Dépistage du cancer du sein par mammographie : une vie sauvée pour trois surdiagnostics selon une nouvelle étude

Vies sauvées d’un côté, procédures lourdes et agressives probablement inutiles de l’autre, la bataille sur le dépistage du cancer par mammographie est un sujet chaud depuis quelques années. Un groupe de spécialistes britanniques apporte aujourd’hui une pierre importante à l’édifice  en chiffrant bénéfices et risques. En prônant également une meilleure information des femmes.


L’article de ‘The Lancet’ ne va pas passer inaperçu, aussi bien chez les tenants que chez les opposants au dépistage. On a vu, ces dernières années, monter des critiques face aux campagnes de dépistage à travers les divers pays occidentaux. Ces critiques mettaient en avant le risque de surdiagnostic, c’est-à-dire de déceler une tumeur qui n’aurait sans doute jamais fait parler d’elle et lui appliquer, néanmoins, un traitement agressif.
Une définition différente de celle du ‘faux-positif- qui conduit à conclure à la présence d’une tumeur maligne alors, que, de fait, il ne s’agit pas de cela.

Les chiffres concernant ce surdiagnostic varient selon les études On a même avancé des chiffres allant jusqu’à 76 %.
Les analyses sereines estiment ce  surdiagnostic entre 4 et 12 % environ.

Cela suffit-il pour remettre en question la politique du dépistage systématique proposé aux femmes de 50 à 74 ans avec une périodicité biennale ?
Certains le pensent et réclament la fin de cette politique.

Mais il semble que ni les pouvoirs publics, ni les femmes n’aient envie de voir disparaitre un dépistage mis en place dans tous les pays occidentaux et qui permet, à partir de procédures définies strictement d’utiliser des appareils homologués, qui impose une double, voire une triple, lecture des clichés et qui est pris en charge intégralement par l’Assurance-maladie.

Il faut cependant nuancer un peu les choses. Le taux d’adhésion reste encore en deçà des espérances, dépassant à peine les 50 % sur le territoire national.
Et le bénéfice annoncé, c’est-à-dire la réduction de la mortalité liée à ce dépistage, a longtemps été annoncé comme atteignant 30 % alors que rien ne venait étayer ces données.

L’étude du Lancet, qui est un résumé du rapport d’un groupe d’experts britanniques permet de mettre des chiffres face à certaines interrogations.
Précision importante, ces experts épidémiologistes, biostatisticiens ou spécialistes du cancer du sein n’ont jamais publié de travaux sur le dépistage du cancer du sein et sont donc, a priori, supposés ne défendre aucune chapelle.

 

EVALUER BENEFICES ET SURDIAGNOSTIC

 

Pour cela le groupe s’est intéressé à la situation anglaise : un dépistage qui concerne les femmes de 50 à 70 ans, dépistées tous les trois ans.

Leur objectif était de mesurer le seul critère important en termes d’efficacité du dépistage : la réduction de la mortalité.
Mais il faut aussi mesurer le ‘prix à payer’ pour atteindre un tel but, c’est-à-dire le surdiagnostic.

Ils se sont donc penchés sur onze études dites ‘randomisées’ dans lesquelles on comparait le destin de femmes ayant participé au programme de dépistage à celui de femmes n’ayant pas été incluses dans ce type de programme.
Les études anglaises, suédoises, canadiennes, américaines et écossaise, avaient des méthodologies qui pouvaient varier de façon importante même si le but et la définition des essais étaient les mêmes.
Finalement l’étude écossaise a été écartée de l’analyse pour des raisons de méthodologie.

Les experts voulaient voir quelle était l’évolution de la mortalité dans la période de 10 à 15 ans suivant le dépistage, période retenue par les principales grandes études sur ce sujet.

