Sida : la fin de la pandémie n’est pas tout à fait pour demain

La pandémie liée au virus VIH est-elle en train de s’éteindre ? Une annonce faite par ONUSIDA, l’agence des Nations Unies pour le sida pourrait le laisser penser. Mais la réalité est, malheureusement, quelque peu différente même si de vraies avancées se font jour.

Huit jours avant la sortie du rapport de l’OMS à l’occasion de la Journée mondiale contre le sida du 1er décembre, ONUSIDA crée la sensation. Son directeur général Michel Sidibé estime, en effet, qu’on a amorcé une pente vers ce qui pourrait être la fin de la pandémie.

Son optimisme vient du fait qu’aujourd’hui cinquante-six pays ont réussi à contenir, voire à faire régresser l’incidence de l’infection, alors qu’à part l’Ouganda et le Sénégal, cela ne s’était jamais vu dans le passé.
Autre motif de satisfaction, un accès plus large aux traitements car, toujours selon ONUSIDA, une personne sur deux relevant d’un traitement y a maintenant accès.

Si on ajoute à cela la montée en puissance de la circoncision en Afrique, on comprend l’optimisme du directeur général de l’agence onusienne.

Mais cet optimisme doit être tempéré quelque peu. Il faut d’abord ne pas oublier qu’entre ONUSIDA et OMS existe une question de prééminence. Les deux agences estiment être légitimes pour s’occuper de la question du sida et doivent en outre compter avec le Fonds mondial qui fiance les projets concernant le sida, la tuberculose et le paludisme.

Plus prosaïquement, et comme le souligne le rapport d’ONUSIDA, l’objectif est un triple zéro, une sorte de triple A. :

Zéro nouvelle contamination
Zéro discrimination
Zéro décès lié au sida.

Sans être grand clerc on voit que ces trois objectifs ne sont pas encore atteints.
Prenons l’exemple des discriminations. Il ne s’agit pas là de quelque chose d’anecdotique ou de marginal.
Preuve en est ce qui se passe à trois heures d’avion de chez nous.
Actuellement, 90 % des nouvelles contaminations surviennent en Europe de l’est est en Asie centrale. Les pays les plus concernés sont surtout l’Ukraine et le Kazakhstan.

Dans ces pays, toxicomanes, homosexuels et prostituées sont considérés comme des criminels. Ce qui signifie qu’il est très difficile de développer des actions de prévention qui leur sont destinées. Ils ont du mal à accéder aux soins et aux traitements. On est même, dans certaines régions, dans des situations qui rappellent celles de l’Afrique il y a quelques années.

Au Proche-Orient et dans certaines zones du Maghreb, officiellement il n’y a pas de drogués, l’homosexualité n’existe pas, pas plus que les rapports sexuels hors du mariage.
Comme chacun l’imagine, les travailleurs immigrés qui travaillent en Europe onze mois par an n’ont pas fait vœu de chasteté et comme ils ne vont pas faire de tests à leur retour, les cas de contaminations ne peuvent être dépistés sérieusement.

On se trouve donc devant une impossibilité de connaitre la réalité des chiffres et d’avoir les moyens de contenir l’épidémie efficacement.

Arrêter la contamination mère-enfant

 

En ce qui concerne l’arrêt des nouvelles contaminations une action est possible à court terme qui peut montrer des résultats très rapides. Il s’agit d’interrompre la transmission du virus de la mère à l’enfant.

Cette transmission est devenue très rare en occident, avec quelques centaines de cas au maximum. En Afrique, au contraire, ce sont près de quatre cents mille enfants qui naissent porteurs du virus.

Or, on sait aujourd’hui contrôler ce risque de transmission avec des protocoles thérapeutiques bien établis. Le risque résiduel est à peine d’un pour cent.

Cela suppose que des structures de soins primaires soient disponibles, qu’on puisse y faire venir les femmes, les dépister et les traiter. Etre aussi capable de proposer un accouchement par césarienne.

Ces programmes ne coûtent pas des sommes folles et sont efficaces. Ils permettraient d’atteindre sinon le ‘zéro contamination’ du moins des incidences extrêmement faibles.

Pour l’objectif ‘zéro décès’ cela suppose bien sûr la mise à disposition de traitements efficaces de l’infection et des maladies opportunistes qui l’accompagnent.

Mieux surveiller les traitements

 

En ce qui concerne les médicaments antirétroviraux, les ARV, le progrès est indénioable : ils arrivent de plus en plus dans les zones où ils sont absolument nécessaires.

Mais il ne faut pas oublier que, comme pour les antibiotiques, le virus sait développer des résistances à ces molécules.
Mesurer ces réistances fait appel à divers tests. L’un des plus utiles pour suivre l’efficacité d u traitement est la mesure de la charge virale dans le sang.
Mais ce test reste encore très coûteux, parfois plus cher que le prix des médicaments !

On risque ainsi de laisser poursuivre des traitements inefficaces qui vont sélectionner des souches résistantes que la personne infectée transmettra à ses partenaires.
Il faut donc arriver à mettre des tests de suivi à disposition et à un coût raisonnable.

Autre problème : changer de traitement impose d’utiliser les médicaments ARV de nouvelle génération. Beaucoup ne sont encore sous brevet et ne peuvent donc être génériqués. Leur coût est très élevé et rend donc leur accès aléatoire.

Le chemin vers la fin de l »épidémie est donc encore très long. Chaque progrès pave un peu plus la route vers cette issue tant attendue. Mais il faut surtout rester vigilant, ne pas oublier que les succès sont fragiles.

Ne pas oublier non plus que les nouvelles approches thérapeutiques combineront médicamentsd et ‘vaccins thérapeutiques’, c’est-à-dire des méthodes jouant sur l’immunité afin de faire sortir le virus des ‘réservoirs’ où ils se cachent.

Mais ces techniques seront extraordinairement dispendieuses à développer.
Les rendre accessibles aux pays les plus démunis restera donc un sacré défi.

 

LE RAPPORT 2011 D ‘ONUSIDA

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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