombre d’études déjà connues, de tailles diverses, selon des critères bien définis et on analyse le tout comme s’il s’agissait d’une seule étude.

Au vu de ce travail, il ressortait que la kinésithérapie respiratoire ne changeait rien à la durée de l’affection et qu’elle n’avait pas de vertus intéressantes. On y relevait même le risque rare d’une probabilité de fracture de côtes dans un cas pour mille.

La revue Prescrire a alors sorti un bref communiqué de presse qui déclarait que la kinésithérapie n’avait pas sa place dans la prise en charge de la bronchiolite. L’un de ses dirigeants allait même jusqu’à mettre en garde les parents contre le risque de fracture de côte en cas d’appel à un kinésithérapeute à domicile.

On imagine l’émoi des parents et encore plus celui des masseurs-kinésithérapeutes dont une organisation professionnelle a décidé de poursuivre Prescrire.

Nous n’avons pas traité ce sujet dans le cadre du JT de France 2 pour une raison simple.
En lisant de façon exhaustive les 35 pages de l’analyse Cochrane nous avons constaté que les études incluses dans le document et la principale notamment, ne concernaient que des enfants hospitalisés et en aucun cas des enfants traités dans le contexte de soins ambulatoires en ville.

Information qui nous a été confirmée par deux des auteurs de cette étude qui, à elle seule, représentait plus de 50 % des effectifs.
Un autre point semblait également problématique : les méthodes de kinésithérapie différaient selon l’origine du pays des études.

Trois semaines après avoir crée une vive émotion et alors que la saison des bronchiolites bat son plein, emplissant et faisant déborder les services d’urgence pédiatrique, la revue Prescrire publie un texte afin de ‘clarifier’ sa prise de position initiale.

Comme on le lira plus bas, la revue constate que l’analyse Cochrane est strictement hospitalière et ne permet donc pas de tirer des conclusions définitives en ce qui concerne la place de la kinésithérapie dans le cadre des prises en charge en ville.

Cette lecture initiale un peu trop rapide de la part de la revue et les déclarations tonitruantes de son directeur sur le risque de fractures de cotes devrait être un signe d’alerte pour cette équipe.

Que l’on ne s’y méprenne pas : je n’ai pas de leçon à donner aux membres de l’association qui gère ce journal. Je ne suis pas le M. propre de l’information médicale, ni un mètre-étalon et je suis sans doute plus proche de Sancho Pansa que de Don Quichotte.

Mais je suis un vieux lecteur de Prescrire dont je fus même, selon une terminologie crypto-coco, un compagnon de route.

Alors que nombre de membres des médias ont découvert la revue ‘Prescrire’ en 2009 avec le Médiator, j’ai, comme quelques vieux journalistes santé, eu la chance de connaitre celles et ceux qui, dans les années 80 ont porté à bout de bras cet OVNI de la presse destinée aux médecins.

Dans un monde professionnel où pratiquement aucun médecin ne paie d’abonnement aux nombreuses revues qu’il reçoit, Prescrire a été la seule à ne recevoir aucun subside de l’industrie pharmaceutique et à ne vivre que de ses abonnés.

Quand je présentais la rubrique santé de ‘Télématin’ entre 1985 et 1991, je faisais régulièrement la publicité de cette revue, lui permettant de gagner ainsi de nouveaux lecteurs.
Cette revue où pharmaciens et médecins travaillent en bonne intelligence, où la mise en page très austère  est en phase avec la rigueur des analyses a vécu longtemps dans l’anonymat, malgré le emarquable travail des  Gallois, Ageorges, Bardelay (Daniele et Gilles), et quelques autres ‘patres conscripti’.

Ce journal a toujours été celui d’une équipe, soudée, solide, jouant ‘collectif’. Pour avoir oublié cette dimension un auteur à succès a du quitter le navire sans que personne ne cherche vraiment à le retenir.

Comme je le rappelais plus haut, malgré un travail de fond remarquable et une qualité très haut de gamme des articles, il aura fallu quasiment attendre 2009 pour qu’on ‘découvre’ enfin Prescrire.
Comme me le demandait un hiérarque de ma rédaction ‘ Tu connais Prescrire, tu le reçois ?’
Que pouvais-je répondre qui ne fût pas discourtois ?