Il ressort de leur travail que le risque relatif  de mourir d’un cancer du sein était inférieur de 20 % pour celles qui avaient été dépistées par rapport à celles qui ne l’avaient pas été.
Pour les habitués des articles scientifiques cela se traduit dans la méta-analyse par :

RR : 0,80 ( IC95% :0,73-0,89)

Comment estimer le bénéfice absolu, c’est-à-dire le nombre de vies sauvées par rapport au nombre de femmes examinées.
C’est un exercice périlleux et sujet à contestation, reconnait le groupe d’experts.

Ils ont considéré la période 55-79 ans, partant du principe de l’absence de bénéfice dans les 5 premières années suivant le dépistage et la continuation d’un bénéfice dix ans après la dernière convocation au dépistage, 70 ans en Grande-Bretagne, je le rappelle.

De leurs savants calculs il apparait que pour dix mille femmes dépistées, on prévient 43 décès par cancer du sein,

Qu’en est-il de la question tout aussi importante du surdiagnostic ?
Bref rappel : on parle de lésions cancéreuses découvertes à l’occasion du dépistage mais qui ne se seraient probablement jamais manifestées. La femme décédera de toute autre cause qu’un cancer du sein.

Pour se faire une opinion, les experts ont travaillé sur trois études, deux canadiennes et une suédoise.
Ils estiment ce risque de surdiagnostic entre 10,7 % et 19 %…

Comment cela se traduit-il dans l’absolu  Pour dix mille femmes invitées à suivre le programme de dépistage pendant 20 ans, on estime qu’on aura un surdiagnostic chez 129 d’entre elles.

 

TRAITER OU NE PAS TRAITER ?

 

Ce surdiagnostic entraine évidemment la nécessité de faire des biopsies et de mettre en œuvre un traitement chirurgical accompagné de radiothérapie et, parfois, une chimiothérapie. Les effets secondaires et les séquelles de ces diverses thérapeutiques ne sont pas anodines.
Cela peut paraître extrêmement agressif si on part du postulat que ces tumeurs n’auraient jamais fait parler d’elles.

Mais le problème c’est qu’on ne dispose pas encore d’outils, de techniques d’imagerie, de tests capables d’indiquer au médecin et à la femme que cette masse cancéreuse vue à la mammographie n’évoluera pas.
L’attitude à adopter est donc loin d’être évidente.

Prenons un exemple très concret et souvent rencontré dans les mammographies de dépistage : le cancer intracanalaire in situ ou CCIS (DCIS en anglais).
Ce cancer se développe à l’intérieur des canaux galactophores, ceux qui conduisent le lait au mamelon
‘In situ’, signifie que les cellules cancéreuses se sont développées aux dépens de la partie superficielle des canaux et n’ont pas atteint la zone cruciale et dangereuse appelée membrane basale. Si cette zone est franchie, les cellules cancéreuses sont au contact des vaisseaux sanguins et peuvent donc disséminer.

La difficulté c’est que certains de ces cancers in situ peuvent dépasser cette zone fatidique et devenir infiltrants et on n’a pas de réels moyens de le prévoir.

Des études ont montré que si on fait un geste simple, en ‘nettoyant’ ces cellules cancéreuses in situ, le risque de rechute était quand même de 19 %.

Traiter, ne pas traiter ? En l’état actuel, les outils de décision manquent cruellement.

 

RELATIF ET ABSOLU

 

Quelles conclusions tirer de ce travail qui, répétons-le, est une méta-analyse de travaux déjà publiés ?

En termes de bénéfices dépister 10 000 femmes permet de prévenir 43 décès par cancer du sein.
En termes de surdiagnostic : dépister 10 000 femmes conduira à 129 surdiagnostics.

On peut donc dire qu’on évite un décès au prix de trois surdiagnostics.

Les auteurs estiment que, ramené à l’échelon individuel, ce risque de surdiagnostic est à peine supérieur à 1 % (129/10000). Rappelons encore une fois que ces surdiagnostics ne correspondent pas à des erreurs ou des fautes médicales.

On s’aperçoit, à la lumière des polémiques actuelles, qu’on manque encore d’évaluations satisfaisantes, notamment du suivi des femmes ayant participé à ces programmes de dépistage dans les 10 ans qui suivent leur sortie du programme.

