E. coli: les cas bordelais peut-être dus à une souche proche de la souche allemande.

L’épisode en cours d’infection par E. coli dans la région bordelaise pourrait avoir des points communs avec ce qui s’est passé en Allemagne en mai 2011.

On comprend mieux pourquoi la souche allemande d’Escherichia coli a été aussi agressive.
Des chercheurs viennent, en effet de démontrer qu’elle avait une capacité très élevée de se coller à la paroi de l’intestin.

Les E. coli sont, par essence, des germes du tube digestif. Parmi les centaines de variétés, on a appris à connaître une famille un peu particulière, les colibacilles responsables de syndrome hémolytique et urémique, le SHU. Dans ce syndrome, tout débute par des diarrhées sanglantes et se prolonge, dans les cas graves par une destruction des globules rouges et des plaquettes sanguines et une lésion des filtres rénaux. C’est ce qui conduit à mettre ces patients sous hémodialyse.

La souche la plus communément impliquée est le O157 H7.
Mais, en Allemagne, en mai dernier, on a découvert une nouvelle souche, le O104 H4.
A part un isolement en 2005 en Corée, ce germe n’était jamais apparu chez nous dans ces SHU.

On se souvient du côté exceptionnel : atteintes d’adultes en pleine forme alors que d’habitude ce SHU touche des enfants en bas âge ou des personnes âgées affaiblies.

Des équipes de chercheurs allemands viennent de ‘déshabiller’ la souche O104 H4 et de mettre à jour des éléments importants expliquant son étonnante agressivité.

Ils ont ainsi découvert qu’elle possédait une toxine de type Shiga toxine, une sorte de protéine-poison acquise auprès d’une autre bactérie, la Shigella.

Mais ils se sont aussi rendu compte que son équipement de gènes récemment acquis lui permettait de développer des molécules d’adhésion puissantes.
En clair, cela signifie que ces bactéries se sont entassées, à la manière de briques contre la paroi de l’intestin des patients.
Cette adhésion renforcée a eu pour effet de permettre aux bactéries de pouvoir ‘mieux’ délivrer leur toxine et favoriser l’empoisonnement par voie sanguine.

Ces découvertes vont donc donner des outils biologiques aux laboratoires spécialisés afin de pouvoir plus rapidement caractériser les E. Coli impliquées dans des toxi-infections alimentaires collectives, les TIAC.

Des événements rares, entre 70 et 100 cas par an, mais toujours spectaculaires.

Référence de l’étude :

 Martina Bielaszewska et al.
Characterisation of the Escherichia coli strain associated with an outbreak of haemolytic uraemic syndrome in Germany, 2011: a microbiological study
The Lancet Infectious Diseases – 23 June 2011 DOI: 10.1016/S1473-3099(11)70165-7

Article de fond sur E.coli à lire ICI

 

ACTUALISATION AU 24/06/2011

Comme je le laissais entendre dans le JT de 13h, on s’orientait vers une sorte de bouffée épidémique à l’allemande.

La confirmation est arrivée, mettant en cause des graines germées, souillées par E.coli O104H4

Il faudra savoir d’où l’importateur britannique fait venir ses graines et comment elles sont fertilisées dans le pays d’origine.

La bactérie en cause semble avoir une propagation plus humaine que bovine. Or, dans certains pays asiatiques, on se sert d’excréments humains comme engrais.

 

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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1 réponse à E. coli: les cas bordelais peut-être dus à une souche proche de la souche allemande.

  1. jekyll dit :

    Aux dernières nouvelles,Il semble que la source de la contamination soit la consommation de graines germées.Déjà en mai 2005 l’Organisation Mondiale de la Santé dans son aide-mémoire N°125 donnait des recommandations aux producteurs de ces légumes crus concernant E.coli EH : « les agents pathogènes trouvés dans les graines germées viennent très probablement des graines elles-même.Les semences peuvent être contaminées dans les champs ou au cours de la récolte,de la conservation ou du transport. Pendant la germination,quand se forme la plantule,un petit nombre d’agents pathogènes présents à la surface des graines peuvent se développer rapidement et devenir suffisamment nombreux pour provoquer une maladie ».
    Il faut connaître maintenant le sérotype de la souche pour faire ou ne pas faire le lien avec la souche allemande.

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