Cancer : La chimiothérapie reste le traitement majeur de la maladie.

Il y avait déjà les antibiotiques qui fatigueraient, apparemment plus que la maladie et la fièvre ! Ajoutons maintenant la chimiothérapie qui ferait ‘pousser’ les cancers ! Analyse d’une hasardeuse extrapolation d’un travail scientifique publié dans ‘Nature Medicine’.

Depuis quelques jours, j’imagine que les salles d’hôpital de jour où l’on accueille les personnes suivant une chimiothérapie anticancéreuse, doivent être en quasi-ébullition.
La presse et les divers médias n’ont-ils pas dit que la chimiothérapie pouvait faire ‘pousser ‘le cancer ?

Et sur les réseaux sociaux on voit fleurir des messages expliquant combien ces traitements peuvent être mauvais et destructeurs pour le corps.

Tout cela est parti d’une extrapolation d’un travail de laboratoire publié dans la revue scientifique britannique ‘Nature Medicine’ le 5 août 2012.

Ce travail a été réalisé à partir de prélèvements faits avant et après chimiothérapie chez des hommes atteints de cancer de la prostate.

Une précision liminaire s’impose : le recours à la chimiothérapie dans le cadre du cancer de la prostate se fait à des stades avancés, quand les traitements antihormonaux ont été épuisés.

Les auteurs de l’étude ont regardé le comportement des cellules cancéreuses mais aussi des cellules saines entourant la tumeur, ce qu’on nomme le microenvironnement.

Ce microenvironnement est l’objet de beaucoup d’attentions dans la recherche sur le cancer car on s’est aperçu que des cellules censées nous protéger se retournaient en quelque sorte contre nous et facilitaient la voie aux cellules cancéreuses pour se disperser dans l’organisme en franchissant des barrières supposées infranchissables !

J’ai déjà évoqué ces recherches dans le cadre du cancer du sein et la référence de l’article se trouve en bas de page.

Ce qu’ont constaté les chercheurs chez ces patients au cancer très avancé et ne répondant plus aux traitements classiques, c’est que la résistance au traitement était sans doute explicable par l’action indirecte de la chimiothérapie sur certaines cellules saines entourant la tumeur.

Leur attention s’est portée sur les fibroblastes, des cellules qui fabriquent des fibres dans les tissus profonds, comme le collagène par exemple.

Ces fibroblastes, situés en zone de tissu sain, ont montré après chimiothérapie, des phénomènes inflammatoires.
Cette ‘souffrance’ cellulaire a provoqué la libération de diverses substances, dont l’une de la famille des cytokines est dénommée WNT 16B

Ce signal chimique a été capté par la tumeur qui s’en est servi pour développer de nouvelles cellules cancéreuses et donc résister au traitement.

On a donc identifié un mécanisme nouveau, mais pas unique, pouvant expliquer pourquoi les chimiothérapies peuvent, parfois, être moins efficaces, voire plus du tout efficaces.

Mais de là à en conclure que les chimiothérapies font ‘pousser’ le cancer, il y a une marge que même avec des bottes de sept lieues on ne peut franchir.

Les cancers sont des maladies redoutables mais dont on arrive à guérir désormais dans plus de 50 ¨des cas. On arrive à stabiliser la maladie sur le long terme chez une proportion de plus en plus élevée de patients.

La maladie est sévère, le traitement est agressif, il ne peut en être autrement.
Mais il ne faut pas se tromper de combat. On n’a jamais vu cette maladie guérir spontanément.
Et malgré l’avènement de nouveaux traitements, comme les thérapies ciblées, la chimiothérapie reste un instrument fondamental et indispensable.

Mais cela suppose qu’on l’utilise à bon escient. De plus en plus de recherches sur la génétique des tumeurs permettent de savoir qui va répondre et qui ne répondra pas à une chimiothérapie donnée. Une information importante car un traitement inefficace accumule les effets toxiques.

La prise en charge de l’environnement tumoral est aussi de plus en plus à l’ordre du jour : médicaments détruisant les vaisseaux qui nourrissent la tumeur, tentative de modification de l’immunité pour construire une barrière autour du cancer etc. Le but est de cibler toutes les sources potentielles favorisant la résistance mais aussi de ‘retourner’ des cellules qui ont pris la sinistre habitude de collaborer avec les cellules cancéreuses.

La connaissance progresse vite. Sans doute pas assez pour celles et ceux qui doivent endurer les effets de la maladie et de ses traitements.

Mais il est fondamental de ne pas baisser les bras, de ne pas écouter et lire n’importe quoi et, en cas de doute, de demander à son médecin de famille et à son oncologue de répondre aux questions qu’on se pose.

C’est le devoir de ces spécialistes de prendre le temps de parler avec leur patient, même si la question les agace ou leur semble anodine.

Sinon, c’est conduire les patients directement dans les bras de magiciens, de gourous et d’escrocs qui n’attendent que cela.

Référence de l’étude :
Yu Sun et al.

Treatment-induced damage to the tumor microenvironment promotes prostate cancer therapy resistance through WNT16B:
Nature Medicine.  Published online 5 August 2012; doi:10.1038/nm.2890

Lire aussi sur ce blog l’article consacré à la façon dont on commence à traiter le microenvironnement des tumeurs du sein

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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2 réponses à Cancer : La chimiothérapie reste le traitement majeur de la maladie.

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  2. jf berdah dit :

    Bravo pour avoir repéré cet article, dont certaines constatations pourraient faire un peu vaciller nos convictions.
    Beaucoup de papiers sortent, dont les conclusions demeurent sans lendemain, tant au plan thérapeutique (combien de molécules prometteuses mort-nées …?) que fondamental.
    Mais vous avez brillamment remis l’ouvrage sur le métier, et redonné les conseils d’usage pour les patients et je vous en remercie.

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