Mais cette étude britannique montre aussi que le dépistage apporte des bénéfices en termes de réduction de la mortalité par cancer du sein.

Le défi, maintenant, c’est e fournir les informations les plus claires possibles aux femmes, avec des données et non pas des  slogans.

Si on se réfère à ce travail on peut parfaitement dire  et écrire  ce que représente en bénéfice et en surdiagnostic un tel dépistage, à la fois en terme de population et de risque individuel.

Informer en amont, de façon précise, avec des valeurs relatives et des valeurs absolues. des pourcentages mais aussi combien cela représente de cas pour 1000 ou 10000 personnes dépistées.

Le dépistage du cancer du sein par mammographie n’est sûrement pas parfait et il est normal qu’il soit critiqué et remis en question.
Mais s’il disparait, que va-t-il se passer ? Il n’y aura plus de contraintes, telles la double lecture. N’y a-t-il pas un risque de voir se créer une différence d’accès au dépistage individuel ? Certains radiologues, très minoritaires, certes, mais ayant de bonnes relations, laissent penser qu’ils sont les seuls à avoir des équipements performants.
La tentation de voir des femmes devoir dépenser beaucoup d’argent dans des examens dont rien ne prouve qu’ils seront vus par au moins deux spécialistes n’est pas réjouissante.

Il semble donc utile de laisser en place un dispositif qui permet un accès à chacune sans avoir à engager de dépenses.
Il semble urgent que le médecin de famille soit impliqué dans ce dépistage, tenu au courant des dates et des résultats.

Enfin il est fondamental que les femmes et leur médecin aient des informations solides, étayées, actualisées sur les bénéfices mais aussi les risques de ces dépistages, notamment en termes de surdiagnostic.

Loin des slogans, des imprécations, mais loin aussi des campagnes parfois pas toujours très claires, elles pourront donc décider d’entrer ou non dans ces programmes de dépistage systématique.

Et l’arrivée de tests génomiques, permettant de donner des probabilités d’évolution d’une tumeur, devrait permettre d’affiner les diagnostics et d’éviter un grand nombre de traitements inutiles.

Référence de l’étude:
Independent UK Panel on Breast Cancer Screening
The benefits and harms of breast cancer screening: an independent review
The Lancet. Published online October 30, 2012 dx.doi.org/10.1016/S0140-736 (12)61611-0
Résumé en anglais

 

Un bon exemple de ce type d’informations est donné par l’essai de dépistage national du cancer du poumon chez des gros fumeurs américains.
Le programme est très contesté, mais l’information destinée aux médecins et aux personnes dépistées est bien faite.

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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43 réponses à Dépistage du cancer du sein par mammographie : une vie sauvée pour trois surdiagnostics selon une nouvelle étude

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  2. doc à Tunis dit :

    Les praticiens en chirurgie esthétique font souvent le constat d’une certaine réticence des femmes à l’endroit de la mammographie. Cette Hermès qui apporte parfois la nouvelle inquiétante est mal vue et sans doute se cache t-il derrière l’argument ( faux) des douleurs de l’examen la peur de l’issue. En faire trop même pour sauver quelques vies, c’est tout de même mieux que rien, et c’est utile.

  3. CathLeg dit :

    Témoignage d’une madame « lamda »