Et les médias ont donc ‘adoubé’ cette revue, en faisant une sorte de Bible de laquelle ne sortirait que des textes d’or, sans aucune possibilité d’erreur. Une vérité nue, crue, et surtout prête à être utilisée, fût-elle sous la forme d’un court communiqué.

Dans cette approche binaire médiatique, prescrire est intouchable, inattaquable, immunisé contre l’erreur, la faute, le doute même.

Ce la n’est en aucun cas le fait des femmes et des hommes qui font cette revue, qui y passent des heures, des jours, des week-ends, du temps libre en plus du temps de travail. Ils fournissent aux professions de santé un outil sans pareil et on, doit les en remercie.

Mais, par pitié, qu’ils ne se laissent pas enivrer par cette gloire soudaine, cet ‘amour’ envahissant que leur portent les médias.
Quelle est l’utilité de faire des déclarations fracassantes sur des fractures de cotes, quand on a relevé une probabilité de 1 pour 1000 que ce genre d’accident survienne ?

Et la rédaction hâtive d’un communiqué de presse avait, certes, l’avantage de pouvoir être repris rapidement par l’AFP et moult médias derrière. Mais ce communiqué succinct relatait un résultat qui ne correspondait pas à ce que donnaient les informations de l’analyse.

Même si je ne connais plus celles et ceux qui ont pris la relève de mes amis d’antan, je reste un ami indéfectible de cette revue. ‘Qui bene amat bene castigat’ soit, pour ceux qui n’ont plus le Gaffiot ‘qui aime bien châtie bien’.

Cher prescrire, ne sombre pas dans une folle course en avant où tu deviendrais indispensable, incontournable, inévitable ! Ne te laisse pas griser ! Reste une référence à la rigueur peut-être un peu tristounette dans la forme mais tellement indispensable sur le fond.

Ne te sens pas obligé de délivrer obligatoire ment la bonne parole tant la médecine, comme la science, souffre de tant de faux dogmes.

Cette revue a été un lanceur d’alerte quand personne ne songeait encore que ce mot puisse exister

 Il faut que cela continue, que les abonnements pleuvent, que l’indépendance soit assurée.
Mais il faut aussi éviter une starisation qui finit par galvauder tout.

Prescrire a besoin d’être présent, d’être visible, mais pas à n’importe quel prix.

Le petit écart sur l’analyse Cochrane ‘ bronchiolite et kinésithérapie respiratoire’ montre qu’un dérapage ne se contrôle pas toujours.

Encore une fois, n’y voyez pas là une leçon que je ne souhaite pas donner.
Juste une remarque amicale pour que soit préservées une qualité et une référence dont on ne peut pas se passer.

Il y a beaucoup de gens qui savent tenir des propos lapidaires et pas toujours très rigoureux, voire quasiment caricaturaux, dans les médias.
S’il te plait, Prescrire, saute ton tour !

 

Le texte de Prescrire

À propos de docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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26 réponses à La revue Prescrire et le risque de la surmédiatisation.

  1. Chirurgie myopie presbytie dit :

    Les revues qui acquièrent une notoriété médicale les hissant au rang de « référence » incontournable devraient s’imposer une discipline d’une rigueur absolue dans la mesure où leurs avis font souvent office de parole d’évangile.

  2. BicheMKDE dit :

    Je me permet de rebondir quand à la faisabilité ou non en ambulatoire de l’évaluation des techniques. Je dis « des » car l’AFE n’est pas un geste unique mais un geste adapté en fonction de la quantité et de la localisation de l’encombrement et orienté par le bilan kinésithérapique.

    Ces variations portent sur un temps expiratoire court ou long, avec plus ou moins un frein expiratoire (pas chez le tout petits évidemment).
    Comment le mesurer? Nous n’avons pas de dynamomètre sous la main et nous ne chronométrons pas au 10ème de seconde notre prise. De plus, il faudrait que tous les kinés fassent la même chose sur des patients différents; même si la pathologie est commune, il y a trop de variations individuelles. Les mesures objectives semblent impossibles.

    Malheureusement, la recherche n’est pas ancrée chez les kinésithérapeutes. J’ai eu la chance de participer à une évaluation hospitalière concernant un très petit test kiné en multicentrique simple aveugle. Heureusement, nous étions un groupe motivé, cela nous a aidé à nous investir.

