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Prothèses mammaires et cancer : un risque de lymphome extrêmement rare.

L’affaire des prothèses défectueuses de marque PIP est en train d’entrer dans la catégorie très médiatique des ‘scandales sanitaires’. Il semble donc utile de rappeler quelques éléments concernant la survenue de cancers associés au port de prothèses mammaires.

Le premier point concerne la survenue de cas de cancers chez les porteuses de prothèses.
On entend ça et là que les pouvoirs publics refuseraient de reconnaître un lien entre ces cancers et les prothèses défectueuses.
Quitte à passer pour un agent du pouvoir, j’abonde dans le sens de ces pouvoirs publics puisqu’à de rarissimes exceptions le lien entre l’exposition à un produit et la survenue d’un cancer est très difficile à prouver, voire quasi impossible.

Mais, en revanche, certaines expositions peuvent jouer un rôle favorisant dans le développement du cancer, qui est un événement multifactoriel.

Constater des cas de cancer chez des femmes autour de la quarantaine n’est donc pas ‘anormal’, fût-ce des adénocarcinomes, forme la plus fréquente des cancers du sein. Au contraire de la reconstruction après mastectomie, la pose d’implants à visée cosmétique se fait en laissant du tissu mammaire, tissu capable de donner lieu au développement de tumeur.
Des localisations cancéreuses primitives  hors du sein semblent également n’avoir aucun rapport avec la présence de la prothèse.

Ce qui, en revanche, est extrêmement peu fréquent et doit retenir l’attention c’est la survenue d’un type très spécifique de tumeur : le lymphome anaplasique à grandes cellules (LAGC, dénommé en anglais ALCL).
Un seul des huit cas actuellement signalés correspond à ce type de tumeur.

Les lymphomes sont des cancers qui touchent les cellules de défenses appelés lymphocytes ou leurs précurseurs. C’est le système lymphatique qui est concerné par l’accumulation des cellules tumorales, en particulier dans  les ganglions lymphatiques, la rate, la moelle osseuse
et le thymus.

Le plus connu des lymphomes est la maladie de Hodgkin. Les autres lymphomes sont dits ‘non hodgkiniens’ ou LNH. Il en existe une vingtaine de formes environ. Ces LNH représentent, environ 10500 cas par an en France

Le lymphome anaplasique à grandes cellules est développé à partir des précurseurs des lymphocytes T. Il représente entre 0,5 et 2% des cas de lymphomes non hodgkiniens selon les divers registres.

La rareté extrême de cette tumeur chez les porteuses de prothèses est illustrée dans une étude néerlandaise publiée en 2008 dans le JAMA.
Les auteurs de l’étude ont repris tous les cas de lymphomes du sein chez des femmes entre 1990 et 2006. Ils ont trouvé 11 cas de LAGC en 17 ans. Cinq de ces femmes étaient porteuses de prothèses mammaires bilatérales implantées dans un but cosmétique.

Leur analyse les a amené à conclure que le risque pour une femme porteuse de prothèse de développer ce lymphome particulier se situait entre 0,1 et 0,3 pour 100 000.

L’hypothèse derrière la maladie serait une réaction immune indirecte face à un corps étranger, sans qu’il y ait besoin d’avoir fuite de liquide.
Ce serait la capsule de la prothèse qui serait indirectement en cause. L’étude néerlandaise n’a pas montré qu’une marque était spécialement en cause.

En janvier 2011 la Food and Drug Administration, FDA, a publié une revue des cas connus.
La littérature internationale mentionne 34 cas de LAGC sur prothèses. La FDA estime qu’au total, une soixantaine de cas est survenue dans le monde. Il faut mettre ce chiffre en rapport avec environ dix millions de femmes porteuses de prothèses.

Ce qui est important à noter dans le document américain c’est que des cas ont été constatés aussi bien avec des prothèses remplies de solution saline qu’avec celles remplies de gel de silicone.

Cela tend à démontrer une fois encore que ce n’est pas le contenu mais le contenant qui semble être la source d’une réaction de l’organisme envers un corps étranger.

Il y a donc énormément d’inconnues dans ce dossier et quelques indices. Le risque est rarissime, mais il semble néanmoins que l’association entre prothèses mammaires et lymphome anaplasique à grandes cellules soit une réalité.

Ce lymphome se développe dans l’environnement immédiat de la prothèse. Il est constitué de cellules de type T, alors que les lymphomes du sein sont de type B.

Enfin, rappelons le, ces lymphomes se retrouvent avec les deux types de remplissage : solution saline ou gel de silicone.

Il semble constituer une entité à part dans la famille des LAGC, avec des caractéristiques propres .