    J’ai vu ma mère mourir à 42 ans (j’en avait 10) d’un cancer généralisé, suite a un cancer du sein. Elle était fille unique, mais ses cinq cousines directes ont été aussi touchées au cour de leur vie.
    Alors dès 30 ans j’ai fait des mammo.
    Je sais depuis quelques années que je ne suis pas porteuse des gènes BRCA1 et BRCA2.
    Ayant deux filles, il m’était apparu indispensable pour leur suivi de le savoir, même si je sais que d’autres facteurs expliquant ces cancers touchant une génération peuvent entrer en jeu, ou être découverts un jour.
    Je suis maintenant rentrée dans le cadre du dépistage, je viens donc de recevoir mon papier pour aller faire MON dépistage.
    Et il est évident que je ne le manquerais pas, malgré tout ce qu’on dit sur le surdignostic, voir sur le trop de rayons au fil des ans !
    Il y a quelques années, on a trouver un nodule très petit mais difficile à définir. C’est vrai que la ponction ne fut guère plaisante, l’attente du résultat aussi… pour me dire que ça n’était « rien ».
    Mais je n’aurais pas pu accepter l’idée de ne rien faire.
    C’est certain mon témoignage ne peut pas être objectif, il est la conséquence d’un « méchant tour » de la vie.
    Juste pour dire à Mme Neveu Galli que toutes les vérités sont propres à chacun.

    Voilà, j’ai un peu de difficulté a me situer, voir à comprendre vos débats de scientifiques d’opinions divergente, mais je suis ravie qu’ils puissent se faire.

    • docteurjd dit :

      Madame,

      je vous remercie de ce témoignage. je trouve qu’on entend beaucoup d’hommes, et je m’inclus dans le lot, donner leur opinion sur ce sujet et qu’on néglige trop le vécu des femmes.
      Merci donc et bravo pur votre décision concernant vous-même et vos filles.

  4. foufa dit :

    bonjour docteur
    moi je suis concernée par cette maladie hélas mon cas n a ps eu de dépistage .je suis déjà amputée d un sein oh que c’est douloureux de perdre un de ses organes hélas ça c est arrivé.mon problème docteur est le suivant !cela fait + de 3 ans que j’ai fait cette chirurgie mais mon bras est resté gonflé comme un pneu mes médecin me contrôlent mais ne me disent rien je suis trop inquiète si vous pourriez m orientez svp merci à vous….je suis algerienne démunie et mon intervention par des médecins algériens

    • docteurjd dit :

      Madame,
      Je ne connais pas la situation dans votre pays mais demandez à votre médecin s’il existe des kinésithérapeutes qui font du drainage lymphatique. Cette technique aide beaucoup à soulager ce problème de ‘gros bras’. Il peut aussi vous prescrire un manchon à porter dans la journée.
      Bon courage

  5. BRIGITTE NEVEU GALLI dit :

    Je viens de regarder le journal TV du midi

    Je pense que vous minimisez les rapports de force dont nous sommes victimes en tant que femmes.

    En effet certains médecins « entretiennent » notre peur du cancer du sein en nous alarmant pour des masses graisseuses qu’ils transforment en tumeur pour nous faire passer des examens pénibles, douloureux et coûteux.

    Lors d’une mammographie selon le médecin il fallait que j’aille d’urgence passer des ponctions, et il m’a proposé de le faire le jour même dans son centre tout en me précisant que cela être pénible !!!

    J’ai donc refusé non seulemet parce que je n’y étais pas préparée mais que  » l’atmosphère de l’endroit » ne s’y prêtait pas

    Trois mois après préoccupée par ce diagnostic accablant, j’ai refait des examens où le médecin a ri des alarmes qui m’avaient été données, puisqu’il ne s’agissait que de masses graisseuses et qu’il ne s’expliquait comment on pouvait confondre des masses graisseuses avec des tumeurs malignes.

    L’erreur est humaine mais il conviendrait qu’on évite de nous donner des informations pas fiables qui sont graves en conséquence.

    Si j’avais fait ces ponctions « sur place » cela était tout à fait inutile et m’aurait particulièrement traumatisée

    Est ce que cette dimension humaine est prise en compte par le corps médical ?

    je ne le pense pas malheureusement

    je n’ai vu que du commerce dans tout cela

    Votre commentaire me semble donc bien en dessous de nos préoccupations en tant que femmes.

    • docteurjd dit :

      je pense que vous devriez réécouter ce que j’ai dit.
      J’ai parlé du dépistage organisé qui concerne les femmes de 50 à 74 ans. Je pense que la scène que vous évoquez a du se passer hors de ce cadre. Chaque radiographie est lue par 2 médecins.
      Donc je pense que votre commentaire ne concerne pas ce dont j’ai parlé, sauf à ce que vous me démontriez le contraire.
      D’autant que j’ai parlé de l’importance de l’information des femmes.