    De plus, pour faire ces études, il faut un médecin qui pilote l’ensemble. Et il n’y a pas foule au portillon. Et même quand il y en a un, l’investissement n’est pas celui que l’on trouve en cas d’études sur des protocoles médicamenteux ou thérapeutiques.

    Je ne vais peut être pas faire plaisir aux médecins ici présent mais il n’y en a pas beaucoup qui savent ce qu’est la kinésithérapie et comment elle se pratique. Quand j’interroge des internes autour de moi, on leur parle de pathologie, de soins, de PMZ. Et quand cela concerne la kiné, on leur dit « il faut de la kiné » Oui, mais quel kiné? Quel acte? Quelle indication? Savez-vous exactement les techniques qu’emploient le kiné avec quels buts et quels principes. « Bah de la kiné quoi! »

    Les médecins qui connaissent un peu la kiné sont ceux qui ont posé des questions, qui viennent nous voir bosser…et il n’y en a pas assez amha.

    Mes propos peuvent paraitre méprisants mais je respecte votre travail. Je demande juste que l’on respecte le mien.

    Biche, Masseur kinésithérapeute diplomée d’état

    • docteurjd dit :

      Merci de votre apport à ce débat

      • kinemas dit :

        Merci a bicheMKDE de défendre notre métier en tentant d’expliquer a tous ces ignorants qui viennent nous dire que nous sommes dangereux, que déjà les traitements dont il est question dans « l’étude » ne sont pas ceux qui sont pratiqués en France, mais surtout dans les pays anglos-saxons qui ont en effet de nombreux cas de felures de côtes voir fracture… si ces messieurs les journalistes faisaient leur travail, ils noteraient qu’en France, les études et le développement de la technique de l’AFE (entre autre par Monsieur Barthe, MKDE a Necker, connu mondialement pour la prise en charge des mucoviscidoses en kinésithérapie) ont prouvé leur efficacité dans la prise en charge des affections respiratoires. notre formation nous explique qu’ailleurs ils pratiquent le clapping and co et que ce sont des gestes totalement inefficaces dans la prise en charge des bronchiolites, voir même dangereux…
        Que chacun fasse son travail… aux journalistes de rester rigoureux dans leurs articles et leurs sources. Aux médecins de savoir ce que l’on fait en kiné car comme l’a noté bicheMKDE certains ne savent pas ce que l’on fait.
        Le mien de travail est d’etre présente en garde a mon cabinet les WE pour prendre en charge et soulager des enfants bronchiolitiques, avec des parents qui n’avaient pas besoin de l’incompétence de certains journalistes pour être plus inquiets…

        • docteurjd dit :

          Les premiers à avoir remis en cause lla kiné respiratoire ce ne sont pas les journalistes, mais la revue Prescrire

        • marjorie dit :

          Bonjour à tous,

          Je ne suis ni médecin, ni kiné. Je suis simplement la maman d’un garçon qui a subi des séances de kiné à l’âge de 3 ans à la suite d’une bronchite. ce kiné est venu à la maison. il a pratiqué le clapping en tapant sur le thorax et sur le dos de l’enfant. Evidement le bébé s’est mis à pleurer ; j’avais l’impression qu’il le frappait assez fortement, peut-être trop fortement ; l’enfant hurlait mais je pensais que le kiné savait ce qu’il faisait et qu’il n’y avait pas de danger pour l’enfant. Plus tard quand l’enfant a grandi, j’ai remarqué qu’il avait un thorax et un dos anormal ; j’ai consulté un spécialiste du dos qui m’a dit qu’il avait le dos comme enfoncé ; les homoplates ressortaient ; je me suis fait du souci et j’ai consulté un rhumatologue avec un suivi d’année en année ; malheureusement, avec les années le phénomène s’est amplifié ; il est maintenant un ado et il est très complexé par son thorax enfoncé, ainsi que le dos. Je me suis toujours demandée si ce n’était pas à cause de ce kiné « brutal » qui n’était peut-être pas compétent pour cette pratique et qui aurait provoqué cet enfoncement du thorax et du dos; car, à la naissance, mon fils n’avait aucune anomalie physique, au contraire ; son tour de thorax était parfaitement normal et tout à fait symétrique, bien proportionné et bien gonflé.
          Pouvez-vous me donner votre avis.
          Je vous en remercie par avance.
          Si vous aviez une solution pour améliorer son état, j’aimerais que vous m’en fassiez part.
          Je vous en remercie.
          Marjorie

