Cancer : faire du neuf avec du vieux, les promesses de la metformine.

A un moment où on ne parle que de traitements ciblés, de molécules innovantes et très coûteuses, les chercheurs redécouvrent les vertus d’un médicament ancien, utilisé dans le diabète de type 2 et apparemment pourvus de vertus anticancéreuses.

Quel est le rapport entre le lilas blanc de nos jardins, le diabète de type 2, autrefois appelé diabète gras, et le cancer ?
La réponse est la metformine. Ce médicament de la famille des biguanides tire son origine de cette fleur. Il est le traitement de référence du diabète de type 2, DT2, et la cancérologie se penche de plus en plus sur ses effets, la dernière étude en date, publiée dans la revue ‘Cancer‘ concerne d’ailleurs des résultats favorables dans le cancer de l’ovaire. D’autres études dans les cancers du colon, de la prostate, du cerveau et du pancréas avaient attiré l’attention des spécialistes.

Ce rôle de la metformine a été suspecté à partir d’études épidémiologiques qui indiquaient que les patients  diabétiques sous metformine traités pour cancer  avaient un meilleur pronostic que des non diabétiques.

Ce qui a incité les chercheurs à se pencher sur le cancer de l’ovaire c’est que cette maladie est diagnostiquée dans plus des deux tiers des cas à un stade avancé et que les progrès thérapeutiques sont encore insuffisants dans cette pathologie.

Tous les cas de cancers de l’ovaire vus entre 1995 et 2010 dans la célèbre Mayo Clinic de Rochester, aux USA ont été retenus dans un premier temps.

Pour leur analyse, les médecins ont divisé les patientes en deux groupes. Il y avait un premier groupe de femmes diabétiques et qui recevaient de la metformine à la dose de 1gramme à 2 grammes par jour.
Ce groupe a été comparé à un groupe contrôle constitué de femmes non diabétiques atteintes du même type de tumeur appelé cancer épithélial de l’ovaire.

Au total, 61 femmes diabétiques ont été appariées à 178 femmes non diabétiques selon divers critères, notamment l’âge, le poids ou les traitements.

Ce qu’on a constaté c’est que le fait de recevoir le médicament, en plus des traitements  habituels du cancer, modifiait vraiment les choses.

Le critère de référence, qu’on appelle la survie à cinq ans était à l’avantage du groupe traité par metformine. Soixante-sept pour cent des patientes, contre 47 % des contrôles, étaient toujours là cinq ans après le début de la maladie, quel que soit, par ailleurs, les traitements reçus, le stade de la maladie, l’indice de masse corporelle.

Cet effet a priori étonnant de la metformine a beaucoup été étudié, notamment par une équipe française de l’Inserm U895, Nice) sous la conduite de Frédéric Bost. On savait déjà qu’en diminuant le taux de sucre, la metformine réduisait la nécessité pour l’insuline d’être secrétée en masse. Or l’insuline a un rôle de promoteur de croissance cellulaire qui peut faire flamber un amas tumoral.

Mas cette équipe a montré aussi que la metformine agissait sur diverses cibles indispensables à la cellule cancéreuse.
Le principe de cette cellule c’est de se diviser à n’en plus finir, à proliférer, se rependre et devenir immortelle.
En agissant sur certains facteurs, la metformine ramène la cellule cancéreuse à la raison. Elle agit ainsi sur un mécanisme de croissance, appelée voie mTOR. En contrariant l’action de mTOR, la metformine entrave la prolifération cellulaire

Elle va aussi intervenir sur un autre facteur favorisant la division des cellules tumorales, la cycline D1. Et surtout sur un gène impliqué dans le contrôle cellulaire, le gène p53, véritable ‘agent de sécurité’ de notre organisme.

Sous l’action de la metformine, les cellules cancéreuses subissent la pression du gène p53 pour mettre fin à leur comportement sauvage et c’est ainsi que peut être favorisé un comportement ‘suicidaire’ appelé apoptose. cette apoptose est un phénomène qui amène la cellule tumorale à se rendre compte qu’elle n’est pas ‘conforme’ au modèle, ce qui la pousse au suicide.

Beaucoup de ces résultats sont issus de travaux de laboratoire ou de recherches animales.
Mais les essais cliniques humains se développent, comme le montre cet essai sur le cancer de l’ovaire, le plus important entrepris à ce jour pour ce type de cancer.

Il ne s’agit donc pas de donner désormais de la metformine à tout patient traité pour cancer, mais il est sûrement temps et fortement intéressant de tester ce médicament dans le cadre de grandes évaluations.

C’est un produit plutôt bien toléré, hormis des épisodes de diarrhée, dont on connait bien le fonctionnement et qu’on sait produire facilement.

Un médicament très peu cher et dont le brevet est dans le domaine public.
Un avantage, certes, mais qui peut être vécu aussi comme un inconvénient pour certains industriels !

C’est pour cela qu’il faudra, si les résultats se confirment, s’assurer que rien ne vient freiner les études avec ce ‘nouveau vieux’ médicament issus du lilas.
Référence de l’étude :
Sanjeev Kumar et al

Metformin Intake Is Associated With Better Survival in Ovarian Cancer .A Case-Control Study
Cancer . Published online December 3, 2012 DOI: 10.1002/cncr.27706

À propos de docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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7 réponses à Cancer : faire du neuf avec du vieux, les promesses de la metformine.