      • BRIGITTE NEVEU GALLI dit :

        Effectivement et vous avez raison je n’avais pas intégré la notion de dépistage organisé sans doute par la CPAM.

        je suis allée dans un cabinet hors de ce cadre et il n’y avait pas de double contrôle.

        Selon vous y a t’il une dangerosité à aller ailleurs que dans un centre agréé CPAM ou autre habilité par la SECU
        Je rentre dans le cadre des 50/74 ans que me conseillez vous pour la prochaine mammographie que j’hésite d’ailleurs à faire.

        Car si je dois faire deux examens successifs dans un centre privé cela va me coûter très cher et ce n’est pas forcément « plaisant » comme examen.

        Merci pour votre information et la prévention dont vous faites état qui me semblent primordiales pour des jeunes femmes mais avec l’âge cela devient difficile et laborieux.

        J’avoue être hésitante à refaire des mammographies.

        • docteurjd dit :

          Je ne peux que vous conseiller de vous rendre dans un centre participant au dépistage organisé. votre CPAM vous envoie une convocation à cet effet.
          Vous aurez la certitude de voir votre cliché examiné par deux radiologues

  6. cerisey dit :

    Merci infiniment pour cet article qui a le mérite de poser calmement les choses. Etudes, analyses, meta-analyses, en tant que patiente je ne suis pas habilitée à juger. Néanmoins, ce que je retiens de ce post est l’intérêt de donner une information juste aux femmes plutôt que de les matraquer de slogans idiots sans aucune explication. C’était d’ailleurs le sens de mon billet sur le sujet en ce début d’octobre rose encore bien polémique. http://catherinecerisey.wordpress.com/2012/09/17/polemique-sur-le-depistage-et-si-on-laissait-les-femmes-decider/
    Merci encore
    Bien à vous
    Catherine Cerisey

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  8. docteurdu16 dit :

    Monsieur,
    Vous êtes un grossier personnage qui censurez les commentaires, sauf quand ils sont favorables à vos thèses.
    Rien à foutre pour ce qui me concerne.
    Mais cela montre votre niveau de tolérance.
    Ignorez Peter Götzche et Bernard Junod.
    Vous êtes nul.
    Bonne journée.

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  10. jf mazoyer dit :

    On peut aussi renforcer la perplexité sur l’utilité du dépistage par les données épidémiologiques sur la dynamique comparative des cancers du poumon, du sein et de la prostate, telles qu’analysées par B.Junod http://www.formindep.org/Surdiagnostic-et-depistage-du.html .

    « Le tableau 1 précise l’évolution des effectifs annuels de décès et des diagnostics de cancer du sein entre 1980 et 2008. La mortalité générale régresse alors que la mortalité par cancer du sein ne régresse pas. Ce tableau est donc compatible avec l’hypothèse de l’inefficacité relative des pratiques de dépistage du cancer du sein par rapport aux changements d’autres facteurs de santé. »

    Quand à l’IRM, le risque de sa diffusion dans le dépistage est de contribuer à une augmentation des faux-positif, et de toute la problématique liée (angoisse, biopsies, diagnostics de cancers « histologiques » dont un certain nombre sans potentiel évolutif, sur-traitements, …)

    • docteurjd dit :

      L’IRM n’est evidemment pas un examen de première intention. Mais sa place dans le suivi des femmes à risque jeunes est importante.

      • jf mazoyer dit :

        OK, mais les femmes à risque échappent à la logique du dépistage systématique, et doivent bénéficier d’une surveillance particulière.