Les prothèses PIP posent le problème d’une fraude industrielle sur un produit utilisé en santé humaine mais qui est un dispositif médical, pas un médicament.

Cette nuance a des implications en matière d’exigences de contrôle dans les processus de fabrication et de suivi, moins stricts pour ces dispositifs, même si cela est en train de changer au niveau européen.

Il est important que la magnitude du risque soit connue. Ce risque, quelle que soit la marque, est d’environ 3 à 5 cas pour un million.

Pour information, chaque année, en France, trente mille femmes reçoivent des prothèses mammaires pour des raisons esthétiques et beaucoup moins pour une reconstruction après chirurgie pour cancer du sein.

Références des études :

de Jong D,
Anaplastic large-cell lymphoma in women with breast implants.
JAMA. 2008 Nov 5;300(17):2030-5.
En accès libre

Anaplastic Large Cell Lymphoma (ALCL) In Women with Breast Implants: Preliminary FDA Findings and Analyses
January 2011
Center for Devices and Radiological Health
U.S. Food and Drug Administration

13 commentaires

1 ping

  1. Martine Castro a dit :

    Comptez sur nous, nous nous y employons… Et merci de propager de l’information « dédramatisée » et replacée dans son contexte.
    Je vous suis également sur twitter, @mesmotspassants. Donc, bon week-end.

    1. docteurjd a dit :

      Je pense que les choses vont aller rapidement en ce sens

    2. docteurjd a dit :

      Merci beaucoup

  2. Association PPP a dit :

    Merci , je partage sur notre twiter, notre page face book, ainsi que sur le forum de l’Association.

  3. Fabrice a dit :

    bravo pour votre intervention ce midi au journal de France2
    pas de concession pour les décideurs politiques ni les medeçins opportunistes (et je suis moi meme pédiatre)
    bien daccord avec vous, ce principe de précausion nous coute cher et pas seulement financièrement…
    gardez le cap, votre intégrité et votre honneteté honore notre profession

    confraternellement

    fabrice

  4. Jean-Pierre Boutin a dit :

    Je viens d’écouter l’intervention de JDK dans le journal de France 2 de 13h. Comme d’habitude, langage clair, objectivité, dénonciation des lobbies (des chirurgiens notamment!) et de la démagogie des politiques. Bravo docteur, j’espère que vous pourrez continuer à délivrer ce genre de message, c’est tellement rare … En tant que rédacteur adjoint des journaux de FR2, ne pourriez vous pas tenter de relever un peu le niveau des journalistes de votre rédaction qui ne mettent systématiquement en avant, outre les nombreux marronniers, que celles qui mettent en jeu l’émotionnel et les alarmistes même celles qui sont basées sur des allégations farfelues ou notoirement inexactes. Pour rester dans le domaine, que penser de Puijadas qui associe systématiquement problème des prothèses mammaires et cancer? Niaiserie, peut être ; incompétence, sûrement.

  5. poli a dit :

    Ces dames ont pris des risques de toutes évidences. aujourd’hui le devoir de pr »caution est indispensable, mais à ce titre je trouve inacceptable que la Sécurité sociale prenne en charge les 30000 opérations. ‘(OK pour les cas de réparations après cancer). Elles ont payé parfois jusqu’à 6ooo euros, pour un artifice narcissique. Le trou de la Sécu est déjà relativement important, il faut assumer ses erreurs.

  6. Chapuis a dit :

    Bonjour,

    Je suis chaque jour le 13h de France2 et ce jour, je vous ai entendu parler et donner des informations à propos du dossier PIP.Ce qui m’a beaucoup intéressé, ce sont les manquements évidents au niveau des contrôles des implants avant leur mise sur le marché par rapport à un médicament, aussi,vous avez précisé que d’autres marques d’implants pourraient être mises en cause.
    J’ai un témoignage qui pourrait vous intéresser.Je vais résumer mon histoire.
    -Octobre 1991 : Pose d’implants Mentor.
    -Septembre 2005 : changement d’implants sans enlever la capsule ( le tissus dont vous parlez dans l’article ci-dessus, temps d’intervention :1h45.
    -Mars 2008 : un cancer du sein, tumorectomie, chimiothérapie et radiothérapie et c’est là que mes ennuis commencent.Des douleurs qui vont amplifier et me faire chercher les causes de mes problèmes.
    Je vais trouver un chercheur en biomatériaux, canadien, qui connait très bien la silicone et ses effets dans le corps.Ce que vous dites dans votre article, il me l’a appris en 2009.J’ai donc décidé de me faire explanter en novembre 2011( j’insiste pour récupérer mes implants et tous les tissus qui les entourent ) malgré la fatigue et les douleurs qui me submergent.L’intervention durera 3h.
    -L’analyse de mes prothèses est révélatrice, les implants de 2005 sont intacts mais les tissus les entourant contiennent des résidus d’implants de 1991.
    -J’ai obtenu le compte-rendu complet d’analyse et aussi un document sur l’entreprise Mentor qui était dirigée par un escroc qui se verra interdire la vente de ses implants aux Etats-Unis mais qui continuera d’écouler ses stocks en Europe.J’ai donc été victime d’une implantation
    interdite aux USA.
    Le chirurgien qui a changé mes implants en 2005 a mis une étude en ligne que j’ai obtenu moyennant finances, il s’avère que les implants Mentor sont ceux qui présentaient en 2005, le plus de risque de fuite, comment admettre qu’en sachant cela, ce chirurgien me replace des implants Mentor.
    J’ai un document interne à l’entreprise Mentor qui détaille le fonctionnement « voyou » de l’entreprise .Beaucoup de similitude avec PIP.Mentor a été rachetée par Jonhson and Jonhson qui souhaiterait bien se débarasser de l’historique peu reluisant de Mentor.
    Que puis-je faire à l’heure actuelle ?
    Si vous voulez plus de détails, vous pouvez me contacter, si des personnes ont des problèmes avec des implants Mentor, je souhaiterais bien être mise en relation avec elles.
    Merci de me répondre

