VIH/SIDA CROI 2012 : De nouvelles armes pour traiter la co-infection VIH-VHC

Près d’un tiers des personnes infectées par le virus VIH le sont également par le virus de l’hépatite C. Une situation qui complique beaucoup les choses mais qui bénéficie d’une recherche intense en matière de nouvelles molécules. Quatre d’entre elles ont été évoquées à Seattle lors de la dix-neuvième édition de la CROI.

La co-infection par le virus VIH et le virus de l’hépatite C représente un pôle d’intérêt très prégnant pour les spécialistes du sida. Longtemps négligée, cette co-infection VHC/VIH a grevé lourdement le pronostic des patients ainsi ‘oubliés’. Car l’hépatite C est une maladie agressive, surtout en fonction du virus qu’on a contracté.
Il n’y a pas un, mais des virus de l’hépatite C, distingués par ce qu’on appelle leur génotype.
Grace à une bithérapie, faisant appel actuellement à l’interféron 2 alpha sous une forme dite pegylée (PEG2b) et à la ribavirine (RBV), un nombre non négligeable de patients ont pu obtenir une réponse virologique durable, c’est-à-dire la disparition de toute trace de virus dans le sang et sa probable élimination de l’organisme.
C’est le cas pour les génotypes 2 et 3.

Mais ce traitement n’a que très peu d’effets sur le génotype 1 (GT1) retrouvé fréquemment chez les patients co-infectés.
Or, dans un nombre restreint mais non négligeable de cas, l’hépatite virale chronique va entrainer une cirrhose du foie, qui peut évoluer ensuite en hépatocarcinome, c’est-à-dire un cancer du foie.

Mais les choses changent et elles changent vite. Ainsi deux molécules, dites inhibiteurs de protéases, ou IP, ont fait leur entrée depuis quelque temps dans l’arsenal thérapeutique : le boceprevir(BVP) et le telaprevir(TVP).

Utilisées sur des personnes infectées seulement par le virus VHC, elles sont désormais testées sur des patients co-infectés VHC/VIH.
Elles sont utilisées en conjonction avec la bithérapie classique PEG2b/BVP.

Deux études positives

Le boceprevir a ainsi été étudié chez des patients co-infectés porteur d’un virus VHC de génotype 1 et dont l’hépatite chronique n’avait jamais été traitée.
Soixante-quatre patients ont reçu la bithérapie pendant 4 semaines, puis le BVP a été ajouté pendant 44 semaines.
Trente –quatre autres ont reçu la bithérapie et un placebo pendant la même durée. Le suivi à l’arrêt du traitement à duré 24 semaines.
Au terme de cette période on a mesuré la ‘sustained viral response’ ou SVR, c’est-à-dire le fait que le virus soit indétectable dans le sang.

61 % des patients sous BVP ont eu un virus indétectable 24 semaines après l’arrêt du traitement. Ils n’étaient que 27 % dans le groupe recevant la bithérapie et le placebo.

Dans la deuxième étude, qui comparait d’emblée l’ajout du telaprevir à la bithérapie à un groupe sous bithérapie seulement, 74 % des membres du groupe TPV ont eu une réponse durable, contre 45 % dans le groupe contrôle. Cette mesure a été faite 12 semaines après l’arrêt du traitement.

Il y a eu un certain nombre d’effets secondaires, certains assez sévères, avec une fatigue importante, des maux de tête, des éruptions mais aussi des atteintes sanguines comme des anémies ayant parfois nécessité des transfusions et des neutropénies, c’est-à-dire une chute du nombre de globules blancs.

Les deux molécules ont très peu interagi avec les traitements antirétroviraux donnés pour le VIH, une molécule pose néanmoins un problème, c’est l’efavirenz, EFV.
La présence de cette substance dans le régime antirétroviral d’un patient entraine des réactions qui vont devoir être explorées plus avant dans les essais à venir.

L’arsenal se remplit

Si ces deux molécules, déjà homologuées en Europe, tiennent la corde, d’autres produits pointent à l’horizon. Le MK-5172, en début d’évaluation représente une nouvelle classe thérapeutique et semble avoir une efficacité conservée sur nombre de virus mutants. Le TMC-435 un inhibiteur de protéases a aussi des premiers résultats encourageants mais pose problème avec l’efavirenz.