          • docteurjd dit :

            Je serais bien incapable de vous donner un avis. mais j’ai quand même du mal à imaginer que ce soient des séances de clapping qui puissent avoir provoqué ces anomalies.
            une fois encore je ne peux pas vous donner un avis pertinent

  3. dussauze dit :

    Bonjour

    Des études, des études et encore des études …sans doute de futures études feront avancer ce dossier. L’étude récente qui a alimenté les médias a été malheureusement diffusée parfois de façon tronquée, et l’extrapolation qui en a été faite souvent erronée.

    Patients hospitalisés à ne pas comparer avec patients à domicile… techniques différents etc…

    On peut dire c’est que mes collègues kiné ont été un peu secoués par cette médiatisation…

    Les études font parfois oublier le bon sens, qui agace, la subjectivité qui irrite… Je continue pour ma part, à envoyer au cas par cas mes petits patients lorsque mon expérience, et/ou le contexte médical, le contexte familial m’y incite. Je continue à travailler avec des kinés compétents, rodés à la technique. Et j’ai l’intime conviction que les soins réalisés et surtout la surveillance médicale ainsi assurée a permis d’éviter souvent des complications et ou hospitalisations injustifiées.

    Je crains qu’il faille du temps pour qu’une étude puisse prouver cela, et qu’une étude mal faite en ville, avec des kiné non habitués à la technique fasse le lit d’une nouvelle polémique contre productive pour nos très jeunes patients…

    C’est subjectif, mais je pense que l’opinion subjective du médecin qui prescrit du kiné est conseille subjectivement les bons kinés, sera souvent plus efficace que l’abstention, refusant d’être paralysé devant des études aux conclusions parfois péremptoires.

    cordialement

    Dr F Dussauze

  4. Cube Sante dit :

    cet épisode me fait beaucoup penser a la médiatisation de l’étude WHI sur les traitements hormonaux substitutifs. On livre à la foule des résultats d’étude pas forcément transposables qui ne sait pas faire autre chose que s’inquiéter

  5. BicheMKDE dit :

    Chers tous, amis médecins,

    j’adore que l’on parle de mon métier, mais je vais me permettre en tant que simple kiné d’apporter mon éclairage.

    Le « tapotage » ou le clapping sont des techniques qui ne sont plus utilisées depuis plus de 40 ans maintenant en France. Nos professeurs en IFMK nous avaient expliqué à l’époque que l’ébranlement ne permettaient absolument pas de mobiliser les sécrétions, de modifier leurs qualités rhéologiques; bref de désencombrer à moins d’atteindre une telle pression que le bébé serait réduit en bouillie (l’équivalent se prendre un piano lancé du haut du 4ème étage sur 1 cm2). C’est cette technique qui a pu occasionner des fractures de cotes.

    Et cette technique a été abandonné en France depuis belle lurette.

    Le MK utilise une technique appelée AFE, à savoir Augmentation du Flux Expiratoire. Prenez une sarbacane appelé bronche, un projectile appelé glaire et soufflez plus ou moins long, plus ou moins fort suivant sa position dans l’arbre bronchique et tadaaa! La manœuvre est physiologique: la main thoracique (appelée prise) accompagne le mouvement des cotes à l’expiration tandis que la main abdominale (en pont notamment chez les tout petits) n’est qu’une contre prise.

    Au préalable de la séance, le kiné fait un bilan de l’enfant et effectue une AFE test pour déterminer si l’enfant est douloureux. En 15 ans de carrière, 7 ans de libéral et 8 ans d’hospitalier, je n’ai vu aucune fracture de cotes, ni chez moi, ni chez mes confrères et consœurs.

    La kinésithérapie est empirique…oui, c’est vrai, il y a très peu d’études sur ce que l’on fait, on n’intéresse pas la recherche. Et pourtant, je suis bien là et je sais que ce que je fais au quotidien auprès de mes patients marche parce que basé sur l’anatomie et la physiologie.