  1. Jean-Gérard dit :

    Le 17 juillet 2015,
    Cher docteur,
    Diabétique de type 2, je suis traité depuis plusieurs années avec de la metformine (deux comprimés de 500mg par jour). Au début de l’année 2011, j’ai été opéré pour un cancer du colon, puis, la même année, pour un cancer secondaire du foie. J’ai connu ensuite une rémission de deux ans, jusqu’au début de l’année 2014, où a été diagnostiquée une récidive au péritoine, d’où nouvelle opération encadrée de deux chimios. A l’issue de la seconde (début janvier 2015), j’ai été déclaré bon pour le service. Mais, début juin, un scanner de contrôle a détecté un nodule suspect au péritoine, confirmé par un tep-scan fin juin. Je dois entamer une cure chimiothérapique la semaine prochaine.
    Quelques jours après le premier scanner, j’ai demandé à mon médecin généraliste d’augmenter ma dose quotidienne de metformine. Je suis passé de deux cp de 500 mg à deux cp de 850 mg. mais, sans en prévenir mon médecin, j’ai utilisé mon stock restant de cp de 500 mg. Je prends donc en tout trois comprimés, pour une dose totale de 2200 mg (la dose maximale indiquée dans le prospectus du médicament est de 3000 mg). A ce jour, je n’ai perçu aucun effet secondaire.
    Deux choses m’intriguent :
    1/ le scanner du début juin précisait les dimensions du nodule suspect : 16 mm x 13 mm. Je ne dispose pas du compte-rendu précis du tep-scan, mais mon oncologue, dans son rapport, parle de « nodule centimétrique ». Donc, trois options : ou le nodule a grossi (ce qui ne semble pas être le cas) ou il est de la même taille, ou il a diminué (ce que pourrait suggérer la formule utilisée par mon oncologue, que je n’ai pu encore interroger sur ce point) ; dans le troisième cas, et en l’absence d’un traitement chimiothérapique, je ne verrais pour ma part qu’une explication.
    2/ A ce jour, mes marqueurs tumoraux (ACE/CA19/9) sont strictement normaux, et leur valeur égale (ou inférieure pour l’un d’eux) à celle du début juin. Ils ont toujours été inférieurs à la valeur critique, sauf en deux cas (juste avant l’opération du colon, en 2011, et juste avant la chimio du 1er trimestre 2014, où ils dépassaient légèrement cette valeur critique).

    Compte tenu de l’issue relativement favorable de mes diverses tribulations, je suis très tenté d’attribuer à la metformine une action retardante, voire bloquante, de la prolifération des cellules cancéreuses. Je ne dispose évidemment d’aucun indice véritablement probant. Je me propose de vérifier auprès de mon médecin généraliste la date à partir de laquelle il m’a prescrit de la metformine : était-ce avant ou après le diagnostic de mon premier cancer (février 2011) ?

    Si les effets anticancéreux de la metformine se trouvaient définitivement vérifiés et si certaines procédures nouvelles (immunothérapie notamment) s’avéraient efficaces, cela voudrait dire que, dans le cas de certains cancers au moins, on pourrait envisager de parler, sinon de maladies définitivement curables, du moins de maladies chroniques, un peu comme on commence à parler du SIDA aujourd’hui.

    Bien à vous.

  2. Très intéressant article que j’ai trouvé en effectuant des recherches à propos de la Metformine. J’avais d’ailleurs trouvé le travail recensé et expliqué par mon confrère. Je voudrais ajouter une remarque. Le Pr Otto Warburg a étudié au début des années 30, le rôle du sucre sur la cellule cancéreuse et avait montré que les cellules normales ont besoin d’oxygène sont donc en aérobie tandis que les cellules cancéreuses vivaient en anaérobie et fonctionnaient du point de vue énergétique avec du glucose. Ces travaux lui ont valu un prix Nobel, mais cette voie a été abandonnée avec l’arrivée massive de la radiothérapie puis de la chimiothérapie. Le Docteur André Gernez l’a reprise dans ses écrits du tournant des année 60 et 70 et plus récemment le Docteur Laurent Schwartz (« Cancer: guérir tous les malades? »). L’insuline semble avoir été utilisé pour participer à un protocole de traitement du cancer, mais il est évident que la Metformine est le produit idéal.
    On peut rêver: et si dès les années 30 cette voie avait suivie? que de temps gagné surtout quand on recense les travaux effectués aujourd’hui à la lumière de la biologie moléculaire et de la génétique et que relate Jean-Daniel.
    Ayant travaillé avec André Gernez, je ne partage pas la voie de la biologie moléculaire suivie par l’écrasante majorité des écoles de biologie et médecine qui ramène toute interprétation à ces concepts …. Mais je pense que les chercheurs à l’avenir devront synthétiser ces interprétations à d’autres voies comme la voie métabolique de Warburg ou la voie de la cinétique cellulaire inaugurée par André Gernez.
    … entre autres …

  3. louise barrette dit :

    intéressant, même très intéressant7
    J’en conclue que le sucre concentré est à proscrire.
    À l’instant je me fais une affiche ds la cuisine : cesser sucre concentré
    protège de la prolifération cellulaire anarchique.
    merci

  4. Anne dit :

    merci jean daniel pour cet article trés interressant.

  5. Cloclolavande dit :

    J ai bu du petit lait en lisant cet article;je vous trouve grace a mathieu vidard dont je suis fan auditrice….apres 42 ans de service public hospitalier je me soigne au maximum par huile essentielle.plantes….sans rejeter bien sur les medicaments…necessaires quand il le faut. Je sors d un traitement avec lyrica…..suite prothese genou…pour traiter une neuropathie due a une Pth de 2003…donc apres cette saloperie de medicament je pese mes mots ,suis sensible a votre article ,ma meilleure amie suite cancer du sein , neurop athie..apres chimio etc….prends une cochonnerie genre lyrica…. Suis inquiete pour elle mais que faire??..donc oui a votre article….vais vous suivre sur twitter . Merci

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