        • docteurjd dit :

          Mais ce ne sont pas les memes classes d’age. Une femme BRCA1 ne v pas attendre 55 ans pour avoir un cancer . Pareil pour les formes familiales. Et elles sont à des ages ou la densité mammaire impose d’aller au dela de la mammo

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  12. gigi dit :

    Merci pour ces synthèses très claires. Je me pose une question liée à mon cas personnel et de plusieurs personnes. Ces études portent sur des femmes de plus de 50 ans. Qu’e’ est-il des femmes plus jeunes ? L’âge n’entre-t-il pas aussi dans les critères de décision de traiter ou non ?
    Par ailleurs, et je pars de mon expérience (cancer détecté grâce à la vigilance de mon médecin ), il me semble nécessaire de développer la prévention auprès des femmes plus largement (consultation régulières, apprentissage de la palpation, etc ).
    Enfin, certains discours médiatiques laissaient entendre que les décisions étaient prises à la légères. il me semble que pour beaucoup de personnes la médecine est une science exacte. Elles ne comprennent pas la notion de bénéfice / risque.
    On aimerait donc entendre plus souvent des discours nuancés comme le vôtre.

    • docteurjd dit :

      Le dépistage organisé concerne les femmes à partir de 50 ans. Mais pour les femmes plus jeunes qui ont des facteurs de risque particuliers il y a une surveillance individuelle. Le depistage organisé dans cette tranche d’age pose des problèmes d’interprétation des radios en raison de la densité des seins.
      Merci beaucoup pour votre appréciation

    • goldoralex dit :

      l’autopalpation et la palpation chez le médecin ne sont pas des bons examens de dépistage, il a été écrit que les lésions retrouvées dans ces circonstances mesurent 2 cm de diamètre en moyenne au moment de leur découverte, on est plus dans le cadre du diagnostic de lésions cliniquement décelable que d’un dépistage de lésion préclinique

      ceci dit on peut faire des diagnostics de cancers du sein chez des femmes des 25 ans sans facteur de risque, on ne peut pas pour autant passer au crible tous les seins de toutes les femmes de 15 à 110 ans.
      Il est surtout conseillée de consulter son médecin quand on pense avoir une « boule » au sein même si le plus souvent il ne s’agit pas d’un cancer

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  15. Bonjour JD
    Merci pour cet article posé, argumenté et objectif.
    J’aurais néanmoins une critique est une remarque.

    La critique est que tu titres « …selon une nouvelle étude« . Il s’agit en fait d’une nouvelle analyse de données existantes. C’est donc une interprétation parmi d’autres, avec en effet un collège d’experts moins impliqués dans la polémique que ceux de l’INCa par exemple.

    La remarque est qu’il s’agit d’une méta-analyse, et qu’elle est donc dépendante des données sélectionnées. Or, toute la polémique repose sur une forte suspicion de fraude de la part de Tabar au sein des études suédoises qui pèsent lourd dans le dossier.

    Donc, si l’on part du principe que les données suédoises sont valides, je partage le point de vue que tu défends dans l’article.

    Si elles ont été falsifiées, elles faussent la synthèse et c’est Gøtzsche qui a raison.

    C’est terrible de penser que pour une chose aussi importante, qui concernent tant de femmes, nous ne pouvons pas nous appuyer sur des données solides.

    • docteurjd dit :

      Cher Dominique tu as raison. C’est une meta-analyse avec tout ce que cela implique. Les auteurs s’expliquent sur le choix des etudes et sur le rejet d’une d’entre elles. Ce que je trouve intéressant c’est leur volonté de demander qu’on informe plutot que de vouloir persuader

    • Epitaf_ dit :

      « J’aurais néanmoins une critique est une remarque. » Il y a un « est » en lieu et place d’un « et ».

      Sinon, vous n’êtes pas sans savoir qu’une méta-analyse est une étude à part entière. Si vous ne la considérer pas comme telle, alors c’est grave. Elle implique critère de jugement, critères d’inclusion et d’exclusion, méthodologie détaillée, analyse statistique poussée (dont les pondérations), etc. Bref, tout ce qui caractérise une étude. Et à ce titre, elle dépend, comme toute étude, des données « sélectionnées ». Sauf qu’elle présente en sus l’avantage de poser dés sa méthodologie les CI et CE selon lesquels chaque étude sera, ou non, retenue pour analyse. Alors que dans les études à échelle individuelle, même si de tels critères existent, il n’est pas rare qu’on s’affranchisse des outliers.

