Hallyday contre Delajoux :plus de plainte ni de complainte, mais des sous.

Il n’y aura donc pas, a priori, de procès intenté au Dr Delajoux par Johnny Hallyday.
Il faut dire que, malgré le lynchage médiatique dont le neurochirurgien  a été victime dès le début de l’affaire, il n’y avait pas grand-chose à reprocher au plan opératoire au praticien. Mais le défaut d’information qui lui était reproché est une réalité et une menace qui pèse sur nombre de professionnels.

Aucune assignation, pas de plainte devant l’Ordre des médecins mais un arrangement à l’amiable. Telle aura été la conclusion d’un feuilleton médiatico-médical mettant en avant d’un côté l’icône du rock’n roll, Johnny Hallyday né Jean-Philippe Smet, de l’autre Stéphane Delajoux, neurochirurgien. Un praticien assez ‘hors normes’ qui, par le passé n’a pas toujours fait parler de lui en termes favorables et dont les frasques sentimentales avec des femmes célèbres ont alimenté les pages ‘people’ des magazines.

Souvenons- nous des faits et précisons, au passage, quelques points.
En novembre 2009, l’idole des jeunes et des moins jeunes, qui souffre beaucoup du dos depuis longtemps et arrive à tenir grâce à des infiltrations, décide de se faire opérer de la colonne vertébrale.

Le geste pratiqué par le Dr Delajoux est une laminectomie. Le but est d’enlever un bout de vertèbre afin d’élargir le canal lombaire. C’est dans ce canal que passe la moelle épinière d’où partent les racines nerveuses.

La moelle épinière est entourée de trois couches de méninges, dont la plus externe est la dure-mère. Le liquide céphalorachidien ou LCR circule dans ces méninges.

Lors de l’intervention, le chirurgien a causé une petite plaie de la dure-mère, un incident fréquent lors de cette chirurgie. Il faut donc réparer la lésion de façon très hermétique et bien surveiller les suites en raison du risque infectieux, notamment d’une méningite.

Sans pouvoir dévoiler tout ce qui s’est passé à la clinique et dans les jours qui ont suivi l’intervention, on peut dire que le patient Hallyday n’était pas du genre à être le patient alité !
Difficile de contrôler en effet un tel personnage.

On sait ce qui s’est passé par la suite. Le chanteur n’avait de cesse de quitter le territoire français. Il a donc vite pris un avion pour aller rejoindre sa famille à Los Angeles.
Les images de son arrivée aux Etats-Unis dans un fauteuil roulant ont été, a postériori, interprétées comme les signes d’une grande souffrance.

Je rappelle que des photos faites les jours suivants dans un restaurant de la ville le montrent sautant dans les bras d’un basketteur belge évoluant en NBA.

Ce qui ne se discute pas c’est que le chanteur a fait un épisode infectieux qui a posé un gros problème. Il a fallu, en effet, dans un premier temps, avoir recours à ce qu’on appelle en médecine une ‘sédation’. Rien à voir avec une mise en coma artificiel.

On a recours à cette méthode quand un patient, victime d’une infection par exemple, va présenter des signes importants d’agitation empêchant une prise en charge satisfaisante.
C’est le cas par exemple lorsqu’une personne ayant une consommation d’alcool importante se trouve, de fait, en état de sevrage.

La suite a été beaucoup plus sévère avec nécessité d’intervenir sur la paroi abcédée et mise, cette fois sous ventilation artificielle.

D’emblée, le geste chirurgical du Dr Delajoux aura été mis en cause sans preuve. On a parlé de ‘boucherie’ par exemple.

Les expertises ont montré qu’il n’en a rien été et que la procédure chirurgicale a été menée dans les règles de l’art. La zone lésée a été suturée correctement.

Mais ce qui a péché c’est le ‘service après-vente’, c’est ce que les experts ont qualifié de ‘défaut d’information’.
Il est évident que Johnny Hallyday est un patient particulier, rien que par sa notoriété.
Particulier aussi par son mode de vie et ce que son épouse elle-même qualifiait dans le magazine Elle de ‘démon’ : l’excès de consommation d’alcool.

Delajoux savait qui il opérait et face à de tels patients, il faut être sûr que les informations que l’on donne auront été bien comprises, ce qui n’est pas évident.
Et il ne suffit pas de faire signer des kilos de paperasse pour se sentir dégagé de toute obligation.
Il faut, bien entendu, informer le patient en préopératoire.  Et il faut que le patient sache poser les questions et obtenir qu’on lui réponde.
Savoir expliquer le geste, les éventuelles complications les plus fréquentes, les suites opératoires immédiates.

Expliquer aussi les choses à faire et à ne pas faire. Oralement et par écrit pour le patient.
Mais également consigner dans le dossier médical toutes ces informations en y incluant les heures de début et de fin de consultations.

