Nobel 2012 de médecine pour les cellules souches induites pluripotentes : des cellules adultes qui retombent en enfance

L’attribution du prix Nobel de médecine et physiologie 2012 à deux chercheurs, le britannique John Gurdon et le japonais Shinya Yamagata récompense les recherches sur les cellules souches, ce nouveau Graal de la médecine.

Gurdon a été le premier montrer qu’on pouvait prendre le noyau d’une cellule adulte, le mettre dans un ovocyte duquel on avait retiré le noyau et obtenir des cellules souches  de type embryonnaire.

Trente ans plus tard Yamanaka va franchir un nouveau pas en publiant en 2006 ses travaux sur ce qu’on appelle désormais les IPS en anglais pour ‘cellules souches induites pluripotentes’.

Que cache ce vocable ? La possibilité de ‘rajeunir’ des cellules adultes et de les ramener au stade de cellules de type embryonnaire sans enlever le noyau.

Et la chose n’est pas simple. Une cellule adulte de peau ou de foie est une cellule spécialisée qui sait faire certaines choses et pas d’autres, contrairement à la cellule souche embryonnaire capable de se développer en n’importe quel tissu de l’organisme.

Les japonais ont utilisé un type de cellule présent dans la profondeur de la peau, le derme. Cette cellule, le fibroblaste, fabrique en particulier le collagène.

Ils ont, au moyen d’un rétrovirus, introduit dans le noyau de ce fibroblaste quatre gènes.
Incorporés au programme génétique du fibroblaste, ces quatre gènes ont fait ‘remonter le temps’ à la cellule. Elle redevient une cellule de type cellule souche embryonnaire prête à fabriquer aussi bien de l’os que du foie, du cœur ou des neurones.

On imagine l’extraordinaire potentiel de ces cellules. Réparer un ventricule lésé par un infarctus grâce à un ‘patch’ de myocarde tout nef, ou un bout de foie endommagé par une hépatite toxique. Et bien sur les grandes maladies  neurologiques, comme la maladie de Parkinson, la chorée de Huntington et la maladie d’Alzheimer.

Mais  on en est encore loin. La première application à attendre de ces recherches c’est de disposer de cultures cellulaires correspondant aux organes que l’on veut traiter afin de tester de nouvelles molécules et vérifier leur effet sur le fonctionnement des cellules.
Cela permettra de multiplier les tests sans mettre en danger la vie des patients et éviter de faire des essais cliniques avec des molécules dangereuses.

Le passage au traitement direct sur l’être humain se heurte pour l’instant à un très gros obstacle. Deux des quatre gènes utilisés pour reprogrammer la cellule adulte sont des ‘oncogènes’, c’est-à-dire des gènes susceptibles de déclencher l’apparition de cancers.

De nombreuses équipes à travers le monde cherchent le moyen de se passer à la fois du rétrovirus et surtout des gens pour la cure de jouvence.

L’idéal serait de trouver des  molécules chimiques, protéines par exemple, capables de reprogrammer  les cellules adultes en cellules souches. Quelques essais ont déjà eu lieu mais les résultats sont assez mitigés.Mais d’autres vecteurs sont aussi étudiés, comme des brins d’ARN.

L’équipe de yamanaka semble d’ailleurs sur le point d’avoir trouvé une solution en remplaçant un des genes problématiques, c-myc, par un autre promoteur.

Ses résultats sont suffisamment avancés pour qu’ils envisagent pour l’en prochain un premier essai à partir de ces cellules souches induites pluripotentes d’origine humaine sur des patients atteints de dégénérescence maculaire liée à l’aage, ma DMLA, qui concerne des millions de personnes à travers le monde et entraine une cécité progressive chez les personnes agées.

Pour l’instant donc, les cellules souches embryonnaires restent les meilleures candidates à la conquête de cette médecine du futur mais elles soulèvent des controverses et des questions éthiques qui freinent les recherches.

A LIRE

En 2009 les deux chercheurs récompensés aujourd’hui ont reçu le prestigieux prix Lasker, 
On pourra lire ici, en anglais, une bonne description de leurs recherches.

Petit détail amusant : Quand Gurdon a commencé sa recherche, Yamanaka n’était pas né.

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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9 réponses à Nobel 2012 de médecine pour les cellules souches induites pluripotentes : des cellules adultes qui retombent en enfance

  1. winbet dit :

    moi aussi j’ai la maladie de charcot .Je cherche des personnes qui ont la même maladie pour échanger.

  2. BornToRun dit :

    @ Domec

    Si le bon docteurjd m’y autorise, j’aimerais vous laisser mon adresse mail afin d’échanger avec vous à propos de la maladie de Charcot.

    Puis-je ?

    • docteurjd dit :

      je n’ai aucune compétence particulière sur la SLA et je ne pense pas vous être très utile. Mais écrivez moi si vous le souhaitez !

      • BornToRun dit :

        Pardon Mr Flaysakier, je serai vraiment ravi de converser avec vous, mais en l’occurrence je souhaitais savoir si le premier intervenant Domec souhaitait parler avec moi de la maladie de Charcot. J’espère que cela est possible.

        Mais je lis régulièrement votre blog et vos interventions sur Twitter sont savoureuses !

  3. Domec dit :

    souffr ant de la maladie de Charcot ou SLA y a t-il un espoir ?

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