Le petit dernier c’est le GS-7977. Ce produit n’est pas un IP mais  un analogue de nucléotide, c’est-à-dire un leurre qui vient perturber le message génétique du virus lors de sa réplication.
Les essais de cette molécule ont été menés chez des patients qui avaient résisté aux traitements classiques. Utilisé sans l’interféron mais avec la ribavirine seulement, il a entrainé en huit jours la disparition du virus dans le sang chez 100 % des patients. Cette disparition n’a duré que quelques semaines et tous les patients ont fini par rechuter.
Mais l’essai était préliminaire et les dosages et durées de traitement sont à affiner.

La prise en charge des patients co-infectés par les virus VHC et VIH doit donc être duale. La conjonction des effets secondaires des deux thérapies n’est sûrement pas agréable, mais réduire les dégâts hépatiques et les lésions inflammatoires liés à l’hépatite C ne peut que bénéficier aux patients porteurs de ces deux virus.

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
Ce contenu a été publié dans Non classé, avec comme mot(s)-clé(s) . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

2 réponses à VIH/SIDA CROI 2012 : De nouvelles armes pour traiter la co-infection VIH-VHC

  1. BERGEAS dit :

    Bonjour ,

    Mes salutations à mon ancien prof de physiologie version début des années 80 , ELAM et soirées place Plumereau … souvenirs ?

    Ma remarque s’inspire de deux de vos interventions l’une sur France 2
     » les génériques sont identiques aux princeps  » que je rapproche de celle sur France Inter dans la tête au carré à propos du V.I.H  » le problème du développement des molécules c’est le financement  »

    1 il existe un certains nombre d’études mettant en exergue des différences d’efficacité significatives entre certains génériques et molécules princeps et si certains génériques sont sous surveillance de l’AFSSAPS ( et affirmer qu’il suffit de prendre toujours le même si on pense au Levothyrox par exemple se trouve en opposition à la versatilité commerciale potentielle d’un pharmacien au sein du marché des génériques …) . On peut également ajouter les éventuels excipients à effets notoires et des galéniques n’ayant parfois rien à voir avec le princeps.

    2 Si l’industrie pharmaceutique mondiale n’a rien d’un  » chevalier blanc  » elle n’est pas pour autant constituée uniquement de potentiels  » criminels potentiels  » version Servier même si le sport national consiste à jeter des pierres à toute une profession ( qui ne soit pas la sienne ) à partir d’un seul exemple.

    Sans nier la problématique importante du coût de la santé et de sa prise en charge collective ( pourvu qu’elle perdure !) qui reste multifactorielle , les génériques sont en train d’accélérer la concentration de cette industrie et de déséquilibrer le schéma industriel d’investissement et de recherche sur lequel elle reposait , la montée en puissance des exigences de sécurité tout à fait louables pourraient aboutir également à des excès si on sait se rappeler qu’un médicament restera toujours définit par sa balance bénéfice risque pouvant évoluer dans le temps.

    En bref un avenir avec 5 ou 6 groupes pharmaceutiques majeurs mondiaux n’est pas à exclure et je ne suis pas convaincu que cette hypothèse favorise  » une saine concurrence  » une R et D sur certains axes si non rentables et un prix abordable…
    ( la R et D en antibiothérapie constitue pour moi un premier signal )

    Au passage de moins en moins de R et D et de fabrication en France donc de moins en moins d’exportation et moins de salariés à chaque fusion acquisition …

    En résumé imposer les génériques avec pour seul adage manipulateur  » c’est la même chose  » alors que les autorités maîtrisent tous les leviers ,dont le prix , est une grossière erreur, une baisse progressive du prix serait bien plus judicieuse ; quand au financement doit on et pourrait on … nationaliser l’industrie pharmaceutique ? et surtout qui pourra encore financer cette R et D dans l’avenir tout en assurant les risques juridiques attenant ?

    Une réponse voire un contact de votre part sur cette problématique d’avenir me ferait plaisir tout en nous ramenant 30 ans …
    dans le passé …

    Avec mes salutations E BERGEAS

  2. Jonathan Drayard dit :

    Trouver des traitements c’est bien, mais le problème reste encore la prévention. Même les vieux commencent à se débarrasser de leurs préservatifs.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.