      Donc pas plus, si ce n’est moins puisque les chercheurs sont ici supposés neutres, de raisons de douter de leur travail ubuesque que de toutes les autres études que vous vous plaisez habituellement à commenter. Mais peut-être auriez-vous écrire le billet de JD ?

      Bien à vous,

      • Bonjour

        Laissons de côté l’orthographe, cela vaut mieux pour tout le monde. En revanche, les mots ont un sens.

        Je peux accepter la contestation du fait qu’une méta-analyse ne soit pas une étude. Question d’appréciation qui n’est pas aussi évidente que vous l’affirmez.

        En revanche, je ne vois pas en quoi le travail de cette équipe anglaise serait « ubuesque »http://fr.wiktionary.org/wiki/ubuesque
        Mais peut-être vouliez vous dire « titanesque » ?

        Si vous me relisez, vous noterez que je ne conteste pas la qualité de cette meta-analyse. Je note simplement qu’elle a intégré des données contestées, et que sa valeur est étroitement liée à la qualité de ces données, de même que la qualité d’un tout est liée à celle de ses sous-partie.
        http://www.prescrire.org/Fr/3/31/48036/0/NewsDetails.aspx

        • Epitaf_ dit :

          Bonjour,

          – concernant l’orthographe, vous et moi savons très bien à quoi je fais référence,

          – puisque les mots ont un sens, alors « analyse » est un terme assez réducteur pour qualifier une méta-analyse :

          « La réalisation d’une méta-analyse passe par l’élaboration d’un protocole. Les étapes de la méta-analyse sont celles de tout travail de recherche : formulation des questions posées, recueil et analyse des données, interprétation et diffusion des résultats, ouverture vers de nouveaux thèmes de recherche.

          Résumé des étapes d’une méta-analyse
          1. Formulation du problème abordé et de l’hypothèse à tester.
          2. Méthodologie de recherche bibliographique.
          3. Définition des critères d’inclusion et d’exclusion des essais à retenir pour l’analyse.
          4. Évaluation de la qualité des essais issus de la recherche bibliographique.
          5. Estimation d’un effet moyen à partir des données disponibles.
          6. Présentation des résultats.
          7. Interprétation des résultats.
          8. Formulation de nouvelles hypothèses à partir des conclusions obtenues. »

          Je ne pense pas qu’il y ait de place pour l’interprétation. En revanche je pense que vous jouez sur les mots afin de trouver quelque chose à ajouter.

          Effectivement, je parlais d’un travail titanesque (merci pour la coquille #Twice)

          Et si je vous relis, je ne lis que des évidences : oui, comme dans toute étude, la conclusion est inhérente à la « qualité » des données. Rien de bien neuf, si ? Le faire remarquer, c’est un peu comme dire à l’auteur « Mais enfin, tu manques d’esprit critique. N’as tu donc pas vu ceci ? »

          Dans l’ensemble, je trouve assez dommage de commenter pour commenter quand ça n’apporte rien à la discussion.

          Quand au lien Prescrire, c’est gentil, mais chacun sa bible 😉

  16. docteurdu16 dit :

    Monsieur,
    Vous avez écrit : « Les analyses sereines estiment ce surdiagnostic entre 4 et 12 % environ. »
    J’ignorais que l’adjectif serein fût un terme scientifique.
    Les analystes documentés comme Peter Götzsche et Bernard Junod arrivent, sur des essais danois et français, à 50 % de sur diagnostic.
    Est-ce serein ?
    Ce post aurait mérité plus de clarté.
    Dommage.

  17. Marc dit :

    Merci pour cette analyse pleine de retenue.

    J’ai deux remarques:

    1) La méta-analyse n’a-t-elle pas le niveau de « preuve » le plus bas ?