Comme le rappelle François Vialla, un des meilleurs juristes en matière de droit de la santé, le juge sera plus ‘sensible’ à ces annotations dans le dossier qu’à un formulaire de ‘consentement éclairé’ standard qu’on fait signer au patient.

La faute de Delajoux c’est de ne pas avoir su se bordurer face  à un patient quasiment ingérable. Son geste, en revanche, ne prête pas à contestation.

Il aura pourtant été démoli d’emblée, notamment par des chroniqueurs qui ignoraient ce qui avait été fait au bloc.

Le paradoxe c’est que trainer dans la boue Delajoux était permis mais révéler que le chanteur avait du être ‘sédaté’ en raison de signes d’agitation faisant craindre un accident de sevrage était considéré par un de ces chroniqueurs à la mode comme une ‘violation du secret médical’.

Secret de Polichinelle plutôt.

Je précise que je ne connais pas le Dr Delajoux, que je ne l’ai jamais rencontré, que nous ne sommes pas amis et que je n’ai jamais été son patient.
Je précise également que je suis un fan de Johnny et que je connais presque toutes ses chansons anciennes !

Analyse juridique

le blog Actualités du Droit fournit des explications quant aux décisions ayant mené à la transaction.

 

ACTUALISATION AU 21/02/2012

Il semblerait que le montant de la transaction finale ne dépasse pas le million d’auros, alors qu’on avait évoqué des sommes de l’ordre de 30 millions d’euros au début de l’affaire.

La somme allouée au chanteur couvrirait les frais- élevés- d’hospitalisation à Los Angeles (environ 300 000 euros). S’y ajoutent les jours d’incapacité à assurer la tournée. Là encore la négociation aurait abouti à une durée de 20 jours, correspondant au temps supplémentaire d’arrêt d’activité par rapport à une cure de hernie discale sans problème.

Enfin le pretium doloris serait de quelques milliers d’euros auxquels il faut ajouter l’indemnisation de l’infection nosocomiale constatée chez le chanteur.

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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8 réponses à Hallyday contre Delajoux :plus de plainte ni de complainte, mais des sous.

  1. Cc dit :

    …. Et la femme en fauteuil à vie dans le loiret … Qui elle n a pas « gagné » des millions … Suite à opération, procès gagne pour elle pas ébruité …. Une grosse pensée à cette femme et à sa vie détruite

  2. olblobsfreight dit :

    Excellent papier ! tout est dit, avec discernement.
    Je n’ai pas d’interet particulier pour delajoux, et moi aussi, j’aime beaucoup Johnny…
    La médecine reste un métier ou on travaille sur de l’humain et cela reste eminemment complexe, c’est au médecin de s’adapter, pas au patient, qui , quel que soit son mode de vie, est en état de fragilité.

  3. normand dit :

    mais le public sait trés bien que johnny hallyday est alcolique et j’en passe c’est pas un secret et y a pas que lui dans le show bizz!!!!!

  4. Dr LC dit :

    Oups ! Cela fait frémir, quelle responsabilité pour tous les médecins, il faut savoir refuser un patient et c’ est loin d’ être simple et cela peut être reproché évidemment. Quelle responsabilité des Médias également !
    Mais pour la majorité qui fait son boulot honnêtement, il faut qu’ elle puisse le faire sereinement !!! Sinon, ce sera fini de la médecine à la française.

  5. tout ceci aurai dû rester sa vie privée, mais dur quand on est aussi connu!

  6. John Snow dit :

    Il est certain qu’il y avait dans cette histoire tous les ingrédients du parfait mélodrame: un chirurgien sulfureux, un enfant terrible, des liaisons dangereuses, de l’alcool, une larme de transgression et un brin de dépaysement…
    Dès le départ et malgré l’emballement médiatique, la résolution de cet épisode sur le mode financier n’avait j’espère échappé à personne. L’argent était clairement inscrit en filigrane tout le long de l’histoire (l’annulation de la tournée), une fois la tourmente passée place maintenant aux assurances.

    Vous oubliez au passage l’agression physique dont a été un temps victime le Dr Maboul. Je n’ai aucun grief particulier contre le chanteur, mais je me pose des questions: à la relecture de cette tragique histoire et partant du fait que monsieur Smet se fait vieux (désolé!), que son état de santé ne va guère aller en s’arrangeant (encore pardon!), restera-t-il un médecin assez fou pour s’occuper dudit chanteur à l’avenir? Qu’adviendra-t-il du malheureux dernier qui croisera sa route quand la vindicte populaire rejouera sa pièce?
    Personnellement, je passe mon tour. Et si j’étais Johnny, j’aurais du souci à me faire. Mais peut-être existe-t-il une assurance pour ça aussi!

    • docteurjd dit :

      Je n’ai pas parlé de l’agression parce que l’enquête s’est orientée vers un proche d’une ancienne compagne du médecin ! Il n’était semble t-il pas le premier à avoir été consulté par le chanteur mais le seul pour être assez imprudent et non seulement accepter d’opérer mais de sûrement minimiser les suites.

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