    Il ne faut pas confondre absence de preuve et preuve de l’absence.

    Cordialekinément

  6. gamblin genevieve dit :

    Bonjour, voici quelques jours lors des infos le journaliste a parlé d’une fillette de 7 ans,atteinte d’une leucémie,et après avoir reçue un traitement avec le virus du sida désactivé, elle serait actuellement en rémission,puisque le virus lui a détruit les cellules cancéreuses,peut-on avoir les coordonnés des médecins ou du service médical qui se sont occupés de cette fillette,je crois que cela c’est passé aux états unis ? je vous en remercie par avance cordialement

  7. Ping : La revue Prescrire et le risque de la surmédiatisation. #docteurjd | Projet du Pôle de Santé Pluri-Professionnel de Deauville – Début des travaux: mi-décembre 2012 livraisons: 1 trimestre 2014

  8. Bonjour JD

    Merci pour ce billet. C’est l’occasion de dire un mot de la revue Prescrire.

    Comme toi, j’ai placé cette revue au pinacle. J’y ai même travaillé comme pigiste il y a 25 ans.

    Je pense que cette revue, en permettant aux médecins de prescrire en étant moins influencés par l’industrie, a permis depuis sa création (et permet encore), d’éviter des milliers de morts et de faire des milliards d’euros d’économie.

    C’est sans doute la structure qui a fait le meilleur travail pour la santé publique française. Je n’oublie pas que Gilles Bardelay lui a donné son élan dans les années 80 grâce à un subvention conséquente accordée par Simone Weil. Il faut savoir investir pour économiser ensuite (poke @MarisolTouraine ).

    Elle a deux défauts. Le premier : c’est une forteresse barricadée. Il est impossible de pénétrer le conseil d’administration de l’association qui la gère sans être adoubé par les membres en place. C’est un facteur de sclérose, de non remise en question, qui aboutira malheureusement et inéluctablement à sa perte (je ne suis pas candidat, mais tu devrais postuler).

    Le deuxième est d’avoir une mauvaise culture de la portabilité des résultats des études scientifiques.

    Autant Prescrire a compris qu’un résultat montrant l’effet positif d’un médicament (d’une stratégie) dans une population spécifique ou un contexte donné peut ne pas être généralisable à la population toute entière ou à d’autres contextes.
    Autant ses équipes ont du mal avec la difficulté à généraliser des résultats négatifs.

    Comme tu le sais mieux que moi, le fait qu’une étude n’ait pas mis en évidence de résultats pour un médicament ne permet en rien d’affirmer que ce médicament :
    – Ne sera pas actif dans un autre protocole d’étude (à une autre posologie, avec un traitement plus long, ou débuté plus tôt, ou avec une autre population d’étude).
    – N’est pas actif pour une sous-population de patients que nous n’avons pas pu identifier (si on traite tous les gens qui toussent avec des antibiotiques, sans connaître les virus et les bactéries, on risque de ne pas identifier ceux qui ont une pneumonie et chez qui l’antibiotique est indispensable, car la pneumonie est rare et ce succès sera noyé dans l’échec du traitement antibiotique des bronchites virales).

    Et je passe sur la notion de puissance des tests, rarement abordée par Prescrire, qui est pourtant aussi importante pour affirmer une absence d’efficacité que le risque alpha pour affirmer qu’une différence en faveur d’un produit n’est probablement pas liée au hasard.

    Prescrire à tendance à transformer « Le dossier scientifique n’a pas montré que ça marche » en « Ça ne marche pas », ce qui est un raccourci scientifiquement invalide. Le dossier sur la bronchiolite (sur lequel je n’ai pas d’opinion) en constituant un exemple parfait.

    Bref, Prescrire tombe trop souvent dans le travers confondre l’absence de preuve de l’efficacité en preuve de l’absence d’efficacité.

    Certes, quand il s’agit d’un industriel, on peut penser que s’il n’a jamais pu montrer l’efficacité de son produit, c’est que son produit est inefficace. Il avait les moyens de mettre en oeuvre des protocoles permettant de mettre en évidence une efficacité si elle avait existé.

    Mais quand il s’agit d’un médicament tombé dans le domaine public, il est difficile de trouver une financement pour l’étudier.

