Maladie d’Alzheimer : la piste du berxarotene, intéressante mais pas la solution.

Tout ce qui concerne la maladie d’Alzheimer provoque des réactions souvent spectaculaires. Tel est le cas avec la dernière publication en date dans la revue Science. En vedette, le bexarotene, une vieille molécule . Mais attention aux risques d’utilisation ‘sauvage’.

Le bexarotene vient de connaître une actualité inattendue. Ce médicament, qui appartient à la famille des rétinoïdes, dérivés de la vitamine A, est une vieille molécule. Il est utilisé dans une forme particulière de cancer, le lymphome cutané à cellules T.

Mais depuis quelques jours, il a fait son entrée dans le monde de la maladie d’Alzheimer.
Non pas chez l’humain, mais chez la souris, plus précisément des souris génétiquement modifiées pour développer rapidement des lésions cérébrales proches de celles rencontrées dans la maladie humaine.

Une équipe de recherche de l’université Case Western Reserve, près de Cleveland, aux Etats-Unis a, en effet, choisi d’administrer cet anticancéreux aux animaux.
Pas une idée en l’air, non, pas une lubie de scientifiques mais un essai motivé par des données scientifiques.

Ce médicament est capable, en effet, d’aller stimuler des récepteurs situés dans le noyau des cellules. Ces récepteurs vont moduler l’action de certains gènes. Le gène qui commande la production de la protéine ApoE va être notamment amené à augmenter la production de cette protéine.
L’ApoE est impliquée dabs divers mécanismes dans l’organisme, notamment   dans le transport du cholestérol, mais aussi dans le ‘nettoyage’ de certains dépôts de fibres dans le cerveau.

Ces fibres dites beta-amyloïdes sont découpées en petits morceaux et éliminées quand tout va bien. Mais, parfois, le ménage se fait mal ou insuffisamment, notamment lorsque c’est une forme d’ApoE qui est majoritairement présente, l’ApoE4.

Dans ce cas, les fibrilles se déposent, s’agglutinent entre elles, forment des plaques autour des synapses, ces zones où les cellules nerveuses communiquent entre elles.   Cette accumulation en même temps que d’autres phénomènes va participer à la destruction des neurones et, en premier lieu, entrainer des troubles cognitifs, des atteintes de la mémoire et de l’odorat.

Beaucoup de tentatives  ont été faites depuis des années pour arriver à se débarrasser de ces dépôts. Sans succès, malgré de belles réussites chez l’animal.

La publication le 10 février 2012 dans la revue Science des travaux américains relance donc l’espoir de tenir une piste intéressante.
Donné sur de courtes périodes, le bexarotene a favorisé l’élimination des formes solubles de la substance amyloïde. Mais il a également fait diminuer le volume des plaques.
Il n’a pas cependant restauré le capital neuronal.

Les animaux ont récupéré une de l’odorat et ont eu une amélioration de leur comportement. Résultats obtenus dès la diminution de 30 % de la fraction soluble des dépôts amyloïdes.

La diminution de la taille des plaques chez les animaux plus âgés n’a rien changé, en revanche, constatation identique à celle faite lors des essais du vaccin de la firme Elan à base d’un anticorps anti-substance A-beta amyloïde.
Ce travail est donc très encourageant parce qu’il montre qu’en stimulant certains récepteurs à l’intérieur des cellules gliales, chargées de faire le ménage dans le cerveau, on pouvait stimuler la production d’ApoE et ainsi augmenter ce qu’on appelle la clairance des fibres amyloïdes. Ces récepteurs appelés RXR sont les récepteurs X aux rétinoïdes.

Mais il faut bien voir que ces résultats ont été obtenus avec une administration du produit sur de très courtes périodes et non pas de façon continue pendant des mois. Cette administration en continu n’a pas été couronnée de succès.

Or, comment imaginer ne pas traiter e façon chronique des patients dont la maladie évolue sur un mode continu pendant de longues années ?

C’est là que risque de se poser un autre souci : le bexarotene est un médicament anticancéreux, pas de la poudre de perlimpinpin. Il a donc des effets secondaires non négligeables.

Il peut provoquer des hypothyroïdies mais aussi une élévation massive de certaines graisses du sang, les triglycérides.
Et  des élévations massives, pouvant aller jusqu’à 20 à 30 fois la normale. Cela implique donc des risques de pancréatites aigues et d’accidents cardiovasculaires, d’autant qu’on imagine que les artères de septuagénaires ne sont peut-être pas dans un état comme neuf !

Cela veut dire qu’il faut absolument adopter une attitude très prudente  et surtout ne pas inciter à utiliser ce médicament de façon sauvage, étant donné qu’on peut se le procurer en ligne.

En l’état actuel, on ne sait pas s’il sera efficace au long cours et surtout on ignore quel sera le dosage utile.
Vu les effets secondaires cités plus haut, une prise de bexarotene hors de tout essai contrôlé pourrait être catastrophique.

Référence de l’étude :
E.Paige et al.
ApoE-Directed Therapeutics Rapidly Clear β-Amyloid and Reverse Deficits in AD Mouse Models
Science.Published online 9 February 2012; 10.1126/science.1217697

 

 

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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4 réponses à Maladie d’Alzheimer : la piste du berxarotene, intéressante mais pas la solution.

  1. klein nicole dit :

    Bonjour Mr Flezakier,
    Atteinte de la maladie d’alzheimer, j’ai été intéressée par votre article (même ancien) sur cette maladie. Cependant constat est fait qu’à l’heure actuelle il n’y a toujours pas de traitement ni pour ralentir cette maladie, ni pour arrêter le processus de développement de cette maladie. On en est toujours au même point : on sait qu’il s’agit d’un aggloméra de la protéïne Tau mais on ne sait toujours pas comment le traiter.
    Si je me permet de vous contacter, c’est tout simplement parce qu’on parle de cette maladie comme une maladie de « vieux » et qu’on oublie que de plus en plus de « jeunes » en sont touchés.
    A l’heure actuelle des structures de prises en charge familiale (et oui parce qu’il y a en plus les familles), des ateliers pour les patients, des structures de prises en charge en hospitalisation toujours pour soulager les familles.Cependant très peu de choses ont été mises en place pour les patients de moins de 60 ans.
    Je n’ai pas la prétention de vouloir apporter des nouveautés à la science ceci d’autant plus qu’il s’agit d’une maladie qui existe depuis plus de 100 ans. Simplement j’essaie de faire bouger les choses : qu’on donne plus de moyens à la recherche et surtout qu’on augmente les structures de prise en charge DES PATIENTS ALZHEIMER âgés, moins âgés et ………. les jeunes.
    Je reste à votre disposition pour toutes questions pouvant vous intéresser concernant cette maladie et je suis prête à intervenir dans un débat concernant cette maladie.
    Cordialement.
    N. Klein
    azetotep_the_first@hotmail.fr

  2. galanga dit :

    Merci de cet article intéressant et prudent.

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