HIV/SIDA CROI 2012 ; la prévention c’est simple comme un SMS

Pas de grandes avancées thérapeutiques cette année encore à Seattle. La Conférence sur les rétrovirus, la CROI, est quand même source de progrès importants en matière de prévention .

La prévention de l’infection par le VIH est le thème dominant des débats. Une prévention lors des rapports homosexuels masculins, mais également hétérosexuels, avec ce qu’il est convenu d’appeler les couples ‘sérodiscordants’. Sous ce vocable il faut comprendre un couple dont l’un des partenaires est séropositif pour le virus VIH et l’autre non.

Cette dernière situation se rencontre majoritairement dans les pays les plus défavorisés, notamment l’Afrique subsaharienne. Et l’enjeu est double : protéger le conjoint qui n’est pas contaminé et quand c’est la femme qui est porteuse du virus, prévenir la transmission de ce virus à l’enfant en cas de grossesse.

De nombreuses études sont menées en Afrique grâce au fait que les médicaments deviennent de plus en plus accessibles et justifient donc des politiques de dépistage à grande échelle.

Il faut dire qu’on vient de loin. En 2002, à peine un demi-million de personnes avaient accès aux traitements antiviraux, les ARV. En 2010 ce sont 6,5 millions de personnes séropositives qui, dans les pays défavorisés, ont pu être traitées. Mais on est loin du compte puisqu’on estime que dix-huit millions de personnes ont besoin de médicaments.

Le défi, dans ces pays, c’est d’instaurer une chaine. Commencer par le dépistage, puis référer à un centre de soins, dispenser le traitement et suivre et conseiller les personnes traitées.

En Afrique, les politiques de dépistage passent de mieux en mieux. Des expériences menées notamment au Mozambique ont même permis aux habitants de certaines communautés d’utiliser des ‘autotests’, un dépistage fait dans le cadre du foyer. Et le contrôle des résultats a montré une marge d’erreur très faible, validant la méthode.

Le passage au traitement n’est pas une fin en soi. Il faut s’assurer que ce traitement est correctement pris. Pour cela, les idées ne manquent pas. On utilise le conjoint pour s’assurer des prises, mais, plus original encore, la prévention devient simple comme un coup de fil, ou plutôt comme un texto !
Les téléphones portables sont extrêmement répandus en Afrique et toujours au Mozambique des messages de type SMS sont envoyés quotidiennement aux personnes suivies pour s’assurer de la prise médicamenteuse.

Dépister et traiter le plus tôt possible a un énorme intérêt : restaurer l’immunité, ce qui se traduit par une remontée du taux de certaines cellules de défense, les lymphocytes CD4.

Plus les lymphocytes CD4 sont élevés, moins il y a de transmission au partenaire et moins la mortalité est importante.

Mais ces progrès sont fragiles, restent sous-tendus à des possibilités de financement qui, en ces temps difficiles, vont devenir difficiles à trouver.
Sous-tendus également à la situation politique des divers pays où ont lieu les interventions. Pour mémoire, le Rwanda était, dans les années 90 un pays qui avait l’un des meilleurs programmes de prévention de transmission mère-enfant jusqu’à ce que survienne la tragédie de 1994.

Et avoir des traitements disponibles, c’est une chose, en suivre l’efficacité c’en est une autre. Pouvoir dépister d’éventuelles résistances est fondamental car on évite ainsi de gaspiller des ressources pour rien et de favoriser les transmissions de virus multi résistants. Il faut aussi s’assurer, paradoxalement, qu’on n’étiquette pas à tort des personnes comme ‘résistant au traitement’ alors que ces derniers sont efficaces. De telles erreurs, encore trop fréquentes, font passer à des traitements beaucoup plus onéreux, souvent plus toxiques et parfaitement inutiles en la circonstance.

On a vu ces derniers mois de grandes organisations évoquer la fin de la pandémie dans un avenir pas si lointain. Cet affichage correspond peut-être à des tendances optimistes observées ça et là, mais le combat est loin d’être gagné.

Mais les études menées dans divers pays, Ghana, Mozambique, Botswana, montrent que la population a compris les enjeux et ne considère plus l’infection liée au VIH comme une invention occidentale.
Ce n’est donc pas le moment de les laisser tomber.

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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