    Pour en revenir au cas de la kiné de la bronchiolite. Les kinés ont raison de reprocher à Prescrire de fonder un avis péremptoire sur un dossier qui ne concerne pas leur technique. Tu as raison de mettre en garde Prescrire et je t’appuie.

    Mais il est anormal que nous pratiquions aussi largement en France une technique aussi mal évaluée. Comme d’habitude, il est difficile de lancer une évaluation lorsque la technique est généralisée. Tout cela parce que l’on accepte en France de généraliser des techniques non évaluée, ce qui est tout à fait anormal.

    Il faudrait monter une étude, peut-être à l’étranger, qui comparerait la kiné de la bronchiolite à domicile avec une kiné « placebo » faite de tapotage dans le dos par un faux kiné, dans deux groupes randomisés. Il n’est pas trop tard.

    Tout ce que l’on peut dire actuellement, et que Prescrire aurait pu écrire, est « Comment se fait-il qu’une technique aussi mal évaluée que la kiné de la bronchiolite soit toujours autant pratiquée, et remboursée, en France ? ».

    Encourageons Prescrire en effet à conserver sa rigueur, gage de sa durabilité.

    • docteurjd dit :

      Cher Dominique,
      Je suis totalement en phase avec ton analyse concernant la ‘bunkerisation’ de cette revue
      Si utile. D’accord aussi sur le côté trop péremptoire des jugements.
      Pour la kiné il y a eu de très petites études en ville. Ma
      Is on pourrait comparer kiné plus lavage de nez vs le lavage de nez seul par exemple.
      Ce que je voulais surtout montrer, au dela de cette étude, c’est que le piège médiatique s’est ouvert au dessous de Prescrire et que l’association a intérêt à être prudente.
      Merci de cette contribution importante comme toujours

    • ajfc dit :

      Cher Docteur Dupagne,

      Merci de votre commentaire que j’ai particulièrement apprécié sur deux points :
      • Vos précisions les conclusions d’une analyse statistique négative.
      • Votre point de vue sur la revue Prescrire.

      Sur le premier point, je voudrais vous donner un autre exemple sur un sujet d’actualité récent. Le HAUT CONSEI L DES BIOTECHNOLOGIES a récemment ré-analysé l’étude Seralini et a repris les données de mortalités à partir des graphiques. Grâce à des analyses pointues, il établit que « Aucune différence observée entre les courbes de survie des groupes expérimentaux et celles des groupes témoin n’est statistiquement significative ». Quand on regarde le tableau de données juste au dessus de cette phrase, on peut y lire les degrés de significativité pour chaque groupe. En résumé, ceux pour les rats femelles oscillent en 6,7% et 17,4%, ceux pour les rats mâles sont plus élevés (entre 7,2% et 89,5%). Et la suite du rapport nous fournit d’autres conclusions du type « pas de différences significatives entre les groupe traités et témoins »
      Donc, pour en revenir sur les données de mortalité nous pouvons en conclure que l’excédent de mortalité des rats femelles, « traitées » a une probabilité d’être survenu du fait du hasard de 6,7% à 17,4%. Cela voudrait-il dire que dans 82,6% à 93,3% il n’est pas lié au hasard ?
      En imaginant que ces données soient transposables à l’humain, personnellement, je suis assez content d’être du sexe masculin, pas vous ? (même s’il y a tout de même en moyenne environ 50% de malchance que l’excédent de mortalité des rats mâles ne soit pas lié au hasard)

      Sur le second point, je vais d’abord vous donner un exemple de biais d’attrition. Imaginons un professeur organisant une épreuve de tir à la corde entre deux écoles. Il choisit au hasard 8 élèves dans chaque école et donne le top départ de l’épreuve. Le fanion central ne bouge pas. Il décide alors de retirer les deux plus forts d’une équipe et les deux plus faibles de l’autre. Redonne le top départ et observe la victoire de l’équipe à laquelle il avait retiré les deux plus faibles. Le biais est simple mais très efficace. Ce biais a permis à un produit d’obtenir son AMM, une ASMR 1 et la reconnaissance de Prescrire qui en 2004, le considérait comme le meilleur de sa classe, même après la publication d’un essai comparatif défavorable. Je les ai informés à deux reprises de ce biais, en 2000 et en 2012.
      Si vous voulez en savoir plus, vous pourrez avoir accès à un lien vers l’article que je viens d’écrire sur le sujet dans ma réponse en date du 7 novembre à l’éditorial de Fiona Godlee du BMJ « Clinical trial data for all drugs in current use ».
      Je n’arrive pas à comprendre le point de vue de Prescrire sur cette évaluation.