    1. NAHON Pierre a dit :

      Madame,
      Votre témoignage est interessant, j’aimerais bien que vous me contactiez.
      Dr Pierre Nahon

    2. deroche a dit :

      bonjour, j’ai pu lire votre témoignage conernant vos prothèses MENTOR.
      MOI même porteuse de prothèses mammaires MENTOR depuis 2 ans, je m’interroge bcp depuis l’affaire PIP. j’ai un suivi régulier avec mon chirurgien et gynécologue mais tjrs dans l’inquiètude car au couché j’ai des douleurs au sein gauche et à l’éco on ne voit rien d’anormal mais je me dis, vu qu’elles sont placées derrière le muscle pectoral je ne sais pas si on peut vraiment les voirs à l’éco moi même je ne les vois pas. Pouvez vous m’en dire plus sur ce labo MENTOR et votre experience personnelle.
      Cordialement. ERIKA DE LYON

  7. janneaud annie a dit :

    Je suis sur le point de subir une nouvelle intervention pour remplacement d’une prothèse
    Opérée en 2007 cancer du sein, j’ai bénéficié d’une reconstruction avec une prothèse Mac Ghan. Au fil du temps, cette prothèse s’est « dégonflée »
    Ma dernière mammographie (janvier 2012) fait état d’une rupture sous-capsulaire. Il m’a été conseillé de procéder au remplacement de cet implant avant que les « fuites » ne se dispersent au-delà de la capsule de protection et ne risquent de se disperser dans le corps.
    Bonne précaution.
    Il paraît que ce type de situation représente 3% des cas lorsque l’implant a été placé depuis moins de 5 ans.
    Mes questions : que doit-on penser des prothèses Mac Ghan ?
    Peut-on remplacer l’implant actuel par un autre du même type ?
    Ayant été déjà « charcutée » deux fois (une première fois en 1997 : petite intervention locale, deuxième intervention en 2007 avec ablation totale)
    est-il raisonnable pour moi de recommencer à me faire placer une prothèse et quels en seraient les risques les plus probables ?
    Mon chirurgien potentiel m’a parlé d’hématomes, de nécroses possibles
    Je suis tentée bien sûr mais pas si les risques encourus dépassent le normal raisonnable que l’on peut attendre de toute opération chirurgicale.
    Si retrouver un corps de femme présentable me conduit à prendre des risques pour ma santé, alors bien sûr j’accepte de rester plate !!

  8. MABILAIS a dit :

    Bonjour, j’ai pu entendre votre témoignage sur France 2 aujourd’hui avec la nouvelle: l’aspirine serait un remède pour éviter et guérir le cancer du colon, de l’oseophage et du pancréas. Est-il efficace pour le cancer de l’estomac et pour les métastases qui se sont diffus dans le péritoine et un nodule au foie?
    Merci de me répondre

    MABILAIS Priscilla

    1. docteurjd a dit :

      On n’a aucune preuve formelle de l’efficacité de l’aspirine et rien n’a été démontré en ce qui concerne l’estomac

  1. 2012, viendra le temps de… « Gagner sur le cancer, c'est vivre avec a dit :

    [...] Aucune de ces prothèses PIP n’auraient du être implantées. Mais, pour une info strictement médicale, qui aborde en toute objectivité la vraie question du risque de cancer lié à l’implant des prothèses, l’avis du médecin-journaliste JD Flaysakier est précieux : à lire ici. [...]

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