    2) Quand on parle dépistage du K du sein , on ne parle que de mammographie or l’examen des seins par échographie ( pas d’irradiation) est plus sensible et plus spécifique .
    Par ailleurs , il ne prends pas plus de temps , ni ne coute plus cher au final.
    Pourquoi alors ne jamais parler de l’échographie en première intention d’autant que si je ne m’abuse, si une mammographie est suspecte, la femme passe une échographie avant toute investigation « agressive »

    • docteurjd dit :

      La meta-analyse bien conduite apporte des informations. Tout dépend de ce que vous mettez dans le panier. de plus celle ci s’appuie sur 11 essais randomisés dont les résultats vont à peu près dans la même direction.
      Quant à la place de l’chographie, elle reste quand même un examen complémentaire quand il y a des seins denses. mais le temps d’examen et la disponibilité des opérateurs ne sont pas les mêmes.
      L’examen ideal serait l’IRM mais là …:!

  18. Silv dit :

    Bonjour, je suis en D4, et je ne comprend pas trop qu’on fasse si peu la différence entre diagnostique et sur-traitement;
    Le cancer, est un diagnostique anatomopathologique, et le traitement, est lié à ce diagnostique histologique, et ce n’est surement pas un diagnostique radiologique!… La mammographie n’étant la que pour orienter, en pratique, de l’indication de la biopsie par rapport aux critères ACR !
    Ainsi, comment arriverait on a un traitement agressif, sur une tumeur qui n’en est pas une ?
    J’espère que vous pourrez clarifier mes interrogations !

    • docteurjd dit :

      On ne parle pas de faux positifs mais de surdiagnostic.
      C’est très différent. Un surdiagnostic concerne une tumeur maligne dont le profil évolutif n’est pas avéré ou à très bas bruit. Un exemple c’est le lobulaire in situ ou le canalaire in situ.
      Je l’ai précisé dans l’article

    • goldoralex dit :

      autrement dit
      des cellules ou une architecture cancéreuse à l’anapath ne signifie pas exactement maladie cancéreuse évolutive, comme le dit docteur jd, les carcinome in situ découverts à l’anapath peuvent être de « vrais » cancers… ou ne pas l’être
      d’autre part l’anapath n’est pas toujours une science exacte, on pourrait faire des doubles lectures systématiques pour l’anapath comme on le fait pour les mammos et on s’apercevrait que les médecins anapath ne sont pas toujours d’accord entre eux

  19. B. dit :

    Article enrichissant. Jeunes internes de médecine générale, nous ne savons plus où donner de la tête…
    Merci.

  20. Iris dit :

    Je suis concernée par le cancer du sein, merci pour ces explications claires. 4% à 12% de surdiagnostic ou 129 sur 10000, c’est 100% pour la femme qui va subir la chirurgie, la radiothérapie.
    Ne pensez vous pas que dans quelques années il n’y aura plus que des femmes avec des balafres sur les seins? Certes on aura gagné en mortalité…. mais à quel prix : si on trouve quelque chose à la mammo, c’est difficile de ne pas traiter !
    Ces études sont basées sur des dépistages organisés qui ne prennent en compte que le sexe et l’age, n’y a t il pas un biais ?
    L’important n’est il pas le dépistage ciblé, la détection des femmes à risque plutôt que ce dépistage de masse?
    Et il me semble indispensable d’obtenir le remboursement de la mammographie à 100% et ce quelque soit l’age pour être dans une véritable politique de dépistage.
    Et là où je vous rejoins, Informer est essentiel pour que le couple femme/medecin prennent les décisions les plus argumentées et sereines.
    Iris

    • docteurjd dit :

      J’aimerais que les choses soient aussi simples.
      mais les cancers sporadiques, sans histoire familiale existent également.
      J’ai récemment été confronté à un cas très complexe avec trois avis différents de trois spécialsites respectés.
      je crois que ce sont les signatures génomiques qui aideront beaucoup en donnant des scores de récidive et en limitant le recoutrs à la chimio.

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