      Merci de vos écrits frappés au coin du bon sens.

  9. Docteur_V dit :

    Bonsoir,
    Au moins l’alerte nous servira à penser aux fractures de côtes si l’enfant continue à « chouiner » après la maladie. Si l’on ne sait pas que le kiné (certainement mal ou pas formé) peut péter des côtes, comment penser au diagnostic chez un bébé de quelques mois ?
    Peut-être que cet éclat de Prescrire permettra de mettre à jour des « cas » en ville qui passent inaperçus jusque là.

    Nous avons là une thérapie appliquée à plusieurs milliers d’enfants fragiles sans avoir aucune idée de son efficacité et de ses dangers. Nous avons encore des progrès à faire en évaluation et remises en question.

    • docteurjd dit :

      Bien évidemment il est important de pouvoir calmement évaluer une pratique. mais on ne peut pas extrapoler un résultat à partir d’études qui ne concernent pas des pratiques de ville et à partir de cas réputés plus sévères.

  10. armance dit :

    Par expérience personnelle, la pratique systématique du lavage de nez des bébés au serum physiologique dans toutes les consultations pour toux, et son enseignement aux parents, a grandement diminué mes indications de kinésithérapie. Les médecins se donnent-ils toujours le temps d’examiner les bébés correctement (lavage de nez + auscultation après retour au calme, ça prend du temps, mais l’auscultation est plus discréminante…)?
    D’autre part, la mention de fractures de côtes ne me surprend pas. Cet événement « arrive » d’après les kinés, mais est difficile à diagnostiquer chez un bébé. Beaucoup d’enfants paniquent à l’examen clinique après des séances de claping, on ne se donne effectivement pas le temps d’une palpation minutieuse du thorax à la recherche d’un point douloureux exquis. Une fracture de côte chez l’enfant, ça fait mal, mais rares sont les bébés qui ne pleurent pas sur une table d’examen, et ça cicatrise tout seul en 3 à 4 semaines. Elles sont potentiellement sous-évaluées.

  11. Ce texte peut effectivement faire réfléchir.
    En me renseignant dans ma région et en me souvenant de tous mes petits bronchiolitiques, il me semble n’avoir jamais vu ni entendu parler de fractures suite à des séances de kiné en France. Possible que ça existe, mais pas dans mon coin où les séances de kiné respiratoire ne sont pas des séances de torture ( j’en ai connu des bébés traumatisés dans d’autres endroits où je remplaçais).
    par ailleurs je me sens plus tranquille quand un kiné prend en charge mes petits malades pendant les WE ou les jours de fêtes car c’est un professionnel qui saura aiguiller les parents vers les urgences s’il l’estime nécessaire.
    Tout cet article m’incitera donc à la vigilance

  12. lebagage dit :

    Ce texte m’évoque plusieurs remarques :
    Je ne crois pas que la revue prescrire se soit « trompée » en effet c’est à la thérapie de faire ses preuves et on utilise pas une thérapie en l’absence de celles-ci.
    si la kinésithérapie n’a pas fait sa preuve chez les enfants hospitalisés il est peu probable qu’elle le fasse en ambulatoire. La taille de l’effet étant le plus souvent moindre chez des patients moins sévères et donc l’efficacité plus difficile à montrer.
    Enfin le risque de 1 pour mille est loin d’être négligeable étant donné la fréquence de cette pathologie 460 00 enfants par an en France selon les chiffres que j’ai pu voir.
    Cette levée de bouclier face à une analyse, certes critiquable comme tout travail scientifique, mais cependant bien argumentée et étayée, me parait être le fruit d’un corporatisme malvenu.

    • docteurjd dit :

      Tirer des conclusions à partir d’études qui ne sont pas dans l’analyse est un exercice que je ne connaissais pas. mais s’il vous satisfait, tant mieux.

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